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L’échangeur Turcot sera vert dans une centaine d’années

Il faudra un siècle pour que les arbres compensent les gaz à effet de serre

Arbres Turcot
Photo Dominique Cambron-Goulet Plus de 8000 arbres ont été plantés le long de l’autoroute 20, à Mont-Saint-Hilaire, pour une partie du CO2 émis pendant la reconstruction de l’échangeur Turcot.

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 Le projet Turcot est encore loin d’être carboneutre. Les minuscules arbres plantés en bordure d’autoroute prendront 100 ans avant de compenser les 35 000 tonnes de CO2 émises par le ministère des Transports du Québec durant la reconstruction de l’échangeur.

• À lire aussi: Carboneutralité des infrastructures: un avant-goût pour le 3e lien de Québec

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a surpris tout le monde la semaine dernière en affirmant que le troisième lien entre Québec et Lévis serait carboneutre

Il a promis de planter des arbres et l’achat de crédits carbone pour compenser les émissions de gaz à effet de serre (GES) produits lors de la construction, citant le projet de l’échangeur Turcot à Montréal comme modèle. 

Or, cela prendra un siècle avant que 51 000 feuillus et conifères absorbent l’équivalent du carbone émis durant les travaux de ce projet de 4 G$, a constaté Le Journal.

Pour l’instant, seul un tiers des arbres promis ont été plantés, au printemps dernier.

  • Écoutez l’entrevue de Jérôme Dupras, Professeur à l'Université du Québec en Outaouais et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique

Petites pousses

Mais avec un léger couvert de neige, il faut de bons yeux pour apercevoir les pousses de feuillus et les petites épinettes hautes d’une vingtaine de centimètres se fondant dans les herbes hautes aux abords de l’autoroute 20, à La Présentation.

Un petit feuillu de la « forêt Turcot » à Sainte-Madeleine.
Photo Dominique Cambron-Goulet
Un petit feuillu de la « forêt Turcot » à Sainte-Madeleine.

« La grosse limite de cette approche, c’est que les émissions pour la construction sont émises et que les arbres vont séquestrer ce carbone sur 100 ans. Ce n’est pas cohérent avec la dynamique des changements climatiques », déplore le professeur au département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais, Jérôme Dupras.

Ironiquement, la durée de vie prévue du nouvel échangeur est pour sa part de 75 ans.

« On est capable d’arriver à d’assez bons résultats de compensation avec la plantation d’arbres, mais il y a beaucoup d’incertitudes liées à l’effet du temps, comme la mortalité des arbres », rappelle M. Dupras. 

Le professeur croit que « pour avoir une réelle carboneutralité » Québec aurait plutôt dû planter un nombre d’arbres qui captent la quantité de GES émise par le chantier Turcot annuellement, soit environ « un million d’arbres ». 

« Comme ça, chaque année, les arbres vont séquestrer 7000 tonnes de carbone. Ensuite, quand la construction est terminée, ces arbres vont continuer à grandir et ça va être un bénéfice qui va peut-être venir compenser l’effet des voitures qui roulent », dit-il.

Une première

Le projet de plantation d’arbres comme compensation des GES est une première pour le Ministère et découle d’un projet de recherche universitaire intitulé Stratégie de séquestration du carbone en contexte routier.

Cet été, le gouvernement du Québec a déposé un projet de règlement pour encadrer la délivrance de crédits carbone par la plantation d’arbres, qui utilise cette méthode de calcul appelée « carbone réel ». 


Le ministère dit s’être associé avec des chercheurs universitaires pour son projet de séquestration du carbone qui constituait une première.

Les arbres de la «forêt Turcot» sortent de terre  

Québec plantera 51 000 arbres pour compenser la pollution engendrée par la construction de l’échangeur

Arbres Turcot
Photo Pierre-Paul Poulin

Les 51 000 arbres de la « forêt Turcot », qui serviront à faire de la reconstruction de l’échangeur un projet « carboneutre », ont commencé à être plantés.

Le léger couvert de neige de la fin novembre suffit à cacher la plupart des centaines de peupliers, de chênes, de bouleaux et d’érables, mis en terre au printemps dernier par le ministère des Transports du Québec (MTQ) à La Présentation.

Des épinettes, hautes d’une vingtaine de centimètres chacune, sont plus visibles, quoique cachées par les quenouilles du ruisseau environnant et se fondant dans les herbes hautes. 

Huit kilomètres au sud, face au mont Saint-Hilaire, des milliers de tuteurs protégés par un filet bordent l’autoroute 20. 

Si les tuteurs sont bien visibles, les arbres de quelques millimètres de large sont durs à voir. Quelques rares tiges atteignent un mètre de haut, mais la majorité ne dépasse pas 30 centimètres.

Ces jeunes végétaux captent du carbone, mais cela prendra un siècle avant qu’ils ne compensent une partie des émissions de gaz à effet de serre du chantier de l’échangeur Turcot.

Jusqu’en Mauricie

Pour l’heure, 17 376 arbres ont été mis en terre sur cinq sites de la Montérégie, aux abords de routes provinciales. Cela a coûté 880 000 $ au MTQ.

Les travaux pour planter les 34 000 arbres restants doivent débuter « en 2022 », indique le ministère. Pour l’instant, huit sites du Centre-du-Québec ont déjà été identifiés pour 16 000 d’entre eux. 

16 000 ARBRES SUR 8 SITES AU CENTRE-DU-QUÉBEC  

  • Sainte-Geneviève-de-Batiscan, autoroute 40, sortie 229         
  • Trois-Rivières, autoroute 40, sortie 192         
  • Saint-Eugène, autoroute 20, sortie 160          
  • Saint-Cyrille-de-Wendover, autoroute 20, sortie 185         
  • Bécancour, autoroute 30, près de la rue des Glaïeuls        
  • Saint-Wenceslas, autoroute 55, sortie 153        
  • Bécancour (Saint-Grégoire), autoroute 55, sortie 176        
  • Bécancour (Gentilly), route 132, km 227                

17 376 ARBRES DE DIFFÉRENTES ESSENCES DÉJÀ PLANTÉS  

1006
Peupliers baumiers 

4101
Épinettes blanches 

1697
Bouleaux blancs 

2689
Chênes à gros fruits 

2689
Érables à sucre 

674
Peupliers deltoïdes 

1347
Peupliers du Canada 

146
Thuyas occidentaux 

146
Cerisiers noirs 

136
Ostryers de Virginie et charmes de Caroline 

1168
Chênes rouges 

1168
Érables rouges 

203
Sapins de Douglas, chênes écarlates, chênes noirs ou féviers d’Amérique 

206
Pins rigides, pins blancs, pruches du Canada

SAINTE-MADELEINE
Autoroute 20, sortie 120
932 ARBRES

Arbres Turcot
Photo Dominique Cambron-Goulet

 

Arbres Turcot
Photo Dominique Cambron-Goulet

RIGAUD
Autoroute 40, sortie 2
5519 ARBRES

Arbres Turcot
Photo Pierre-Paul Poulin

 

Arbres Turcot
Photo Pierre-Paul Poulin

LA PRÉSENTATION
Autoroute 20, sortie 123
1448 ARBRES

Arbres Turcot
Photo Dominique Cambron-Goulet

 

MONT-SAINT-HILAIRE
Autoroute 20, sortie 115
8701 ARBRES

Arbres Turcot
Photo Dominique Cambron-Goulet

Arbres Turcot
Photo Dominique Cambron-Goulet

SAINT-BERNARD-DE-LACOLLE
Route 202, rang Bogton
776 ARBRES

Arbres Turcot
Photo Pierre-Paul Poulin

Arbres Turcot
Photo Pierre-Paul Poulin

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