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Réduire les GES de 55% oui, mais à quel prix?

QS Manon Masse
Photo d'archives Les cibles de Québec solidaire sont atteignables. Mais sont-ils prêts à nous expliquer les sacrifices nécessaires ?

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Le ministre caquiste de l’Environnement a tort de dire que les cibles climatiques de Québec solidaire sont irréalistes. Ces cibles sont atteignables. Si un gouvernement était élu, entêté à faire baisser de 55 % les émissions, il pourrait le faire. La vraie question c’est : à quel prix ?

C’est ce qui rend la démarche assez irresponsable de la part de QS, qui dit vouloir être pris au sérieux pour gouverner. Prendre le pouvoir, c’est obtenir une énorme responsabilité. Encore faut-il pouvoir expliquer aux citoyens les conséquences directes de ses politiques dans leur vie.

Disons que les débats entre militants de Québec solidaire sur les changements climatiques avaient des allures de parlement jeunesse. Les plus radicaux proposaient une baisse de 65 %. On se lançait des pourcentages. Finalement, 55 % est apparu raisonnable. La cible actuelle du gouvernement est de 37,5 %.

Transformation extrême

Or, entre 37,5 %, 55 %, 65 %, la différence ne se limite pas à une image. La fierté de se présenter comme un parti plus ambitieux, plus soucieux de la planète. La différence, c’est le niveau de vie des gens, c’est le sort de milliers d’emplois. Des vraies personnes.

On veut transformer radicalement des façons de vivre, de prendre des vacances, de manger, de se loger. Il faudrait au moins nommer les choses en faisant de telles promesses.

J’insiste : réduire les émissions de gaz à effet de serre du Québec de 55 % est faisable. Il s’agit de remplacer une transition graduelle par des gestes radicaux. Des usines, ça se ferme. À un certain prix de l’essence, la classe moyenne abandonnera l’auto. Pour atteindre 55 %, vous n’imaginez pas tout ce qu’il faudrait stopper ou transformer.

Concrètement S.V.P.

Québec solidaire devra nous présenter un plan précis, basé sur chacune des sources de GES.

Quarante-cinq pour cent des émissions viennent des transports. Quoi faire pour réduire les émissions de moitié en 8 ans ? L’arrivée des autos électriques ne suffit pas. Il faut que les véhicules à essence ne sortent presque plus. Grimper le prix de l’essence à combien le litre ? Oubliez les hausses de quelques dizaines de sous. Il faudra compter en dollars supplémentaires par litre.

Et le camionnage ? Les camions électriques apparaîtront graduellement, mais pas assez pour atteindre une cible aussi énorme. Quels secteurs du camionnage on arrête ? Les exportations ? Les importations ? Combien de pertes d’emploi ?

La première solution serait de couper le camionnage longue distance. Les usines des régions éloignées dont les produits parcourent des milliers de kilomètres... on en fait quoi ?

Et les véhicules récréatifs ? Motos, motoneiges, bateaux ? Soyons sérieux, ce n’est pas essentiel. Comme les voyages en avion.

Quant au secteur de l’industrie, il représente un autre 35 % de nos émissions. Les industries améliorent leurs pratiques, mais cela est déjà escompté dans les cibles gouvernementales. Pour atteindre 55 %, il faudra en sacrifier. Lesquelles ?

Une dernière question pour QS. Devant tant de chamboulements, qui sera le plus durement frappé, les riches ou les pauvres ?