/entertainment/tv
Navigation

Dire au revoir à la famille

L’heure bleue
Photo courtoisie, Eric Myre

Coup d'oeil sur cet article

Dans 10 jours, il sera temps de dire adieu aux Boudrias que nous suivons depuis cinq saisons dans L’heure bleue. Nous avons assisté à leur reconstruction et avons vu leur détresse et leur bienveillance. Regard sur une famille qui a traversé bien des étapes qui lui ont permis d’évoluer et de grandir.

Bernard et Clara.
Photo Facebook
Bernard et Clara.

« La reconstruction a été majeure, confirme Anne Boyer, coautrice et coproductrice de L’heure bleue. Clara était prise dans toute sorte de choses, Anne-Sophie a choisi de tout mettre derrière elle alors que pour Bernard, ça devait être l’inverse, il s’est préoccupé de ses responsabilités. Ils ont réussi à avoir des parcours qui les libèrent. »

L’heure est au bilan en analysant le chemin parcouru par les principaux protagonistes. 

Anne-Sophie et les colocs.
Photo courtoisie, Eric Myre
Anne-Sophie et les colocs.

« Ce dont je suis heureuse, c’est d’avoir réussi à rendre sympathique quelqu’un qui a abandonné sa famille. Le public a développé une affection pour Anne-Sophie. Il a compris que pour sauver les autres il fait d’abord se sauver soi-même. On a cherché à comprendre toutes les réactions possibles. Aucune n’est fondamentalement mauvaise. Bernard a retrouvé son humanité, celle qui l’habitait avant qu’il devienne père de famille, chef d’entreprise. C’est un virage à 180°. Clara a eu un cheminement particulier. Elle est tombée enceinte, a songé à l’adoption, a décidé de garder le garçon. Elle se rapproche de Xavier. Le pardon fait des miracles. Ce n’était pas un meurtrier. Normand et Pauline, couple improbable s’il en est un, forme un couple fort. Raphaël vit une sorte de rédemption. Il arrive à faire sa vie seul. Les colocs vont tous finir leurs études. Jules est le premier à se trouver du travail. Michel ressent d’éternels papillons pour Carole. »

Clara et Raphaël.
Photo courtoisie
Clara et Raphaël.

Une belle analogie

Éternels optimistes, Michel D’Astous et Anne Boyer nous avaient promis une ultime saison lumineuse. Pas question pour eux de laisser des personnages en détresse. 

Anne Boyer, productrice chez Duo Productions
Photo courtoisie, Duo Productions
Anne Boyer, productrice chez Duo Productions

Alors qu’un nouveau jour se lève pour tous les membres de la famille Boudrias, le titre L’heure bleue prend tout son sens. « L’heure bleue se produit en fin de journée, moment où Guillaume a perdu la vie dans la première saison. C’est aussi celle du matin qui est effectivement une belle analogie », exprime l’autrice et productrice.

Clara vue par Alice Morel-Michaud

L’heure bleue
Photo Facebook

Clara a traversé son adolescence pendant ces cinq années avec tous les tumultes que ça implique. Y a-t-il un moment où tu aurais eu envie de lui donner un conseil ?

Dès la première saison, alors qu’elle entrait au secondaire, qu’elle avait perdu son frère, peu de gens la comprenaient. Elle était seule et réagissait avec beaucoup de colère. Les adultes ne l’épaulaient pas beaucoup. Même le public tenait des propos durs à son égard. Mon travail comme comédienne était de la comprendre, d’avoir de l’empathie. Elle a vécu beaucoup d’événements en peu de temps pour une ado. Des émotions auxquelles je ne pouvais pas me coller. Si j’avais pu lui donner un conseil, je lui aurais fait voir une autre manière de vivre ses émotions que par la rébellion.

Elle est devenue maman, puis a vécu la saison dernière la mort du père de son fils. Comment est-elle arrivée selon toi à surmonter ces deuils et en quoi ses drames la teintent-ils comme mère ?

Je pense qu’elle a réussi à passer à travers grâce au soutien de sa famille, qui s’est développée au cours des cinq années. Au début, la situation familiale était tendue. Mais tous les personnages ont grandi. Clara s’est sentie entourée, entendue et comprise. Je suis aussi contente qu’elle ait pu consulter et qu’on ait vu ça à la télé. C’est certain que tout ce qui s’est passé l’a rendue plus insécure et protectrice avec Charlot. Mais la bienveillance des gens la rend plus souple. Elle s’occupe davantage d’elle, ce qui lui permet de mieux s’occuper de son fils. 

Qu’as-tu appris en l’incarnant et de quoi t’ennuieras-tu le plus de ne plus la jouer ?

Clara, bien qu’elle ait été têtue, a toujours été bonne pour s’affirmer. Elle sait mettre ses limites et assumer ses décisions. Ce sont de belles qualités. La vision du public a changé aussi. J’ai l’impression que les gens l’ont vue grandir et l’ont perçue comme leur propre fille, nièce, petite-fille. Ils sont devenus protecteurs. En l’incarnant, j’ai eu des partenaires de jeu plus grands que nature. Je vais m’ennuyer d’eux. 

Anne-Sophie vue par Céline Bonnier

L’heure bleue
Photo courtoisie, Eric Myre

À quel moment au cours des cinq années l’avez-vous sentie la plus vulnérable ?

Naturellement à la mort de son fils, donc dès le début de la première saison. Et dans la période qui a suivi où elle a connu l’état dépressif qui venait de la culpabilité qu’elle ressentait face à l’événement, à cette mort.

En quoi ses décisions (quitter sa famille, vivre en colocation, travailler dans le milieu communautaire) lui ont-elles permis d’évoluer ?

Je crois que sa nouvelle vie lui a permis d’inscrire dans son corps une fonction utile, de s’inscrire, elle-même, dans un univers, un milieu qui ne connaissait pas sa vie, donc qui ne reflétait pas la tristesse et la culpabilité. Les colocs ont été des amis qui ne l’ont jamais jugée, qui l’ont accompagnée dans sa remontée à la vie, et ces rencontres l’ont sauvée en un sens. Sa relation avec sa fille en a été une en montagne russe, si on peut dire, mais ce sont leurs discussions et leur volonté de se rencontrer réellement qui leur a permis d’évoluer ensemble.

Que souhaitez-vous que l’on retienne de son parcours atypique ?

Il n’y a pas de mauvais chemin pour évoluer, pour continuer d’apprendre de la vie, il suffit d’être assez courageux pour reconnaître qu’on a besoin de changer la direction, ou les réflexes ou la routine si on sent qu’on s’éteint, qu’on ne vit plus, ou qu’on ne trouve plus de sens à rien. 

Se mettre en « danger » en faisant face au vide peut être affolant pour une personne, mais tout aussi salvateur pour une autre. Anne-Sophie a tenté le tout pour le tout, en faisant face à la réelle solitude, en abandonnant son monde, son milieu, ses réflexes relationnels et c’est comme ça qu’elle a fini par se retrouver.

Bernard vu par Benoît Gouin 

L’heure bleue
Photo Facebook

À quel moment avez-vous senti Bernard perdre pied au cours de ces cinq années

On peut dire que Bernard a toujours été psychorigide. C’est ce qu’on appelle un control freak. Tout a basculé quand il a décidé de mettre son nez dans l’enquête à la suite de la mort de son fils. Quand il a été attaqué et qu’il est tombé dans la piscine, il ne savait pas qu’il en garderait des séquelles. Il a frisé la dépression, perdu ses moyens. C’était une situation inconfortable. 

En quoi ces expériences (deuil, départ de sa femme, grossesse de sa fille, instabilité de son fils, retour de son ex) l’ont-elles fait évoluer ?

Tous ces événements ont participé à baisser sa garde. Même s’il veut tout contrôler, rien ne fonctionne. Il pense que Clara hypothèque sa vie, Raphaël est difficilement contrôlable. Il se dit qu’il aurait avantage à écouter les autres et les laisser faire leur chemin. J’aime dire qu’il est devenu psychorigide souple. Il est devenu quelqu’un vers qui les autres se tournent. En cinq ans, sa carapace s’est fissurée. 

Comment l’avenir s’annonce-t-il pour Bernard

C’est intéressant qu’il y ait eu le hiatus de la pandémie. Malgré les dommages collatéraux terribles, beaucoup de gens ont réajusté leurs valeurs. Pour Bernard, l’élément déclencheur c’est son ami Christian Brodeur. C’est ce qui donne le dernier coup de grâce à sa résistance. Il va réorienter le tir, sauter dans le courant des choses naturelles, partir d’une page blanche, sans marge, sans lignes, inscrire ce que la vie va lui amener. 


L’heure bleue Mardi 20 h à TVA, Dernier épisode le 30 novembre.