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[PHOTOS] 10 curiosités d'intérêt historique à découvrir à Québec

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La ville de Québec, incluant toutes les anciennes municipalités qui constituaient sa banlieue, regorge d’un patrimoine fort diversifié, mais souvent méconnu. Parfois, il s’agit de légendes ou de moments insolites, parfois d’architecture, d’aménagement du territoire ou d'un mystère non élucidé. Ces curiosités sont souvent méconnues, parfois oubliées, mais toujours d’intérêt. Néanmoins, elles sont ancrées dans l’histoire du lieu. Notre patrimoine peut être parfois étonnant. Voici dix de ces curiosités qui jalonnent l'histoire de la capitale.

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1) Une guerre de clochers  

Les clochers de la cathédrale anglicane Holy Trinity et de la basilique-cathédrale catholique Notre-Dame de Québec.
Photo courtoisie Pierre Lahoud
Les clochers de la cathédrale anglicane Holy Trinity et de la basilique-cathédrale catholique Notre-Dame de Québec.

La première église paroissiale de Québec, Notre-Dame-de-Recouvrance, est construite en 1633. Elle est détruite par les flammes en 1640. Il faudra attendre 1647 pour voir apparaître une nouvelle église. Elle symbolisera alors la domination catholique en Nouvelle-France. 

Lors du siège britannique de l'été de 1759, elle est complètement détruite. La conquête britannique changera la donne, non seulement en terme politique, mais également en matière religieuse. En effet, les nouveaux arrivants sont anglicans. Les catholiques perdent ainsi leur exclusivité. Néanmoins, leur nouvelle basilique-cathédrale est reconstruite en 1766. 

Quant aux Anglicans, ils amorcent la construction de leur propre cathédrale en 1800, sur une partie de l'ancienne propriété des Récollets située au coin des rues des Jardins et Sainte-Anne. Pour démontrer la primauté de son Église, l'évêque anglican Jacob Mountain s'assure que le clocher de son nouveau temple soit plus élevé que celui de la cathédrale catholique. Il culmine à 46 mètres, à peine plus que sa voisine. 

À la suite de l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Québec survenu le 22 décembre 1922, on la reconstruit en s'assurant qu'elle soit, cette fois-ci, la plus haute que sa rivale. C'est ici que l'expression «guerre de clochers» prend tout son sens.

2) De mystérieuses madones  

Une des Madones de la rue Arago Est.
Photo J.F. Caron
Une des Madones de la rue Arago Est.

Sur la façade de certains édifices de Québec, on retrouve des appliqués muraux représentant un buste de la sainte Vierge, encadré d'un triangle aux faces arrondies. Il y en a quatre dans la paroisse Saint-Sauveur et un autre était présent encore récemment dans Saint-Jean-Baptiste. Ils intriguent beaucoup de gens et leur présence est en effet curieuse. 

En 1954 avait lieu un événement religieux international. Le pape Pie XII avait déclaré cette année-là comme une année mariale. Il voulait ainsi commémorer le centenaire de la déclaration du dogme de l'Immaculée Conception en 1854. Québec avait connu un événement semblable en 1929 lors du 75e anniversaire.

Pour souligner le centenaire, l'Église de Québec avait organisé plusieurs événements. Parmi ceux-ci, des processions de madones étaient parties de quelques paroisses disséminées aux quatre coins de la ville pour culminer dans un grand rassemblement religieux au Colisée. Pour l'occasion, on avait demandé aux gens de décorer leur maison. 

Mgr Maurice Roy, l'archevêque de Québec, avait alors distribué gratuitement des appliqués muraux de la Vierge à ceux qui en faisaient la demande. Ce sont quelques-uns de ces ornements religieux que l'on retrouve toujours en place sur des murs de la ville.

3) Une allée de prestige  

L'avenue de Vimy depuis le chemin Sainte-Foy.
Capture d'écran Google Street View
L'avenue de Vimy depuis le chemin Sainte-Foy.

Dans le quartier Saint-Sacrement se trouve l'avenue de Vimy. Contrairement à toutes les autres rues du quartier, son tronçon, qui relie le chemin Sainte-Foy au boulevard de l'Entente, est constitué de deux voies séparées par un terre-plein central gazonné et ornementé d'arbres. Pour comprendre ce qui lui a valu un si bel aménagement, il faut relire l'histoire de l'Université Laval.

L'Université Laval est fondée en 1852. On l'établit dans le périmètre du Séminaire. À son ouverture, il n'y a que les facultés de Médecine et de Droit et seulement 12 étudiants. Toutefois, au fil du temps, le nombre des inscriptions augmente, comme celui des facultés. Au début du XXe siècle, l'espace vient à manquer. Il faut sortir du Quartier latin. 

À cette époque, le développement urbain est possible seulement vers l'ouest. En 1920, le Séminaire devient propriétaire d'un vaste terrain dominant le versant nord, sur le boulevard de l'Entente, et où l'Université pourra poursuivre son expansion. C'est donc dans ce contexte que l'avenue de Vimy est ouverte en 1921. On lui donne un air monumental, puisqu'elle conduit à l'entrée principale du nouveau campus Saint-Sacrement. De nos jours, c'est le Cégep Garneau qui occupe cet ancien campus universitaire.

4) L'île Saint-Hyacinthe  

La statue de la Sainte Vierge située à l'entrée de l'île Saint-Hyacinthe.
Photo courtoisie Pierre Lahoud
La statue de la Sainte Vierge située à l'entrée de l'île Saint-Hyacinthe.

Lors du siège de Québec de l'été 1759, les Français complètent l'enceinte fortifiée de la ville en construisant plusieurs lignes de retranchements temporaires le long de la rive droite de la rivière Saint-Charles, jusque dans Saint-Malo, et sur la rive du fleuve Saint-Laurent, depuis l'embouchure de la Saint-Charles jusqu'à la chute Montmorency. Il s'agissait de chemins couverts, de batteries et de redoutes. 

À la suite de la Conquête, ces ouvrages sont abandonnés et disparaissent peu à peu sous forme de vestiges.

Au domaine Maizerets, deux redoutes avaient été construites: celle des Prêtres, palissadée, et celle de la Charre, entourée d'un fossé. En 1849, on creuse le fossé de la redoute de la Charre devenu vestige et on le remplit d'eau depuis une écluse aménagée en bordure du fleuve. Une petite île est ainsi formée. On l'appelle l'île Saint-Hyacinthe. 

En 1867, on y édifie un petit oratoire qui épouse la forme d'un édicule à quatre colonnes surmontées d'une toiture en dôme pour y placer une statue de la Sainte Vierge. Depuis 2000, celle qui s'y trouve provient de la façade de l'église Saint-Cœur-de-Marie fermée au culte en 1997. C'est ainsi qu'un ancien ouvrage militaire est devenu une île presque idyllique.

5) La clôture du parlement  

Capture d'écran Google Street View

À partir de 1792, l'Assemblée législative du Bas-Canada siège dans la côte de la Montagne, à l'emplacement de l'actuel parc Montmorency. Deux parlements vont s'y succéder. Le second est inauguré en 1860. Lors de l'aménagement paysager de ses parterres, on avait prévu ériger une clôture de fonte montée sur le mur de soutènement de la côte de la Montagne. Toutefois, en 1863 et pour une raison inconnue, cette clôture s'est plutôt retrouvée en façade de l'Hôpital de la Marine de la Pointe-aux-Lièvres, dans le quartier Saint-Roch. 

En 1892, les sœurs du Bon-Pasteur achètent cet ancien hôpital pour y ouvrir l'hospice Saint-Charles. À la suite de la Seconde guerre mondiale, l'hospice devient l'Hôpital des anciens combattants qui est finalement déménagé à Sainte-Foy en 1954. L'édifice de la Pointe-aux-Lièvres est alors abandonné. Face à son état de délabrement avancé, il est finalement démoli en 1959. Quant à sa clôture ornementale, elle est déménagée, puis remontée en bordure du terrain de l'ancien domaine seigneurial de Beauport. 

C'est donc par un curieux détour que la clôture du parlement de la côte de la Montagne s'est retrouvé sur l'avenue Royale à Beauport, face à des immeubles à logements, le Manoir Salaberry.

6) Le pont de la sécession  

Photo courtoisie Pierre Lahoud

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des notables de la bonne société de la capitale possèdent des résidences secondaires à la Jeune-Lorette. Ce lieu est facile d'accès depuis l'arrivée du chemin de fer. On y retrouve donc, de part et d'autre de la rivière Saint-Charles, de belles résidences aux terrains paysagés et agrémentés de quais, de courts de tennis et de terrains de croquet.

Pour accéder à la rive droite de la rivière, les villégiateurs doivent traverser un vieux pont. Au début des années 1920, ils demandent à la municipalité de Loretteville d'en construire un nouveau, plus sécuritaire, ce que le conseil municipal refuse. C'est alors qu'un groupe de citoyens, ayant à leur tête le dentiste Joachim Reid, décide de se «séparer» de Loretteville pour créer une municipalité indépendante. C'est chose faite en 1926. 

En raison de la proximité de la prise d'eau de l'aqueduc de Québec, la nouvelle ville s'appelle Château-d'Eau. Le docteur Reid en devient le premier maire et c'est lui qui, en 1928, fait construire le nouveau pont qui prendra son nom. C'est finalement en 1965 que Château-d'Eau réintègre Loretteville. Une longue parenthèse, simplement pour un pont.

Image 6 : La plaque du pont Reid à Loretteville, Pierre Lahoud.

7) Le remous des hirondelles  

Vue aérienne du remous des Hirondelles situé à l'intersection du boulevard Père-Lelièvre et de la voie ferrée.
Capture d'écran Google Maps
Vue aérienne du remous des Hirondelles situé à l'intersection du boulevard Père-Lelièvre et de la voie ferrée.

Au début du XXe siècle, les endroits permettant de se rafraîchir durant les canicules n'étaient pas légions et les piscines publiques étaient plutôt rares. Néanmoins, sur la rivière Saint-Charles, au détour d'une de ses nombreuses courbes, on retrouvait un emplacement splendide pour la baignade, aux portes de la ville. 

Ce bassin naturel au sable fin était situé sur le chemin de la Petite-Rivière, aujourd'hui le boulevard Père-Lelièvre, près du pont ferroviaire qui existe toujours. On lui donnait le joli nom de «remous aux Hirondelles», en raison des milliers d'hirondelles des sables qui s'y rassemblaient. 

L'autre élément du toponyme faisait toutefois moins rêver. En effet, un remous y tourbillonnait, emportant à chaque été de nombreux baigneurs qui se noyaient. Le remous des Hirondelles attirait non seulement les nageurs, mais également les amoureux, ce que dénonçait haut et fort le clergé. Même en hiver, le secteur était fréquenté puisqu'on y découpait de la glace. 

Quoi qu'il en soit, en juillet 1950, à la suite d'une énième noyade, un coroner recommande qu'il y ait davantage de grandes piscines publiques pour éviter la répétition de tragédies. Le remous des Hirondelles perd alors de sa popularité et sera peu à peu oublié.

8) La grotte du rang Saint-Jacques  

La grotte du rang Saint-Jacques.
Capture d'écran Google Street View
La grotte du rang Saint-Jacques.

Dans le secteur de Neufchâtel, face au 9228, boulevard Saint-Jacques, se trouve un lieu de dévotion dédié à la Sainte Vierge. 

En 1939, c'est l'abbé Wilfrid Caron, curé de la paroisse de Saint-Ambroise de la Jeune Lorette, qui fait ériger une grotte dédiée à Marie, sur un cran rocheux de la rive gauche de la rivière Saint-Charles. Elle est érigée par Jean-Baptiste Dubeau sur une petite parcelle de son terrain du rang Saint-Jacques. 

Lors de l'élargissement de l'actuel boulevard, la grotte est remplacée par une petite chapelle. Il s'agit d'une structure blanche semblable à un kiosque. Quatre colonnes supportent un dôme à l'impériale en feuilles de tôle surmonté d'une croix. Chacune des ouvertures de ses faces est arquée. Celles des côtés sont fermées par des carreaux de verre transparent alors que ceux de l'arrière sont colorés. La façade principale s'ouvre sur un petit autel sur lequel est posée une statue de la Vierge.

Ce lieu est fréquenté depuis plus de quatre-vingts ans. On y célèbre encore une cérémonie chaque 31 mai, pour marquer la fin du mois de Marie, et tous les 15 août, à l'Assomption. Des bénévoles poursuivent cette mission grâce aux aumônes recueillies lors des deux célébrations estivales.

9) Le tas de terre de Sillery  

Le tas de terre de Sillery situé au sud-ouest de la Maison des Jésuites.
Capture d'écran Google Street View
Le tas de terre de Sillery situé au sud-ouest de la Maison des Jésuites.

Entre 1969 et 1971, Place Laurier est agrandie. Pour ce faire, on procède à d'importantes excavations. Paul Racine, l'un des dirigeants de l'entreprise, est alors propriétaire d'un terrain du Parc-Beauvoir, voisin du Séminaire des Pères maristes. Il décide donc de se débarrasser des déblais d'excavations en les transportant dans la falaise de son terrain, prolongeant ainsi le plateau vers le chemin du Foulon. 

Ce faisant, il altère le voisinage immédiat de la vieille maison des Jésuites située dans l'arrondissement historique de Sillery, et ce, sans autorisation et en dépit de la Loi des monuments historiques. Bien que cette situation devait être temporaire, le prolongement du plateau est légalement loti. 

En 1977, le ministère des Affaires culturelles intente une poursuite légale. C'est finalement en 1985 que les parties s'entendent sur un règlement. 

Compte tenu du fait que la végétation a envahi le remblai et qu'il se confond désormais avec le reste du paysage, il demeurera en place. Toutefois, une partie du terrain sera cédée pour en faire un parc. 

Cinq nouvelles résidences s'ajouteront néanmoins au Parc-Beauvoir. Le «tas de terre à Racine», comme on le désignait à l'époque, était devenu presque aussi célèbre que la Maison des Jésuites.

10) Les parades de maisons  

Une des belles maisons de la parade de 1959 à Sainte-Foy, coin de la rue Louis-Riel et du carré Viger.
Capture d'écran Google Street View
Une des belles maisons de la parade de 1959 à Sainte-Foy, coin de la rue Louis-Riel et du carré Viger.

Au Québec, comme ailleurs en Amérique, les années 1950 sont caractérisées par la prospérité économique d'après-guerre. Les chefs de famille veulent alors quitter le centre-ville pour devenir propriétaires de leur maison et élever leur famille dans un milieu paisible, où l'air est pur. C'est dans ce contexte que les banlieues se développent.

À partir de 1958, les entrepreneurs en construction de Québec organisent annuellement la Semaine nationale de l'habitation. On y présente des parades de maisons. À chaque édition, une municipalité était choisie pour organiser la parade. Il s'agissait d'une rue qu'on ouvrait pour y construire des maisons modèles. Les futurs acheteurs n'avaient donc pas à courir aux quatre coins de la ville pour faire un choix éclairé. Tous les modèles disponibles étaient regroupés; un salon de l'habitation avant la lettre.

La plus belle et la plus importante de ces parades a sans doute été celle de 1959. Cette année-là, c'est à Sainte-Foy que ça se passait, sur la rue Louis-Riel. Vingt-trois entrepreneurs y avaient construit autant de maisons modèles, toutes plus belles les unes que les autres. Au fil des ans, il y a eu plusieurs autres parades, mais aucune n'a compté autant de maisons sur une même rue.


Pour découvrir plusieurs autres curiosités à Québec, voir:

Curiosités de Québec, tomes 1, 2 et 3, par Jean-François Caron et Pierre Lahoud, Les Éditions GID, 2016, 2019 et 2021.


Un texte de Jean-François Caron, historien, Société historique de Québec  

  • Vous pouvez consulter la page Facebook de la Société historique de Québec en cliquant ici et son site web en vous rendant ici.  
  • Vous pouvez également lire nos textes produits par Bibliothèque et Archives nationales du Québec en cliquant ici et ceux de Rendez-vous d'histoire de Québec en vous rendant ici.   

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