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Remonter les faits: 5 questions à André St-Pierre, réalisateur de La traque

La traque
Capture d'écran

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En lisant une chronique de Patrick Lagacé, le producteur Guillaume Lespérance était formel : il voulait faire une série sur les nombreux braquages de domiciles perpétrés par le criminel Septimus Neverson, qui a tenu les villes de Montréal et de Laval en haleine au milieu des années 2000. Il a fait appel au réalisateur André St-Pierre, documentariste chevronné (La cure, Deuxième chance, Don d’organes – la vie continue, Les francs-tireurs, Manon) pour imager la docusérie criminelle La traque.

La traque
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Pierre, comment expliques-tu que le true crime soit si populaire ?

Je suis un amateur de polar. Comme dans une série policière, il y a du suspense et tu veux connaître la suite. Il y a un jeu, des indices, des émotions, de la grandeur, des méchants, des héros. Et quand c’est bien fait, on parle même de plein de choses qui surpassent l’intrigue. Quand tu lis du Henning Mankell, on parle de la société, pas seulement d’une série de crimes.


Créer du suspense bien qu’on connaisse l’issue d’une enquête, est-ce un des plus gros défis de ce genre de documentaires ?

Oui et non. Dans les souvenirs de tout le monde, 2006 et 2009 c’est loin. Le procès s’est terminé en 2016, mais on est loin du climat de terreur et de la psychose collective de l’époque. Beaucoup de gens se rappelaient des histoires, mais peu des détails. Dans ce cas-ci, la majorité des gens ne voulait pas en parler. Ils se racontent pour la première fois. C’est fascinant de découvrir la richesse de leurs souvenirs, toutes les étapes, les détails des événements. Pour les amateurs du genre, ça reste un plat de choix.


Comment se fait-il que les policiers aient mis plus de 15 ans avant d’aborder le sujet ?

Les corps de police ont une collaboration à géométrie variable avec les médias. La prise d’otage dont il est question, par exemple, n’avait jamais été médiatisée. Ils vivent dans la culture du secret et démontrent de la méfiance envers les demandes extérieures. Je dois souligner le travail extraordinaire de Manuelle Légaré (productrice au contenu qui assure aussi la recherche et la scénarisation). Il a fallu qu’un premier intervenant, Pascal Côté (inspecteur aux enquêtes criminelles de la ville de Montréal), accepte. Étant donné sa hiérarchie, d’autres ont suivi petit à petit. Je pensais que les émotions seraient transmises par les victimes (cinq témoignent dans la série), mais on s’est rendu compte que les policiers portaient encore quelque chose de très émotif. Le policier Martin Therrien n’arrive toujours pas à réentendre l’appel qu’il a fait pour du renfort. Ç’a laissé des traces.


La difficulté de ce genre de documentaire est l’aspect visuel. Les faits ne se déroulent pas devant témoin, il y a donc souvent peu ou pas d’archives. Comment faire des reconstructions sans être désuet ?

Il faut y aller avec sobriété et une certaine pudeur. Même si le propos est riche, on est condamné à faire des images parce qu’on fait de la télé. On s’est rapidement rendu compte que dès le début de la longue série de crimes, il y avait des caméras. Que ce soit l’arrivée du frère de Jacques Sénécal sur la scène de crime ou madame Blades en pyjama, beaucoup d’éléments étaient documentés. On a eu accès à plus de 1600 exhibits. On a tenu à ce que toutes les archives soient exactes. Nous avons eu la même rigueur que les policiers. Et Mathieu-David Crépin (le directeur photo) est un véritable artiste. Il a réussi, malgré la noirceur et le drame, à colorer la série.


Pourquoi vous êtes-vous rendus à Trinité-et-Tobago, d’où est originaire le criminel ?

Pour comprendre quelles étaient ses motivations. Le portrait qu’on faisait de lui était à glacer le sang. On a essayé d’aller plus loin. On a découvert des détails que les policiers ne connaissaient pas. Nous avons parlé à des proches, des amis et même à une personne fondamentale dans la série de crimes. Nous avons été nous-mêmes étonnés. C’est le moteur de l’épisode 4, alors je ne brûlerai pas votre plaisir ! 


La traque, samedi 20 h sur ICI Radio-Canada télé