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Premier conflit de travail depuis 1994

Joueurs et partisans des Expos n’ont pas oublié le conflit qui a été le clou dans le cercueil

Felipe Alou
Photo d’archives Les Expos de 1994 avec les Pedro Martinez, Darrin Fletcher, le gérant Felipe Alou et le reste de l’équipe constituaient la formation par excellence dans le baseball majeur.

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Le baseball majeur a décrété jeudi son premier arrêt de travail depuis la douloureuse grève des joueurs de 1994 qui, même 26 ans plus tard, rappelle encore des souvenirs amers aux anciens Expos et à leurs partisans. 

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Cette fois, cependant, le contexte est différent. Il ne s’agit pas d’une grève déclenchée par les joueurs, mais d’un lock-out décrété par la partie patronale. 

Et le moment choisi – durant la saison morte – l’a été dans l’espoir « qu’il s’agisse du meilleur mécanisme pour protéger la campagne 2022 », affirme le commissaire Rob Manfred

« Nous espérons que ce lock-out accélère le processus de négociations, a écrit Manfred jeudi dans une lettre adressée aux partisans. [...] Ce lock-out défensif est nécessaire parce que la vision de l’Association des joueurs menace la possibilité pour plusieurs équipes d’être compétitives. »

Les négociations entre le baseball majeur et l’Association des joueurs se sont amorcées au printemps. Elles ont achoppé mercredi sur une douzaine d’enjeux économiques, rapporte le réseau ESPN, quelque neuf heures avant que la convention collective ne vienne à échéance. 

Par voie de communiqué, le directeur de l’Association des joueurs, Tony Clark, a qualifié jeudi de « radicale » et « d’inutile » la décision de la MLB de décréter un arrêt de travail. 

« Nous demeurons engagés à en arriver à un nouvel accord qui améliorera la compétition, le produit offert à nos fans et qui fera avancer tant les droits que les avantages de nos membres », a déclaré l’ancien joueur. 

Il s’agit du neuvième conflit de travail de l’histoire du baseball majeur. Depuis la grève de 1994, qui avait forcé l’annulation de la moitié de la saison et de la Série mondiale, quatre nouvelles conventions collectives ont été négociées sans recours au lock-out ou à une grève des joueurs.  

Ça fait encore mal

Pour d’ex-Expos qui enfilaient alors l’uniforme blanc décoré de fines lignes marines, les mots « conflit de travail » ravivent encore aujourd’hui de douloureux souvenirs, qu’importe que le contexte soit cette fois différent. 

Le 11 août 1994, « Nos Amours » montraient un dossier de 74-40, le meilleur du baseball majeur, lorsque l’officialisation de la grève les a forcés à ranger leurs bâtons. Quand la MLB a repris ses activités le 25 avril 1995, le lanceur Ken Hill ainsi que les voltigeurs Marquis Grissom et Larry Walker, notamment, avaient quitté la métropole. 

Et, faut-il le rappeler, les Expos ne se sont plus jamais approchés, même de loin, de pareils résultats jusqu’à leur départ vers Washington, 10 ans plus tard. 

« C’est la meilleure équipe que j’ai dirigée durant ma carrière, affirme encore aujourd’hui le gérant de l’époque, Felipe Alou. Nous avions tellement de bons joueurs. Ça fait encore très mal. Nous gagnions, nous pensions à la Série mondiale. Puis, la saison suivante, plusieurs de nos meilleurs joueurs étaient partis. »

1972 aussi

« Ç’a mis fin aux Expos, regrette toujours l’ex-lanceur Claude Raymond, qui était analyste à la radio en 1994. On pensait être capables de gagner tous les matchs : si on perdait une rencontre pendant la semaine, on se demandait ce qui s’était passé. Les joueurs arrivaient au Stade avec la certitude de gagner. »

Et pour Claude Raymond, le déclenchement du présent lock-out rappelle d’autres mauvais souvenirs : la grève de 1972, qui a mis fin à sa carrière d’artilleur. 

« Quand les Expos m’ont congédié à la fin de 1971, j’ai essayé quatre ou cinq équipes pour voir s’ils avaient besoin de lanceur de relève. Mais tout le monde évoquait la grève et disait qu’ils n’auraient peut-être pas besoin de moi. Ç’a mis fin à ma carrière. »

Du flou entourant le vote sur la garde partagée 

Avec le lock-out décrété jeudi dans le baseball majeur, le vote au sujet du projet d’une équipe en garde partagée entre Montréal et Tampa risque d’être repoussé de quelques semaines, voire de quelques mois, d’après la durée du conflit. 

Selon des informations récoltées par Le Journal, les discussions se poursuivent toutefois entre les Rays de Tampa Bay et le groupe de Stephen Bronfman. Ce dernier s’est toutefois refusé à tout commentaire jeudi. 

En novembre, le projet avait été présenté au conseil exécutif du baseball majeur dans une rencontre tenue à Chicago, mais les huit membres n’avaient pas voté. Par manque de temps, avait-il été évoqué à ce moment. 

« Le conseil n’en est pas venu à une conclusion à ce sujet, mais c’est presque exclusivement en raison de nos autres enjeux plus pressants, avait alors dit le commissaire. C’est un sujet compliqué et beaucoup de choses se passent en ce moment [dont les négociations entourant la convention collective]. » 

À sa sortie de la réunion, le propriétaire des Rays, Stuart Sternberg, avait affirmé que « le commissaire Manfred et le baseball majeur étaient heureux des progrès et des efforts faits afin d’assurer l’avenir des Rays dans la baie de Tampa ». 

Il s’attendait à avoir un retour de la part de la MLB dans les semaines suivantes. Quant au groupe de Bronfman, il avait évoqué dans un laconique communiqué « qu’il y avait encore beaucoup de travail à accomplir », mais être « fier » de la relation établie avec Sternberg.

Enjeux logistiques

Le projet ne semble pas faire partie des points discutés entre les joueurs et le baseball majeur, comme il n’y a toujours pas consensus chez les dirigeants au sujet du concept de garde partagée. 

Toutefois, Tony Clark, le directeur de l’Association des joueurs, avait dit en avril qu’il existe plusieurs enjeux entourant cette possibilité, notamment d’un point de vue logistique.

Il reste à voir si le sujet sera évoqué durant les prochaines semaines, notamment de la part des joueurs qui pourraient vouloir s’en servir comme levier de négociations.  

Des enjeux majeurs du conflit 

Des cadenas avaient été placés sur tous les accès au Jacob Field de Cleveland lors du lock-out en 1994.
Photo d’archives
Des cadenas avaient été placés sur tous les accès au Jacob Field de Cleveland lors du lock-out en 1994.

Depuis minuit jeudi, les joueurs du baseball majeur n’ont plus accès aux installations de leur équipe. Les formations ne peuvent plus embaucher de joueurs autonomes et les assises du circuit, prévues dès dimanche à Orlando, ont été annulées pour une deuxième année de suite. Sera-t-il long, ce conflit de travail ? Dur à dire, car si les deux parties se sont entendues sur certains points, une douzaine d’enjeux achoppent toujours. Une chose est certaine : pour assurer une saison complète, il faudra qu’un accord survienne avant le début du mois de mars. Voici certains des enjeux majeurs du présent conflit, selon des informations obtenues par des médias américains.

L’autonomie des joueurs 

Présentement, les joueurs du baseball majeur peuvent se prévaloir de leur autonomie après six ans de service ou s’ils sont libérés par leur équipe avant d’avoir disputé ces six saisons. 

Le baseball majeur souhaite conserver la formule actuelle ou changer l’âge d’admissibilité à 29,5 ans. Les joueurs, eux, désirent garder les modalités existantes jusqu’à la saison morte 2022-2023. Puis, pour les deux entre-saisons suivants, ils demandent que les joueurs obtiennent leur autonomie après cinq ou six années de service ou à l’âge de 30,5 ans, selon ce qui survient en premier. À compter de la saison morte 2025-2026, ils proposent de la ramener à cinq ou six années de service ou à l’âge de 29,5 ans.

L’arbitrage salarial 

En ce moment, les joueurs qui ont plus de trois années d’expérience dans le baseball majeur, mais moins de six, ont droit à l’arbitrage salarial s’ils n’ont pas en poche un contrat pour la saison suivante. Il existe toutefois certaines exceptions. 

La MLB souhaite conserver le système actuel ou le remplacer par un système basé sur les prix remportés par les joueurs ou le WAR (« Win above replacement », une statistique complexe qui mesure la valeur d’un joueur dans son équipe). L’Association des joueurs propose d’abaisser à deux ans le moment de l’admissibilité à l’arbitrage salarial.

Les séries éliminatoires

Depuis 2012, deux équipes de chaque association disputent un match de barrage avant le début des séries. Le gagnant accède aux éliminatoires, qui mettent aux prises huit équipes, quatre de la Nationale, quatre de l’Américaine. 

Le baseball majeur propose de disputer deux matchs de barrage par association, ce qui ferait passer de 10 à 14 le nombre de formations qui accèdent au tournoi d’après-saison. Les joueurs souhaitent voir 12 clubs en séries et faire passer de trois à deux le nombre de sections par association. 

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