/news/provincial
Navigation

Bruno Marchand prêt à affronter la grogne lors du chantier du tramway

Le maire de Québec s’engage à limiter les entraves et à dialoguer avec les citoyens

Quebec
Photo Stevens Leblanc Généralement épargné par la critique depuis son élection, le maire de Québec, Bruno Marchand, s’attend cependant à devoir relever un énorme défi dans les prochaines années, avec la mise en chantier du tramway en 2023, a-t-il dit hier en entrevue éditoriale.

Coup d'oeil sur cet article

Bruno Marchand est prêt à affronter le «trouble» qui s’en vient, dans les prochaines années, avec le méga chantier du tramway qui pourrait nuire, admet-il, à sa réélection en 2025.

• À lire aussi: «L’heure juste» sur le tramway de Québec en janvier

• À lire aussi: Cinq faits saillants à retenir sur le premier budget Marchand

La lune de miel suivant sa récente victoire, le 7 novembre dernier, ne durera pas éternellement.

Le nouveau maire de Québec le sait bien et il est déjà prêt à faire face aux difficultés et à mettre sa tête sur le billot pour le projet de tramway qu’il veut livrer contre vents et marées, dans le respect des échéanciers. Sa mise en service est prévue en 2028.

«Si je pensais à ma réélection, ça serait bien plus facile de mettre la hache dedans, de s’éviter le trouble et dire que l’ancienne administration n’a pas fait son travail puis jouer au sauveur. En termes de calcul politique, c’est la voie la plus sûre pour ma réélection, mais moi, je ne crois pas à cette voie-là», a-t-il lancé, mercredi, en entrevue éditoriale à l’hôtel de ville.

Quebec
Photo Stevens Leblanc

Les entraves seront limitées au maximum, promet-il, mais les inconvénients seront inévitables.

«Il faut être meilleur et penser aux citoyens là-dedans. On ne peut pas juste dire : “Il y a des travaux. Attendez puis vous allez être contents dans cinq ans.” C’est insuffisant.»

«On a une occasion unique, pendant la construction, d’adapter nos pratiques pour que la circulation reste fluide. Est-ce qu’il faut avoir plus de voies vers l’est sur le chemin Sainte-Foy le matin, plus de voies vers l’ouest le soir? Je ne suis pas en train de dire qu’on va faire ça. Nos experts travaillent à ça», précise-t-il.

Travail «titanesque»

Reconnaissant qu’il y a un travail «titanesque» à faire sur le plan des communications pour mieux vendre le projet, le maire s’engage à mettre les citoyens dans le coup.

Il veut «rouvrir le dialogue». Sa «recette», dit-il, est déjà prête pour répondre aux interrogations, «défaire des mythes» et recentrer le message. 

«On oublie de dire que dans le fond, notre objectif, ce n’est pas le tramway, c’est la mobilité. Il faut que la mobilité de tout le monde s’améliore. Le tramway, c’est un outil important mais insuffisant.»

Des améliorations possibles

En campagne, il a promis dix améliorations au projet. Leur faisabilité et leur coût sont à l’étude et feront l’objet de négociations avec le gouvernement du Québec.

D’emblée, il reconnaît qu’il y a une «embûche» pour diminuer la présence de fils électriques. «Ça se pourrait qu’on doive trouver des solutions alternatives.»

Quebec
Photo Stevens Leblanc

Des arbres seront aussi inévitablement coupés, prévient-il. La Ville en plantera 20 pour chaque arbre abattu, insiste celui qui mise toujours sur le scénario d’une «rue partagée» sur René-Lévesque.

L’auto y aura toujours sa place. Quant à la plateforme de béton, il croit pouvoir réaménager plusieurs intersections pour diminuer l’impression d’une ville «coupée en deux».  

Satisfait de sa première gestion de crise  

Plongé rapidement dans la tourmente, peu de temps après son arrivée, le nouveau maire a dû gérer une première crise majeure avec les arrestations controversées au SPVQ.

En plein week-end, il avait pris les devants en convoquant rapidement les médias à un point de presse.

Interrogé sur sa propre gestion de crise, il a dit n’avoir aucun regret.

«Je vais laisser les autres me donner une note. [Mais] il n’y a pas grand-chose que je ferais différemment. Ça aurait été facile de tomber dans la petite politique, puis dire : “Je vais m’en occuper, moi, de la police !” Mais ça aurait été nuisible à long terme. Si on veut que les choses se corrigent, ça suppose aussi de mettre ces gens-là au centre de la transformation.»

Pas de grand ménage au sein de l’administration  

Les hauts dirigeants de la Ville n’ayant aucune sécurité d’emploi, incluant le directeur général, Luc Monty, peuvent dormir tranquilles.

Bruno Marchand n’a pas l’intention de procéder à un grand ménage à l’interne, comme on le voit souvent lors d’un changement de régime au provincial ou au fédéral.

Il dit avoir confiance «à 150 %» en M. Monty, un ex-sous-ministre des Finances embauché par Régis Labeaume en 2018.

«Moi, j’avais le goût de travailler avec cet homme-là. J’ai vu trop souvent des politiciens arriver comme si, avant, tout le monde était con et n’avait fait que du négatif. Il y a des acquis sur lesquels on peut bâtir. J’ai senti une volonté réelle chez ces gens-là de mettre le citoyen au centre. Ils sont proactifs et ouverts aux idées nouvelles.»

Une gaffe payante en campagne électorale?  

Bruno Marchand est convaincu que sa volte-face, en campagne, sur la possibilité d’imposer une forme de taxe ou une redevance pour capter la plus-value foncière des immeubles existants le long du tracé du tramway, aura finalement été bénéfique.

«Ça m’a servi», analyse-t-il avec recul. Le chef de Québec Forte et Fière reconnaît l’avoir «échappé» à ce sujet. «Il y a des gens qui disaient que j’avais perdu ma campagne cette journée-là.»

Le lendemain, il corrigeait le tir en évoquant plutôt une redevance aux promoteurs pour les futurs projets.

«Les autres partis ont continué à taper sur moi et ils ont fait une erreur. Je ne dis pas qu’on a gagné l’élection avec ça, mais ç’a été fondateur pour notre groupe. On a vécu une crise, puis on est passés au travers. Je ne serai pas un maire parfait [détenant] la vérité à chaque fois, c’est impossible», prévient-il.

À voir aussi