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L’inflation fait mal aux banques alimentaires

Les paniers de Noël sont déjà en forte demande et coûtent environ 30% plus cher pour certains organismes

Paniers de Noël
Photo courtoisie Un bénévole de la Société de Saint-Vincent de Paul de Montréal effectue la collecte de denrées afin de confectionner un panier de Noël.

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Les banques alimentaires font face à une demande criante et en hausse constante pour les paniers de Noël, et s’inquiètent des effets de l’inflation sur les plus démunis.

« Si la nourriture continue d’augmenter autant, je ne sais pas si les mouvements vont suivre eux aussi », observe Geneviève Beaubien, porte-parole chez Entraide Agapè, à Beauport. 

L’organisme d’aide alimentaire et matérielle de Québec distribuera 400 boîtes de Noël, soit 40 de plus que l’an dernier. Cela représente environ 1200 personnes qui recevront de l’aide alimentaire cette année. 

Entraide Agapè répond à la demande croissante avec l’aide de certaines épiceries pour les produits périssables, heureusement. « On paie le lait pratiquement au prix coûtant. [...] On réussit à s’en sortir en collaborant », explique Mme Beaubien. 

Malgré cet appui, elle prévoit un réel problème avec l’inflation qui fait grimper le prix de la nourriture. « C’est le début du marathon », indique-t-elle.

Selon le réseau des Banques alimentaires du Québec, 40 % plus de Québécois sur le marché du travail ont eu recours à l’aide alimentaire en 2021.

En plus de la pandémie qui a fait augmenter la distribution de 37 %, la hausse du coût de la vie et l’inflation accentuent le recours à l’aide alimentaire. 

Paniers de Noël
Photo courtoisie, SSVP

Presser le citron 

Le directeur général de l’organisme, Martin Munger, reconnaît une « forte pression » sur le réseau, puisque la quantité de denrées et de dons n’est toujours pas suffisante par rapport à la demande. 

Qui plus est, la hausse du coût du panier d’épicerie est venue gruger le budget alloué à chaque ménage dans certains organismes. 

À la Société de Saint-Vincent de Paul, la valeur du panier de Noël pour une personne seule a ainsi augmenté de 33 %, souligne sa directrice générale Valérie Gagnon.  

L'organisme se prépare aussi à confectionner plus de 5500 paniers, soit une hausse de 20 % depuis 2020, qui seront offerts à Montréal, à Laval et dans Lanaudière.

Même pour les organismes qui récoltent la majorité de leurs dons en nourriture ou via des partenariats avec des fournisseurs et des supermarchés, la recherche de denrées a été plus compliquée cette année. 

« On voit un certain essoufflement dans nos dons alimentaires par rapport à l’an passé », affirme Richard Daneau, de Moisson Montréal, où 20 000 paniers sont confectionnés. 

Il croit que la réouverture des restaurants et des hôtels, jumelée à une gestion plus serrée des inventaires dans les grandes chaînes, a diminué la quantité de nourriture à redistribuer à son prochain. 

Des ravages 

Mais ce qui préoccupe surtout le directeur général de Moisson Montréal, c’est un achalandage accru dans les comptoirs alimentaires en raison de l’inflation. 

Ses craintes pourraient bien se concrétiser en 2022, croit Sylvain Charlebois, spécialiste en agroalimentaire et professeur à l’Université Dalhousie. 

« Je ne veux pas dramatiser, mais je crois que les banques alimentaires ont le droit d’être inquiètes. Si on leur a donné 10 $ [en 2021], il faudra en donner 17 $ ou 18 $ pour avoir le même impact [en 2022]. C’est énorme », dit-il.  

La viande et les produits transformés comme les céréales, le beurre d’arachide ou le Kraft Dinner risquent de subir les hausses de prix les plus marquées, selon lui.