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États-Unis, des crimes de guerre. Jamais voyons!

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Photo AFP De la fumée s’échappe après le bombardement du dernier bastion du groupe État islamique à Baghouz, le 3 mars 2019.

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Le secrétaire à la Défense Lloyd Austin demande une enquête sur des frappes aériennes américaines du 18 mars 2019 à Baghuz, en Syrie, après les révélations du New York Times indiquant qu’elles avaient tué des dizaines de femmes et d’enfants. Trois bombes de 500 livres ont été larguées sur des civils rassemblés à proximité du dernier retranchement de l’État islamique dans l’est de la Syrie.

Le commandement américain n’a reconnu les pertes causées par la frappe (80 victimes) qu’après que le Times lui eut fait part de ses informations. Les forces armées américaines avaient tenté par tous les moyens de dissimuler le crime. Des bulldozers ont enterré les cadavres des femmes et des enfants sur les lieux de la frappe. Le rapport public de l’inspecteur général du Pentagone a été censuré. Et un dénonciateur qui a tenté de transmettre des preuves de l’atrocité au Congrès a été démis de ses fonctions.

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À la guerre comme à la guerre

Le US Central Command au Qatar a déclaré que les frappes aériennes étaient justifiées parce que des femmes et des enfants de combattants de l’État islamique ont – parfois – pris les armes, ajoutant qu’« aucune notification formelle de crime de guerre, aucune enquête criminelle ou aucune mesure disciplinaire n’était justifiée ».

Cette affaire montre l’impunité systémique qui prévaut aux plus hauts niveaux de la hiérarchie militaire depuis des décennies. C’est la norme lorsque les États-Unis sont en guerre.

Le recours à la force létale pour le Pentagone n’est pas seulement justifié lorsque ses soldats sont la cible de tirs, il est autorisé si les Américains estiment simplement que l’ennemi affiche une « intention hostile ». En 2009, une majorité bipartite écrasante au Congrès a élargi la définition de boucliers humains. Être à proximité d’un terroriste suffit pour qualifier un civil de bouclier humain et donc de permettre son élimination.

Il n’est pas surprenant que le Pentagone ait pensé qu’il pourrait s’en tirer avec le massacre de Baghouz. Les crimes de guerre américains ne mobilisent pas beaucoup l’opinion publique et ne suscitent donc pratiquement aucune réaction négative chez les élus.

Un courriel obtenu par le NYT a révélé que le Pentagone ne diligentait une enquête sur crime de guerre que lorsqu’il y avait un potentiel élevé d’attention médiatique ou lorsque des images de l’atrocité pouvaient provoquer un tollé dans le pays victime ou internationalement.

Démocrates et républicains, mêmes prétextes

Les républicains ont défendu à maintes reprises des meurtres de civils par les forces américaines au nom de la lutte contre le terrorisme. Pour la même raison, des démocrates au Congrès ont justifié des bombardements israéliens de cibles civiles à Gaza.

Biden poursuit la politique étrangère de Trump qu’il a régulièrement condamnée. Son appui à Israël est aussi inconditionnel. Il arme les forces saoudiennes et émiraties qui ont tué des dizaines de milliers de civils lors de frappes aériennes au Yémen.

Les administrations américaines, démocrate comme républicaine, placent les considérations stratégiques avant les droits de la personne. Malheureusement, c’est vrai pour la plupart des dirigeants de la planète.

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