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Claudette et Michel n'ont pas compris Aline

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Photo AFP Valérie Lemercier

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« Fiction. Nom féminin. Fait imaginé (opposé à réalité) ; construction imaginaire ».

Je pense, en tout respect, que Claudette et Michel Dion auraient dû relire leur dictionnaire avant d’aller voir Aline de Valérie Lemercier.

C’est quand même absurde de reprocher à une fiction, qui est le contraire de la réalité, de ne pas être assez réaliste ! 

Quand en entrevue Claudette déclare : « C’est pas ça notre vie », elle a tout à fait raison. Aline n’est pas un film sur sa vie ni sur Céline. C’est un film sur l’idée de Céline, et sur ce que le mythe Céline inspire à une réalisatrice.

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PLUS GRANDE QUE NATURE

Claudette et Michel Dion reprochent entre autres au film cette scène cocasse où Aline Dieu, en robe de mariée, sort par la fenêtre de la maison familiale.

« Ça n’est jamais arrivé », s’exclament-ils. Ben non, c’est sûr !

Mais ce qui leur échappe, c’est que cette scène est une métaphore.

Aline est rendue tellement « big » qu’elle « ne passe plus dans’ porte » comme on dit au Québec.

Son succès, sa notoriété dépassent tellement la maison familiale qu’elle doit « ouvrir la fenêtre » pour s’en échapper.

J’ai trouvé cette scène (complètement imaginaire) particulièrement poétique et hautement symbolique.  

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Si on suit la logique de Claudette et Michel Dion, une scène devrait les déranger. C’est celle où la maman de la chanteuse, enceinte, choisit le prénom de son enfant à venir en entendant Christophe chanter Aline. Vous voyez bien que c’est absurde de dénoncer le manque de réalisme du film : Thérèse Dion n’a pas choisi d’appeler sa fille Céline en écoutant... Aline !

Quand les Dion se plaignent que le film les dépeint comme des Bougon, c’est de la mauvaise foi : dans Aline, la maisonnée est modeste, mais très propre, très bien rangée et on y sent bien plus l’odeur de la tarte fraîchement sortie du four que celle de la pauvreté crasse.

Pourquoi parler d’« erreurs factuelles » au sujet d’Aline ? Ce ne sont pas des erreurs, car... ce ne sont pas des faits.

J’espère juste que la famille de René Angelil ne va pas elle aussi se plaindre du film : après tout le rôle du manager/mari est tenu par Sylvain Marcel alors que René Angelil était d’origine syrienne-libanaise. Est-ce de l’appropriation culturelle ?

ALINE, CÉLINE ET WILLIE

Le clin d’œil suivant m’a beaucoup touchée : dans une très jolie scène où la famille Dieu/Dion chante en groupe, ils interprètent Mille après mille de Gérald Joly, un classique de Willie Lamothe.

Vous souvenez-vous quand Céline Dion l’avait chantée avec Fred Pellerin à TVA pour le lancement de l’album Sans attendre

Céline semblait émue aux larmes en chantant : « Un jour quand mes voyages auront pris fin / Et qu’au fond de moi j’aurai trouvé / Cette paix dont je ressentais le besoin / À ce moment je pourrai m’arrêter ».

Tout le film de Valérie Lemercier tourne autour de ce thème : une femme qui parcourt le monde, mille après mille, et qui rêve de poser ses valises pour trouver la paix.

Lemercier n’a peut-être pas reflété la réalité de Céline, mais elle a touché à sa vérité.

  • Écoutez l'entrevue de Sophie Durocher avec Valérie Lemercier sur QUB radio :