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D’enfant abusée à finaliste aux Grammy: «Montréal m’a protégée» –Allison Russell

Allison Russell
Photo courtoisie, Marc Baptiste

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Pour un artiste québécois, décrocher une nomination aux Grammy constitue en soi un accomplissement aussi rare que remarquable. Dans le cas de la Montréalaise Allison Russell, qui a reçu trois nominations, mardi dernier, en vue de la plus importante remise de prix aux États-Unis, l’exploit est encore plus extraordinaire quand on apprend les sévices qu’elle a endurés durant sa jeunesse.

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Classée dans le champ musical americana roots par la Recording Academy, l’artiste de 41 ans a décroché des citations dans les catégories Meilleure chanson et Meilleure performance, pour son titre Nightflyer, et Meilleur album pour Outside Child.

« Je savais que j’étais admissible, mais je ne m’attendais pas du tout à être nommée », a assuré la Québécoise, qui vit depuis quatre ans à Nashville, dans un entretien au téléphone avec Le Journal.

Paru en mai 2021, Outside Child est le premier effort solo d’Allison Russell, qui a fait ses classes musicales, au cours des 20 dernières années, au sein des groupes Po’ Girl, Birds of Chicago et Our Native Daughters.

Infusé d’un élégant mélange de blues, de folk, de jazz, de gospel et de rock, Outside Child est une œuvre de résilience, saluée par la critique américaine, qui lève le voile sur les horreurs de l’enfance d’Allison Russell.

« Montréal m’a protégée »

De l’âge de 5 à 15 ans, elle a été abusée sexuellement par son père adoptif. Sa mère, gravement atteinte de schizophrénie, n’a rien pu faire pour elle. Les abus, aussi physiques que psychologiques, n’ont cessé que lorsqu’elle a fui sa demeure pour se retrouver à la rue.

Heureusement, se souvient-elle, Montréal était là pour elle.

« J’ai dormi dans le cimetière du Mont-Royal, fréquenté les cafés 24 heures, joué aux échecs avec de vieux hommes. La ville elle-même m’a protégée. Je ne pense pas que j’aurais survécu dans une autre ville », dit-elle.

Dès la première chanson d’Outside Child, qui porte le nom de sa ville natale, elle paye sa dette envers cette Montréal qu’elle aime d’amour et qu’elle a hâte de retrouver. « Oh Montreal, can I dream of you tonight? » chante-t-elle, en pesant sur chaque mot de sa voix enveloppante.

Survivre

Même si ses chansons sont majoritairement en anglais, Allison Russell insère plusieurs couplets dans la langue de Molière, certains étant par ailleurs très évocateurs de l’état d’esprit d’une artiste qui refuse de s’apitoyer sur son sort.

Ainsi, quand on l’entend entonner « je te souhaite la paix, je te souhaite l’acceptance, je te souhaite une deuxième chance », dans Poison Arrow, on touche au cœur du message qu’elle souhaite véhiculer.

« J’ai voulu montrer que j’ai survécu et que j’ai maintenant une vie remplie d’amour avec la famille que j’ai choisie, qui me voit comme une égale. Je veux montrer que c’est possible que les choses s’améliorent. Oui, c’est horrible ce qui m’est arrivé, mais j’ai survécu aux 15 premières années de ma vie. »

Elle croit tout de même que ce qu’elle raconte dans ses compositions explique en partie le succès de son album, aussi retenu dans la longue liste du prix Polaris, plus tôt cette année.

« Ça touche aux émotions. J’aimerais être la seule à avoir connu une telle enfance, mais c’est le tiers des femmes, le quart des hommes, une personne non binaire ou trans sur deux. C’est toute une pandémie de violence sexuelle. Et si ça ne te touche pas directement, c’est une personne que tu aimes qui est touchée. »

Lutte amicale

Après avoir quitté Montréal, Allison Russell a vécu quelques années avec son mari et partenaire musical du duo Birds of Chicago, JT Nero, dans la métropole de l’Illinois, d’où il est originaire, avant que la famille ne déménage à Nashville.

Si elle a choisi la capitale de la musique country, c’est parce qu’elle y avait déjà de bonnes amies, dont les chanteuses Rhiannon Giddens et Yola, qui sont incidemment aussi en lice pour des Grammy dans les mêmes catégories que Russell.

Sans surprise, elle s’en réjouit et ne les voit pas du tout comme des rivales d’un soir. « Je suis tellement heureuse d’être en nomination aux côtés de mes sœurs choisies. Pour moi, la communauté passe avant la compétition. En étant nommée, j’ai déjà gagné. »

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