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Symphorien et l’homo quebecus

Symphorien et l’homo quebecus
Photo d’archives, Agence QMI

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Ainsi, Pierre Huet et Louis Saïa vont faire revivre Symphorien au théâtre. 

Et pourquoi pas ?

Le Québec, ce n’est pas que Les Belles-Sœurs de Michel Tremblay et Bousille et les justes de Gratien Gélinas. 

C’est aussi Peinturés dans l’coin de Gilles Latulippe et Faut placer pépère de Bertrand B. Leblanc. 

Tout comme le Québec n’est pas que Cochez oui cochez non, Mes blues passent pu dans porte ou Le blues d’la métropole, trois magnifiques chansons écrites par Pierre Huet, mais aussi Le temps d’une dinde (écrite, croyez-le ou non, par le même gars). 

LA MASCULINITÉ STUPIDE

Personne n’a encore lu le texte de la pièce qui sera présentée au Théâtre du Vieux-Terrebonne l’été prochain, mais j’espère que Huet et Saïa resteront fidèles à l’esprit de Marcel Gamache. 

Ainsi, on pourra montrer aux jeunes comment on a longtemps dépeint l’homme québécois à la télé et sur les planches. 

« Tu crois que le Québec est une société patriarcale ? Viens voir Symphorien, tu m’en diras des nouvelles ! »

J’écrivais l’autre jour que j’en avais ras le bol que certaines militantes parlent toujours des hommes de façon négative. 

Eh bien, ce discours n’est pas nouveau. Je l’ai entendu toute mon enfance.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Sauf qu’à l’époque, on n’associait pas « masculinité » à « toxicité ».

Mais à « stupidité ».

L’homme n’était pas un prédateur. Mais un cornichon. 

LE ROULEAU À PÂTE

T’ouvrais la télé au 2 et au 10, et qu’est-ce que tu voyais ?

Des hommes niaiseux. 

Cré Basile qui passait son temps à échapper son coffre à outils sur ses pieds, Symphorien qui se faisait mener par le bout du nez par madame Sylvain ou Rémi Duval qui se faisait remettre à sa place par la féministe Marie-Josée Lafleur. 

Le père crétin était au burlesque québécois ce que le paysan fougueux était aux films soviétiques des années 1920.

Un symbole, une marque de commerce.

Pendant des décennies, l’homo stupidus a constitué le principal pilier de l’humour québécois. 

Tout reposait sur lui. 

Tu prenais un ouvrier crétin et bonasse, tu lui adjoignais une épouse germaine et une belle-mère tyrannique qui le traitaient avec mépris, et qui l’attendaient aux petites heures de la nuit avec un rouleau à pâte dans les mains, et t’étais en business. 

Tchekhov pouvait prendre son trou. 

Et si tu pouvais ajouter un beau-frère retors qui entraînait notre héros dans toutes sortes de combines foireuses, tu avais un succès assuré. 

De quoi parle Broue, le plus gros succès de l’histoire du théâtre québécois ?

Du mâle niaiseux.  

Broue est au crétin québécois ce que La passion selon saint Matthieu de Bach est au Christ. 

Une messe, une cathédrale.

UNE THÈSE DE DOCTORAT

La présentation de Symphorien devrait être coproduite par le ministère de l’Immigration.

Les personnages comme Symphorien Laperle et Basile Lebrun en disent plus sur la société québécoise que n’importe quelle thèse de doctorat. 

Tu regardes ça, et tu comprends pourquoi des générations entières de femmes ont pris l’avion pour aller se faire cruiser au Mexique, à Cuba ou dans les Antilles. 

Éphrem, le frère de Symphorien, était tellement niaiseux qu’il ne savait même pas comment raconter une blague !

Patriarcale, la société québécoise ?

Vous voulez rire ?