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Travailler pour vivre ou pour mourir

GEN - NADA KIWAN ET ELIE MERHAB
Photo Martin Alarie Nada Kiwan et Elie Merhab, propriétaires du Café Cargo, cherchent désespérément des employés. Ils font tout à deux. Et s’ennuient vraiment de leurs clients.

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Assis au bord de la grande fenêtre de leur restaurant vide, le regard perdu dans un horizon dénudé, Elie a dit à Nada : « Je ne pensais pas que je les aimais autant... »

Elie Merhab parlait de ses clients. C’était pendant un de ces neuf mois de fermeture obligée quand le couple allait boire un café au resto pour sortir de la maison. Nada Kiwan rentrait en pleurant.

« Ce resto, c’est mon bébé », dit-elle en se rappelant neuf mois d’une inimaginable solitude, après six années à bâtir une clientèle d’habitués.

Un rêve d’être restaurateur

Le resto, c’était son rêve, pour partager son savoir-faire culinaire et son art de la table, car elle était aussi traiteur. En quittant son emploi de technicienne juridique il y a six ans pour acheter le Café Cargo, rejointe par son mari qui a vendu son taxi, Nada se disait que c’était le resto parfait. Situé au rez-de-chaussée d’un édifice de Douanes Canada à Pointe-Claire, ouvert en semaine, matin et midi, il leur laissait le temps d’une qualité de vie. Jusqu’à ce que la pandémie frappe. 

Je suis passée au Café Cargo un matin de novembre avant un rendez-vous. Deux hommes réglaient leur addition, me laissant seule au milieu des 70 places désertes. Elie Merhab faisait la plonge et le service, Nada la caisse et le déjeuner. Impossible de retrouver des employés, m’a dit Elie. J’ai pensé qu’il était aussi difficile de trouver des clients alors que le télétravail s’éternise...

Plus tard en novembre, Nada m’a raconté ses midis fous quand Elie livre des repas et que, seule, elle jongle entre la cuisine, le service et la caisse. Ça ne prend pas tant de monde aux tables pour rendre la mission quasi impossible. Heureusement, les clients connaissent bien Nada. 

« Quand ils voient que je n’arrive pas, ils me donnent un coup de main au service ! » 

Mais que va-t-il arriver quand l’édifice sera à nouveau occupé par les travailleurs si elle n’a pas trouvé d’employés pour l’épauler ? 

Déjà, les journées s’étirent sur dix heures, et Nada les termine épuisée.

« On travaille pour vivre, pas pour mourir », laisse-t-elle tomber. 

Nettoyer les grilles et les planchers après avoir cuisiné et assuré le service, c’est éreintant. Nada ne se plaint pas et affiche un sourire lumineux, même si depuis neuf mois, son resto est en mode survie. 

L’espoir de jours meilleurs

La famille pige dans ses économies et Nada entretient l’espoir. Elle est reconnaissante envers son bailleur, qui réduit le loyer, puis encouragée par ses clients devenus amis. Depuis mars 2020, ils lui envoient des courriels, des textos et même du chocolat et des fleurs pour sa fête. Ils sont comme une famille que Nada et Elie ne s’attendaient jamais à créer en achetant une entreprise. Mais avec la gentillesse et le désir de faire plaisir aux clients, tout s’est construit.

« Je peux changer le menu comme je veux et j’y vais avec ce que les gens aiment ! J’ai hâte de cuisiner un bœuf bourguignon pour faire une surprise. Du pâté chinois, du pouding chômeur et de la soupe aux pois les vendredis... », soupire-t-elle.

Vous savez d’où vient Nada ? Du Liban. Et elle n’a pas envie de se définir uniquement par ses origines. Elle se sent d’ici et offre cette cuisine réconfortante qui prend racine dans le terroir québécois. Elle espère seulement pouvoir continuer d’en vivre et retrouver cette grande famille née dans son Café Cargo. 

Café Cargo        

  • Fondation : acheté en 2016 – existe depuis plus de 25 ans    
  • Fondatrice : Nada Kiwan    
  • Lieu du siège social : Pointe-Claire     
  • Secteur d’activité : restauration    
  • Nombre d’employés : cherche désespérément des employés         

PROFIL DE NADA KIWAN ET ELIE MERHAB  

  • Poste : propriétaires    
  • Âge : 39 et 57 ans    
  • Scolarité : technicienne juridique et bachelier en sciences de l’informatique       

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