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CPE, entre mépris et reconnaissance

Justice Sonia Lebel
Photo d’archives, Agence QMI Sonia Lebel, présidente du Conseil du trésor.

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Les travailleuses en CPE, affiliées à la CSQ et à la CSN, ont voté un mandat de grève générale pour faire progresser leur négociation.

La ministre Sonia Lebel a aussitôt brandi la menace d’une loi spéciale pour marquer son exaspération. Elle ne s’est guère montrée plus encline à tenter de trouver la voie de passage aux tables de négociation.

Il n’en fallait pas plus pour que quelques observateurs de la scène politique, campés à droite, crient à la prise en otage des parents d’enfants fréquentant les CPE, dénoncent l’irresponsabilité syndicale et arguent que le gouvernement n’a pas les budgets pour répondre aux demandes de ces travailleuses.

Pourtant, l’écart aux tables de négociation s’est considérablement amenuisé malgré la défiance et la suffisance affichée par la ministre Lebel.

La mise à jour économique du ministre des Finances, Éric Girard, démolit par ailleurs les arguments de l’incapacité de l’État à faire plus pour ces travailleuses.

Le premier ministre souhaite des ententes négociées. Il aura de meilleures chances en affichant la reconnaissance plutôt que le mépris.

L’antisyndicalisme caquiste

Le gouvernement Legault n’en est pas à son premier impair en matière de relations de travail.

La course aux préposés aux bénéficiaires dans le réseau de la santé, en instaurant des primes sans plus de discussion avec les syndicats, révélait son agacement à devoir traiter avec des représentants des travailleurs. 

On a eu droit à un scénario semblable avec le personnel en soin infirmier à qui on offre des primes mirobolantes pour se réinsérer dans le réseau. Le plan a foiré jusqu’à présent.

La ministre Lebel multiplie de son côté les défiances en passant par-dessus la table de négociation, en voulant appliquer l’offre salariale patronale avant que la négociation ne soit terminée et en brandissant la menace d’une loi spéciale.

Pourtant, le Code du travail, les chartes et les arrêts de la Cour suprême consacrent le droit d’association, de négociation et de grève.

Méchant pied de nez aux droits pour une juriste chevronnée !

Relativité salariale

Depuis son accès au pouvoir, le gouvernement Legault préconise une approche salariale différenciée fondée sur la pénurie ou la rareté de main-d’œuvre dans certaines catégories d’emploi. 

Cette approche met à mal les travaux sur l’équité et les relativités salariales menés conjointement depuis deux décennies entre les parties patronales et syndicales. 

L’approche gouvernementale créera probablement des carences dans d’autres catégories d’emploi.

Le gouvernement doit mettre fin à l’improvisation et remettre du rationnel dans la détermination des salaires afin que chacun puisse bénéficier d’une rémunération, qui correspond à la valeur de son emploi, tirée d’une évaluation objective. S’en tenir à la règle capitaliste de l’offre et la demande ne pourra que recréer les iniquités.

Les éducatrices en CPE l’ont compris en maintenant leur solidarité avec leurs collègues des autres corps d’emploi.

Loin de prendre la population en otage, ce sont elles qui le sont avec un gouvernement qui voudrait restreindre l’exercice de leurs droits.