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L’errance comme mode de vie et de mort

L’errance comme mode de vie et de mort

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Ils meurent dans La Manche et en mer Méditerranée. Ils meurent dans la jungle colombienne et dans le désert à la frontière américaine. Ce n’est plus une crise, mais des crises de migrants dont il faut parler. Ils sont partout, et pourtant on les remarque de moins en moins.

2021 aura été une telle année de pandémie qu’un flou entoure d’autres drames, tout aussi préoccupants. De graves crises migratoires se sont enchaînées au point de devenir la dernière source à la mode de tensions diplomatiques.

EN EUROPE D’ABORD...

Vendredi, le président du Bélarus, Alexander Loukachenko, s’est rendu à la frontière polonaise pour la première fois depuis le début des tiraillements qu’il a lui-même générés en y envoyant des milliers d’expatriés, originaires surtout du Moyen-Orient.

« Allez-y ! Allez-y ! », les a-t-il encouragés, pointant vers la Pologne et perpétuant cette « guerre hybride », comme on l’appelle, qui consiste à se venger des sanctions imposées par l’Union européenne sans déployer d’armement ni tirer un seul coup de feu.

Un froid s’est aussi installé entre Londres et Paris, après la mort de 27 migrants mercredi dans le naufrage de leur embarcation gonflable dans la Manche. Chaque capitale se passe la responsabilité, mais Emmanuel Macron, le président français, a particulièrement mal pris que le premier ministre britannique, Boris Johnson, utilise Twitter pour proposer une politique de retour en France des migrants ayant réussi à atteindre l’Angleterre.

DE NOTRE CÔTÉ DE L’ATLANTIQUE...

Tout un volet du communiqué final du sommet des dirigeants nord-américains à Washington il y a dix jours a été consacré à répondre à l’« immigration irrégulière à travers l’hémisphère ». On veut notamment s’en prendre aux trafiquants humains et encourager les retours volontaires.

Entre-temps, à peine le président mexicain rentré chez lui, l’administration Biden signalait le retour de la politique « Remain in Mexico » (Rester au Mexique) de Donald Trump, forçant les demandeurs d’asile à attendre au sud de la frontière que leur dossier soit étudié. Plus de 1,7 million de sans-papiers ont été interpellés au cours de la dernière année, du jamais-vu depuis 1960.

PRÊTS À RISQUER LEUR VIE

Ces migrants – des deux côtés de l’Atlantique – prennent des risques fous pour atteindre leur objectif. On vient de le voir dans la Manche. Plus au sud, selon l’ONU, 1600 personnes ont perdu la vie cette année en tentant de franchir la Méditerranée.

Plus tôt en novembre, dans l’État de Veracruz, au Mexique, 600 migrants venus d’aussi loin que du Bangladesh ont été libérés de deux remorques dans lesquelles ils avaient été entassés.

Et elles donnent des frissons, ces descriptions de traversée du « Darien Gap » entre la Colombie et le Panama par des migrants montant vers les États-Unis, des descriptions faites de serpents venimeux, de trafiquants véreux et de corps pourrissants sur le sentier.

Peut-être est-ce une conséquence de la pandémie, mais plus ces récits se répètent et moins on semble les entendre. Nous tenons tellement à un retour à la normale que nous regardons, horrifiés, puis passons à autre chose. Sur les routes de l’exil, ces migrants, eux, n’ont pas le privilège d’avoir la tête ailleurs.