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Enseignement du français: il faut viser haut

Philippe Lorange
Photo Chantal Poirier Philippe Lorange est étudiant à la maîtrise en sociologie à l'UQÀM

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Il y a quelques jours, on apprenait que l’Association québécoise des professeurs de français demandait au ministère de l’Éducation de revoir la conjugaison des participes passés afin de la « simplifier ».

Ainsi, la règle actuelle, qui implique une conjugaison particulière et parfois difficile à retenir pour certains, devrait être supprimée pour faire en sorte que tous les verbes conjugués avec « avoir » soient en masculin et au singulier. On ne dira plus : « Ces maisons que nous avons construites », mais plutôt : « Ces maisons que nous avons construit. » Au nom de l’adaptation aux élèves en difficulté, il faudrait en finir avec ce qui pose « obstacle » à l’« apprenant », afin de remplir les objectifs de diplomation.

Cette énième bêtise qui sort du monde de l’instruction nous prouve plusieurs choses. Tout d’abord, il est faux de croire que tout ce qui va mal en éducation relève uniquement d’un manque d’écoute du gouvernement à l’égard des demandes des professeurs. Ces derniers sont aussi partie prenante des graves problèmes qui assaillent l’école et son nivellement par le bas. Trop de professeurs de différents niveaux scolaires ont tendance à sous-estimer leurs élèves pour les traiter comme des enfants incapables du moindre effort de concentration.

En ce sens, le professeur est appelé à rendre son enseignement ludique et à dégrader le contenu pour en faire une matière appauvrie, voire rachitique. C’est le cas de cette Association de professeurs qui ne croit pas au potentiel des élèves.

Contre la beauté de la langue

Dans un deuxième temps, les linguistes et autres experts de la langue qui accueillent chaque fois ces demandes de réforme avec enthousiasme ne sont pas les amis de la beauté de la langue. Ces spécialistes décortiquent la langue de manière froide et sans âme, avec une totale déconsidération pour la poésie du parler et de l’écriture. Ils en appellent à la démocratisation de la langue : mais ce qu’ils veulent, c’est surtout imposer leur idéologie déconstructionniste qui n’a rien à voir avec les aspirations populaires.

Ils affirment souvent que la langue n’appartient pas à une clique d’académiciens : mais nous devons leur répondre qu’elle n’appartient pas non plus aux égalitaristes progressistes dans leur genre. Une langue condamnée à suivre la voie de la dépravation simplificatrice n’a pas plus d’avenir qu’une langue strictement figée dans la pure tradition.

Pas toujours simple

La conjugaison des participes passés, sous sa forme actuelle, n’a nul besoin d’être modifiée. Le fait pour un élève d’apprendre quelques notions de français plus difficiles n’est pas une catastrophe qui met fin à son rêve de terminer ses années scolaires. Bien au contraire, elle lui montre que la langue n’est pas toujours simple et évidente : car tout ce qui vaut la peine est difficile. Après avoir surmonté l’effort d’intégrer cette règle, l’élève s’en souvient une bonne fois pour toutes et en voit la nécessité logique dans la formulation de la phrase.

Au contraire de ces réformes d’appauvrissement de la pensée, l’école doit aujourd’hui prendre un tournant majeur pour viser haut. En replongeant dans les sources les plus vives de l’instruction d’autrefois, l’école québécoise doit savoir transmettre les fondamentaux et les grands repères civilisationnels qui forgent une conscience collective et éveillent l’élève à plus grand que soi. Dans l’enseignement du français, cela implique de montrer la beauté et la poésie des Victor Hugo, Proust, Dumas pour mettre en évidence la richesse de la langue et susciter l’envie de la maîtriser. L’avenir ne doit pas appartenir aux paresseux de l’esprit, mais aux grands vivants qui n’ont pas peur de l’audace et de l’aventure.

Philippe Lorange
Étudiant à la maîtrise en sociologie – UQAM