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CHSLD: des résidents abandonnés dans l’angle mort

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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En amont de la première vague de la pandémie, le gouvernement Legault et son ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ont dûment préparé les hôpitaux. Le problème est qu’ils ont négligé de le faire pour les CHSLD, pourtant hautement vulnérables sur tous les plans.

Déposé hier, le rapport accablant de la protectrice du citoyen le confirme dans le détail. Marie Rinfret l’écrit noir sur blanc. Au début 2020, contrairement à la Colombie-Britannique, les CHSLD du Québec « n’ont été pris en compte par aucun scénario ». AUCUN. 

Leurs résidents se sont retrouvés abandonnés dans l’angle mort de l’angle mort qu’étaient déjà nos CHSLD.

Le rapport de Mme Rinfret contredit durement les témoignages livrés devant l’enquête de la coroner Géhane Kamel par l’ex-ministre de la Santé Danielle McCann, son ex-sous-ministre et le patron de la santé publique, Horacio Arruda. 

Ils y ont tous dit que dès la fin janvier 2020, les PDG des CIUSSS et CISSS avaient été « avertis » de « préparer » les CHSLD pour une possible pandémie. Or, jusqu’à preuve du contraire, c’est faux.  

En février de cette année, François Legault, en entrevue à La Presse, jurait lui-même n’avoir rien su avant mars de la tempête qui couvait : « En février [2020], je ne pensais pas, et je n’avais pas l’information, que ça allait avoir cette ampleur-là. [...] Je n’avais pas été informé du risque avant le 9 mars. »

  • Écoutez Josée Legault au micro de Sophie Durocher sur QUB radio:

Catastrophe

Difficile d’être plus clair. Même la « cellule de crise », nichée au sommet du gouvernement pour gérer la pandémie, ne sera créée qu’en mars 2020. 

Si le premier ministre n’avait pas été « informé » avant mars 2020, comment croire que les CIUSSS ont été « avertis » de se préparer dès janvier 2020 ? 

L’ampleur de la catastrophe meurtrière de la première vague n’est-elle pas la première preuve au dossier de l’absence navrante de préparation des CHSLD en amont de la crise ? 

À la mi-avril, pour pousser le MSSS à déclencher l’inspection des CHSLD, il aura même fallu attendre le reportage-choc du journaliste Aaron Derfel sur les conditions horribles et les multiples décès à la résidence Herron. 

De fait, cette catastrophe fut le reflet parfait d’un problème profond. Un problème politique, culturel et organisationnel. 

Politique, parce que le MSSS et la Santé publique ont ignoré les CHSLD. Culturel, parce que la négligence des personnes vulnérables, âgées en perte d’autonomie ou adultes handicapées, sévit ici depuis de longues années.  

Organisationnel, parce que les réformes ultracentralisatrices de Gaétan Barrette, dont la création des méga CIUSSS et CISSS, ont accouché d’un réseau plus dysfonctionnel que jamais. 

Réseau gangréné

Un réseau gangréné par l’hospitalocentrisme. Par la déresponsabilisation des hauts gestionnaires, trop éloignés du vrai monde sur le « terrain » pour s’en occuper vraiment. Par la déshumanisation croissante des soins et des services dont elle est le produit direct. 

Dans cette maison qui rend fou, les communications et les informations déficientes ont aussi gravement miné la gestion de la première vague.  

Au début de 2020, cette combinaison d’un mastodonte bureaucratique détraqué, d’une santé publique nonchalante et d’un gouvernement mal ou peu informé fut un désastre dans les CHSLD. 

Redisons-le. Au nom des milliers de femmes et d’hommes d’ici, morts de la COVID-19 dans des conditions atroces, il faut une enquête publique élargie. 

Il faut aussi défaire les « réformes » Barrette et les remplacer par un réseau décentralisé, humaniste, flexible, axé sur la qualité des services et des soins. 

Il nous faut nous occuper mieux des Québécois et des Québécoises vulnérables. Personne n’est à l’abri d’en faire partie. Maintenant ou un jour. Personne.