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La loi 21 est-elle islamophobe?

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Capture d'écran, TVA Nouvelles La loi 21 a intégré des éléments d’une loi antérieure interdisant de donner ou recevoir certains services de l’État avec le visage couvert. En raison de ce chapitre, il est très difficile pour la CAQ de prétendre que la loi 21 n’est pas islamophobe.

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Une vidéo payée par les contribuables de l’Ontario, avec une subvention de plus de 200 000 $, a mis le feu aux poudres dans le débat sur une loi pourtant bien québécoise. Dans cette vidéo, une association représentant une minorité religieuse décrit la loi 21 comme étant islamophobe. Qu’en est-il, vraiment ?

Appelons un chat un chat. La loi 21, qui se présente comme étant à propos de la « laïcité de l’État », discrimine ouvertement. Si votre pratique religieuse inclut un foulard, une kippa ou un turban, vous ne pouvez pas accéder à une très longue série d’emplois au Québec. Si vous êtes catholique ou d’une autre religion sans symboles extérieurs, pas de problème.

Si vous êtes une première de classe et avocate, adepte d’une religion qui demande que vous portiez un foulard vous identifiant comme tel, eh bien, tant pis, vous ne pourrez pas être nommée (tenez-vous bien !) régisseuse à la Régie des alcools, des courses et des jeux ! Oui, ça fait réellement partie de la liste !

Votre copine de classe, tout aussi douée, et qui porte exactement le même foulard, non pas comme identifiant religieux, mais comme... foulard, a accès à tous les emplois du secteur public et parapublic, y compris celui dans notre exemple.

C’est de la discrimination sur la base de la religion, pure et simple, et c’est pour ça que M. Legault a dû mettre une « clause nonobstant » dans la loi 21, sinon elle aurait été déclarée invalide par les tribunaux.

Il y a une très longue liste, parfois un peu farfelue, d’emplois dans des ministères, organismes et entreprises où vous ne pouvez pas travailler au Québec si vous pratiquez certaines religions. C’est ça, discriminer.

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Discrimination

Quant à l’islamophobie, essayons d’abord une définition. Si l’antisémitisme se définit comme le racisme dirigé contre les juifs, l’islamophobie est le racisme dirigé contre les musulmans ou l’islam.

Si la loi 21 se contentait de discriminer toutes les religions dont les pratiquants portent des symboles, on ne pourrait pas dire qu’elle est plus islamophobe qu’antisémite ou antisikhe. Elle discriminerait « égal à tout le monde ». Mais tel n’est pas le cas.

La loi 21 a intégré des éléments d’une loi antérieure interdisant de donner ou recevoir certains services de l’État avec le visage couvert. En raison de ce chapitre, il est très difficile pour la CAQ de prétendre que la loi 21 n’est pas islamophobe.

En effet, même si le chapitre en question ne mentionne jamais ouvertement l’islam, il cible clairement cette petite minorité de musulmanes qui se couvrent le visage comme pratique religieuse.

Prétendre autrement n’est pas crédible. Le chapitre ne vise pas les ninjas, après tout, il vise les musulmanes.

Partant, il est juste de décrire la loi 21 comme étant non seulement discriminatoire, mais aussi comme étant islamophobe.

Seul en Amérique du Nord

Les tenants de la laïcité soutiennent qu’il y a des lois similaires en Europe, et c’est vrai.

Toutefois, le Québec est la seule juridiction en Amérique du Nord où on retrouve une telle loi discriminatoire. Qu’on le veuille ou pas, nous sommes en Amérique du Nord où les droits individuels sont généralement plus respectés qu’en Europe. Notre caractère distinct nous honore d’habitude, mais ici, ce n’est vraiment pas le cas.