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La vieille boîte en métal

ART-MICHEL-RIVARD
Photo courtoisie, Productions Déferlantes

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La semaine dernière, je suis allé au Théâtre du Vieux-Terrebonne voir L’Origine de mes espèces, de Michel Rivard.

Une de mes salles préférées, située dans l’un de mes quartiers préférés, pour entendre l’un de mes auteurs-compositeurs-interprètes préférés.

C’est ce qu’on appelle une belle soirée.

À LA RECHERCHE DU TEMPS PASSÉ

Je ne vous vendrai pas le punch de ce magnifique spectacle musical.

Je me contenterai de vous dire que Michel Rivard – comme le p’tit cul de sa chanson La lune d’automne – remonte le fil de sa mémoire pour résoudre un mystère familial qui le hante depuis des années.

Et exposer un secret (une « toute personnelle fin du monde », pour reprendre le titre d’une de ses plus belles chansons) qui a mis sa vie sens dessus dessous et l’a amené à se questionner sur son identité.

À un moment donné, Michel Rivard raconte qu’il a fouillé dans une boîte en métal remplie de vieilles photos de famille, à la recherche d’un indice pouvant l’éclairer sur ses origines.

Vous savez ce dont il parle.

On a tous une vieille boîte en métal à la maison, qui amasse de la poussière dans le fond d’un garde-robe et où l’on a enfoui toutes sortes de souvenirs épars...

Des photos officielles de nos années d’école (avec les avant-bras sagement posés sur le pupitre), des bulletins jaunis, des « photo-matons » de notre adolescence, les bracelets de naissance de nos enfants, des poèmes naïfs écrits « sur du papier quadrillé, parce que c’est le seul papier que j’ai »...

En écoutant Michel Rivard raconter cette anecdote, je me disais que le Québec aurait aussi besoin de fouiller dans sa vieille boîte en métal.

Pour remonter, lui aussi, le fil de sa mémoire.

Et se rappeler d’où il vient.

Et ce qu’il est.

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L’OUBLI

Parce que quelque chose me dit que le Québec commence à souffrir d’Alzheimer.

Ce sont des petits signes. Presque rien.

La fête nationale sans drapeaux du Québec, il y a deux ans.

Comment les organisateurs de la fête nationale – la fête nationale, simonac ! – n’ont pas remarqué qu’il n’y avait pas de drapeaux du Québec ?

Dans les années 1970-1980, cela aurait été impensable. Inimaginable.

Et puis, le lent effacement de notre héritage culturel de notre mémoire collective.

Oh, il y a des résistants, bien sûr !

Le projet Éléphant, de Québecor, par exemple, qui ressuscite des classiques du cinéma québécois.

Des émissions comme Cette année-là (Télé-Québec), Les enfants de la télé (Radio-Canada) et certains Grands Reportages (RDI).

Ou des spectacles comme le prochain spectacle--hommage à Clémence Desrochers, Jean-Pierre Ferland, Louise Latraverse et Yvon Deschamps.

Mais la tendance lourde est à l’oubli.

« L’oubli des mots / L’oubli des gestes / Oubli de tout ce temps qui reste / Prisonnier de ce funeste oubli », comme le chantait – fort justement – Michel Rivard.

C’EST QUI, LUI ?

Avant d’aller voir L’Origine de mes espèces, on est allé, ma blonde et moi, manger dans une bonne trattoria juste en face de la salle de spectacles.

« Qui allez-vous voir ? nous a demandé la serveuse, une Québécoise de souche de plus de 25 ans.

– Michel Rivard !

– Je ne le connais pas. Il est bon ? »