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Mort d’un patient à Senneterre: la fermeture des urgences remise en question

Le décès de Richard Genest cause une onde de choc à l’Assemblée nationale

Richard Genest est  décédé après avoir attendu l’ambulance plus d’une heure en Abitibi.
Photo courtoisie Richard Genest est décédé après avoir attendu l’ambulance plus d’une heure en Abitibi.

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La mort d’un résidant de Senneterre, qui habitait à seulement quelques minutes d’une urgence désormais fermée en soirée, soulève un débat sur le transport de patients vers des hôpitaux plus éloignés mis en place par Québec.

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Jeudi, François Legault et son ministre de la Santé, Christian Dubé, ont été accusés par l’opposition libérale d’être responsables du décès de Richard Genest, en raison de la réorganisation des services imposée pour répondre à la pénurie de main-d’œuvre qui frappe le réseau de la santé (voir autre texte plus bas).

Pris d’une douleur à l’abdomen mardi soir, Richard Genest a d’abord dû patienter pendant une heure et dix minutes avant d’être transporté vers l’hôpital de Val-d’Or. L’homme de 65 ans a ensuite été redirigé vers le centre hospitalier d’Amos, où il est décédé dans l’ascenseur. Il vivait pourtant à 15 minutes à pied de l’urgence de Senneterre, fermée en soirée depuis l’automne dernier.        

  • Écoutez l'entrevue de la fille de Richard Genest, Marianne Genest, avec Benoît Dutrizac sur QUB Radio:   

Mais les autorités médicales de la région assurent que rien n’aurait pu être fait pour sauver M. Genest. La pathologie qui l’affectait était «excessivement sévère, rapide et extrêmement mortelle», a assuré Dr Jean-Guy Ricard, directeur médical régional des services préhospitaliers d’urgence.

Ainsi, une prise en charge «même parfaite n’aurait probablement pas sauvé la vie de cette victime», a-t-il ajouté, sans préciser la nature de son malaise. Et l’urgence de Senneterre, assure-t-il, n’était pas équipée pour un tel cas, si bien que M. Genest n’y aurait pas été transporté si elle avait été ouverte.  

Enquête du coroner

En début de journée, le ministre Dubé a d’abord rapporté que le coroner ne comptait pas faire enquête sur ce décès. Il assurait également, sur la foi des informations fournies par la PDG du CISSS local, que le décès de M. Genest n’était lié ni aux services ambulanciers ni à la fermeture de l’urgence de Senneterre.

Pourtant, au même moment, le Bureau du coroner choisissait finalement d’ouvrir un dossier «compte tenu de l’ensemble des questions soulevées par la population en général».

D’ailleurs, des zones d’ombre demeurent, malgré les explications des autorités.

Selon la fille de la victime, Eva Genest, le chirurgien neuro-vasculaire a affirmé qu’une prise en charge «quelques minutes plus tôt auraient permis de le sauver».

Le représentant syndical des ambulanciers locaux pour la CSN, Félix-Antoine Lafleur, estime également que la couverture ambulancière «est en cause» dans le décès de Richard Genest.

À titre de comparaison, le responsable des ambulances pour la région, Dr Jean-Guy Ricard, souligne que «sur le secteur d’Amos, qui est quatre à cinq fois plus grand que l’île de Montréal, je n’ai que deux, parfois trois véhicules pour répondre à l’ensemble des appels qui viennent de la population, des établissements de santé, de la sécurité publique ou du transport aérien.» 

– Avec la collaboration de Nicolas Lachance

De la «médecine de brousse» 

Patrick Bellerose, Bureau parlementaire

François Legault et son ministre de la Santé, Christian Dubé, ont été la cible de nombreuses attaques, jeudi, pour leur décision de fermer certaines urgences la nuit en raison de la pénurie d’infirmières.

Le chef parlementaire du Parti Québécois (PQ), Joël Arseneau, a comparé l’approche caquiste à de la «médecine brousse». 

«On le voit à Senneterre, comme on le voit à Coaticook, comme on le voit à Gatineau, comme on le voit à Lachine, il s'agit de réduction de services. C'est une gestion de la santé par fermetures de services, et, on le dit depuis des mois, ça a des conséquences», a-t-il déploré. 

Pour sa part, la députée solidaire Émilise Lessard-Therrien a souligné que le trajet que Richard Genest a dû faire, «c'est comme partir de Montréal, aller virer à Joliette pour se faire dire que le spécialiste dont on a besoin est à Saint-Jérôme».

Legault piqué au vif

Mais ce sont surtout les propos de la cheffe libérale Dominique Anglade qui ont piqué au vif le premier ministre. Selon elle, François Legault et Christian Dubé sont responsables du décès de M. Genest.

«Les gens qui sont sur le terrain vont vous dire que, si l'urgence n'avait pas été fermée, on n'aurait pas eu ce décès», a-t-elle déclaré en matinée.

Au Salon bleu, François Legault était visiblement offensé. «M. le Président, j'invite la cheffe de l'opposition officielle à se ressaisir, à être digne de son poste», a-t-il déclaré.

Primes en région

Dans l’espoir d’attirer plus d’infirmières en région et d’ouvrir à nouveau les urgences, Québec a annoncé hier de nouvelles primes pour les infirmières qui accepteront de s’y installer. 

Ainsi, un montant supplémentaire de 12 000$ par année sera dorénavant octroyé au personnel en soins infirmiers ou cardiorespiratoires qui s’établira en région éloignée pour deux ans afin d’y travailler à temps complet ou à temps partiel.

Au total, une personne qui choisit de s’établir en région éloignée pour travailler dans le réseau de la santé pourrait recevoir jusqu’à 30 000$ pour la première année et 12 000$ pour la deuxième.

– Avec la collaboration de Vincent Larin, Agence QMI

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