/opinion/columnists
Navigation

CHSLD: qui dit vrai?

CHSLD: qui dit vrai?
Photos d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Essayons de recadrer les affaires. Devant la coroner Kamel, chargée d’enquêter sur la tragédie dans les CHSLD, la ministre de la Santé du temps, Mme McCann, déclare d’abord que les CHSLD avaient été avertis de se préparer à l’arrivée d’un virus dangereux en janvier 2020.

L’ex-sous-ministre Yvan Gendron dit la même chose.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, dit la même chose.

Versions

Puis arrive le rapport de la protectrice du citoyen.

Il dit que la directive de se préparer à la tempête ne serait venue que le 9 mars.

Oui, Mme McCann, M. Gendron et M. Arruda se sont réunis en janvier et ont parlé des CHSLD.

Ont-ils ensuite donné des directives aux CHSLD ?

Selon la protectrice du citoyen, s’il y eut des directives, elles ne furent, en janvier, que verbales, car on n’en retrouve aucune trace écrite.

Mais hier, talonnée par les partis d’opposition, Mme McCann brandit une lettre datée du 28 janvier, envoyée aux « coordonnateurs de la sécurité civile » des établissements, leur disant de se préparer.

Elle ajoute n’avoir été informée que le 9 mars du danger pour les aînés.

Alors, elle l’a su en mars ou en janvier ?

Chose certaine, sa version évolutive n’est pas celle de la protectrice.

M. Arruda, lui, dit qu’il était conscient du danger dès janvier.

A-t-il averti sa ministre ? Quand ? Si non, pourquoi ?

Le premier ministre Legault dit n’avoir appris le danger couru par les résidents des CHSLD qu’en mars.

Les plus hauts dirigeants de la Santé publique auraient donc vu venir le danger dès janvier, mais n’auraient averti le premier ministre (et la ministre de la Santé ?) que... deux mois plus tard ?

Au printemps 2020, des inspecteurs visitent les CHSLD.

Ils ont des rapports à faire. 

La sous-ministre adjointe responsable des Aînés, Natalie Rosebush, déclare à la coroner Kamel que ces rapports étaient verbaux.

Faux, puisque Radio-Canada a mis la main sur le formulaire en 17 sections que ces inspecteurs devaient remplir.

Mais on ne trouve pas ces rapports parce qu’ils ont été détruits.

On nous explique, la semaine dernière, que les données récoltées lors d’une visite étaient « écrasées » lorsqu’on recevait les données de la visite suivante.

Non, non, « aucun document n’a été détruit », dit avant-hier le premier ministre. Immédiatement, le ministère de la Santé change de version : des « copies de secours » permettent l’accès aux données « écrasées. »

Entre le moment où j’écris et celui où vous lirez ceci, quoi d’autre ?

Opération

Il y a ici au moins deux problèmes.

Le premier fut la tragédie elle-même.

À cet égard, il est douloureux, mais pas faux d’exonérer partiellement le gouvernement en invoquant le caractère inédit et massif de la crise, et le fait que les CHSLD furent aussi négligés par tous les gouvernements précédents.

Le second est que toutes ces versions contradictoires et changeantes laissent la désagréable impression que des gens cherchent à se protéger en ne donnant pas l’heure juste.