/opinion/columnists
Navigation

Deschamps, Ferland, Clémence et Aline

SPE-QUAND ON AIME ON A TOUJOURS VINGT ANS-HUMOUR_MUSIQUE
Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Spectacle intitulé «Quand on aime, on a toujours vingt ans», mettant en vedette et en hommage à Yvon Deschamps, Clémence Desrochers, Jean-Pierre Ferland et Louise Latraverse, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts de Montréal.

Coup d'oeil sur cet article

La semaine dernière, dans le cadre d’une chronique sur L’Origine de mes espèces, le très beau spectacle de Michel Rivard, je me demandais si le Québec ne souffrait pas d’Alzheimer culturel.

Je me suis posé la même question mercredi soir en regardant Quand on aime, on a toujours 20 ans, à la Place des Arts.

HOMMAGE AUX GRANDS

Mettant en vedette Jean-Pierre Ferland (87 ans), Claude Gauthier (82ans), Clémence Desrochers (88 ans), Yvon Deschamps (86 ans) et Louise Latraverse (une petite jeunesse de 81 ans), ce spectacle qui sera bientôt disponible en webdiffusion rend hommage à tous ces grands de la chanson française qui, par leur audace et leur talent, ont projeté le Québec dans l’ère moderne. 

Que serait le Québec d’aujourd’hui sans l’album Jaune, La vie d’factrie ou l’Osstidcho ?

Pour ma blonde et moi, la question ne se posait pas : on devait aller voir ce spectacle, afin de remercier haut et fort ces artistes d’avoir défriché le chemin et pavé la voie. 

C’est quand, la prochaine fois qu’on les verra sur scène, ensemble ou séparés ?

Ce n’est pas quand les artistes passent l’arme à gauche qu’il faut dire qu’on les aime, c’est quand ils sont en vie, parmi nous. 

Or, à part quelques très rares exceptions, il n’y avait que des têtes blanches dans la salle. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Ils étaient où, les jeunes qui ne cessent de parler de diversité, d’inclusion et d’ouverture à l’autre ?

Ah, c’est vrai, j’avais oublié : célébrer notre culture, c’est xénophobe ! Raconter notre histoire, c’est frileux, réactionnaire !

Le Québec moderne est né avec Klô Pelgag et les Dead Obies, voyons, tout le monde sait ça !

LA LEÇON D’ALINE

Tout ça me fait penser à Aline, le formidable film de Valérie Lemercier INSPIRÉ de la vie de Céline Dion (et non RACONTANT la vie de Céline Dion). 

Dans une scène particulièrement brillante (qui, j’ose le dire, évoque les plus beaux films d’Antonioni ou de Wim Wenders), Aline, dévastée par la disparition de son mari et impresario (extraordinaire Sylvain Marcel), erre, la mort dans l’âme, dans les rues désertes de Las Vegas. 

Elle est désemparée, désespérée...

Son mari n’est plus là, sa famille non plus, elle est seule au beau milieu d’un empire américain en déclin, se demandant à qui, à quoi se raccrocher...

On ne peut imaginer plus belle métaphore du Québec à l’ère de la mondialisation. 

Coupé de ses racines et de ses traditions, ballottant dans un monde sans âme qui ressemble à un gros centre commercial climatisé...

Sans passé ni avenir.

Quelle scène déchirante !

Et certains osent dire que ce film magnifique et généreux se moque des Québécois ? Vous êtes sourds et aveugles ou quoi ? 

Vous avez perdu la capacité de lire une image à force de regarder des séries offrant des messages prémâchés ?

INTOLÉRANCE ?

Récemment, parce que le ministre Jean-François Roberge a annoncé que le futur cours de Culture et citoyenneté québécoise parlera de la culture – eh oui – québécoise, certains agités du bocal ont déchiré leur chemise en disant que ce cours sentait l’intolérance et la fermeture.

Pauvre Québec...  

Perdu comme Aline. 

Menacé par l’oubli comme Jean-Pierre, Yvon, Clémence et les autres.