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Québec: le retour des années fastes

Eric Girard, ministre des Finances
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Eric Girard, ministre des Finances

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Au cours des cinq exercices financiers allant de 2021-22 à 2025-26, le gouvernement du Québec va encaisser 38 milliards de dollars de revenus de plus que ce que le ministre des Finances, Eric Girard, avait prévu dans son budget de mars dernier.  

Mais cela ne va pas pour autant permettre à l’argentier de François Legault d’améliorer sensiblement la situation budgétaire du gouvernement puisqu’il prévoit dépenser une grande partie de ces juteux revenus excédentaires.

Sur les 38,4 milliards $ de revenus supplémentaires qu’anticipe encaisser le ministre Girard d’ici la fin de l’exercice financier 2025-26, quelque 34,4 milliards $ serviront à couvrir les dépenses additionnelles qu’il entend consacrer aux portefeuilles ministériels, aux nouvelles mesures de soutien et de relance COVID-19, à des paiements de transfert, etc.

L’ANNÉE PANDÉMIQUE  

De la mise à jour économique et financière présentée hier par le ministre Eric Girard, il ressort en outre que l’exercice financier 2020-21, lequel a été frappé de plein fouet par la pandémie de la COVID-19, s’est avéré nettement moins catastrophique que les prévisions budgétaires du ministre.  

Au lieu de boucler la précédente année financière 2020-21 avec un déficit anticipé de 12 milliards de dollars (avant transfert d’argent au Fonds des générations), le gouvernement a réussi à s’en tirer avec un déficit d’à peine 4,2 milliards $.  

Grâce à quoi ? Grâce à des revenus supplémentaires de 2,2 milliards $ et à des dépenses de portefeuilles ministériels inférieures de 5 milliards $ par rapport aux prévisions du ministre Girard.  

PLUS D’IMPÔTS ET DE TAXES 

La grande question : où l’argentier du gouvernement Legault va-t-il chercher les 38 milliards $ de revenus additionnels qu’il anticipe encaisser d’ici mars 2026 ?

En impôt sur le revenu des particuliers. Le ministre Eric Girard prévoit puiser dans nos poches 7,2 milliards $ de plus par rapport à ses prévisions budgétaires de mars dernier.

Au chapitre des taxes à la consommation, ce sont 5,14 milliards $ de plus que prévu qui viendront garnir les coffres de l’État.

Si Québec encaisse plus d’impôt sur les revenus des particuliers et plus de taxes à la consommation, cela laisse présager que l’économie québécoise enregistrera une relative bonne performance.

Et voilà pourquoi le gouvernement anticipe également encaisser de la part des sociétés des revenus d’impôt additionnels de 7,6 milliards $.

En cotisations pour les services de santé, droits, permis et revenus divers, Québec anticipe un supplément de revenu de 2,8 milliards $.  

De la part de ses sociétés d’État (Hydro-Québec, SAQ, Loto-Québec, etc.), le gouvernement du Québec croit pouvoir leur soutirer des revenus supplémentaires de 1,5 milliard $. 

Total des revenus additionnels jusqu’à présent : 24,2 milliards $. 

D’où viennent les 14 milliards $ de revenus supplémentaires restants ?  

  • Écoutez la chronique de Michel Girard au micro de Philippe-Vincent Foisy sur QUB Radio:   

L’APPORT DU FÉDÉRAL  

Le ministre Eric Girard, tout comme ses prédécesseurs, aura beau se plaindre que les transferts fédéraux ne sont pas à la hauteur des attentes du gouvernement du Québec, il n’en demeure pas moins qu’il recevra d’ici mars 2026 quelque 14,2 milliards $ de plus du gouvernement fédéral que le montant auquel il s’attendait.  

Bien que le Québec encaisse à lui seul près des deux tiers de la péréquation totale que verse le gouvernement fédéral, le ministre Girard a tenu à rappeler dans sa nouvelle mise à jour économique et budgétaire que le Québec « est le bénéficiaire de la péréquation qui en reçoit le moins » par habitant au pays.  

Cette année, à titre d’exemple, le Québec empochera en péréquation l’équivalent de 1559 $ par habitant, à comparer à 3136 $ pour l’Île-du-Prince-Édouard, à 2946 $ pour le Nouveau-Brunswick, 2410 $ pour la Nouvelle-Écosse et 2007 $ pour le Manitoba.  

PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES 

Si le gouvernement Legault a réussi à hausser de façon importante ses revenus fiscaux, c’est grâce à la solide reprise économique.  

Pour l’actuelle année 2021, le ministre des Finances voit le PIB nominal croître de quelque 10,8 %, soit 4,8 points de pourcentage de plus que ses prévisions de mars dernier.  

Et pour l’année prochaine, il entrevoit une hausse de 7,2 %. 

Si ses prévisions se matérialisent, le PIB du Québec atteindra en 2020 les 533 milliards $, dépassant ainsi pour la première fois de son histoire le cap des 500 milliards de dollars.  

Autre indicateur fort « encourageant » pour les revenus de l’État québécois : le ministre Girard s’attend à ce que les salaires et les traitements grimpent de 8,2 % cette année et de 7,0 % l’an prochain.  

Qui dit hausse de salaire dit automatiquement hausse des revenus d’impôts et de taxes pour nos gouvernements.