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Julien Lacroix au tribunal

ART-JULIEN LACROIX
Photo d’archives, Agence QMI

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L’humoriste Julien Lacroix a accordé une longue entrevue au Devoir, pour la première fois depuis qu’il a été la cible d’allégations d’agression et d’inconduite sexuelles. Le journal donne ensuite la parole à ses présumées victimes, à des spécialistes et à des intervenants, qui décortiquent ses moindres mots, un par un.

C’est ça, la justice en 2021. Pas d’enquêteur de police, pas d’avocat, pas de juge. Vous passez devant le tribunal populaire et c’est lui qui dépose les accusations, énonce le verdict et impose la sentence.

ACCUSÉ, TAISEZ-VOUS !

Quand la journaliste Améli Pineda lui demande pourquoi il a décidé d’accorder une entrevue, Lacroix répond :

« J’avais envie [...] de montrer qu’il est possible de mettre un genou à terre, de s’excuser et de se retrousser les manches et d’avancer. »

boy, si Lacroix pense qu’il va pouvoir avancer, avec le traitement médiatique auquel il a eu droit, je lui souhaite bonne chance. 

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Une des femmes qui a allégué avoir été agressée remet même en question son droit à s’exprimer ! « Ça aurait été la moindre des choses de nous communiquer qu’il comptait offrir une entrevue dans les médias, nous demander si on était à l’aise, peut-être qu’on aurait dit que non. »

Tu fais l’objet de neuf allégations, certaines anonymes, et quand tu veux présenter ta version des faits, tu te fais dire qu’il aurait fallu demander la permission ! 

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Un des spécialistes interviewés par Le Devoir reproche à Lacroix de trop parler de lui dans son entrevue. « Sur le plan du discours [...], ce qu’on retient, c’est qu’il occupe tout l’espace. Il y a une reprise de pouvoir, un contrôle du narratif, donc ça reproduit d’une certaine façon une certaine forme de violence plus symbolique dans cette façon de toujours parler au “je”. »

Misère ! Vous voudriez quoi ? Qu’il donne une entrevue en parlant de lui à la troisième personne ? Je suis sûre que s’il avait plus parlé de ses accusatrices, il se serait fait reprocher de faire du « mansplaining » et de parler à la place des femmes !

Une des présumées victimes reproche au Devoir d’avoir trop longuement interviewé Lacroix. « Pourquoi 45 minutes ? Ça donne l’impression qu’il vaut plus que moi, que c’est quelqu’un qui n’est pas dangereux, qu’il a tout perdu et moi je suis juste la nobody à qui c’est arrivé. » 

Une autre confie au Devoir qu’elle réclame des excuses écrites et d’avoir « la paix ». « Et la paix, c’est aussi de savoir que je peux ouvrir la télé sans voir son visage et me retraumatiser pour une énième fois. »

Donc, pour elle, la sentence de Lacroix devrait être un bannissement des ondes. Le voyez-vous à quel point c’est dangereux, la justice populaire ? 

Mais le commentaire qui m’a le plus choquée est celui d’un des intervenants qui a aidé Julien Lacroix dans le cadre d’une thérapie. « Lacroix, c’est le représentant d’un archétype de jeunes hommes blancs qui sont “fucked up” et qui font des choses “fucked up”. »

Ah bon. Aucune « personne racisée » n’est jamais « fucked up », Monsieur l’intervenant ?

QUELLE JUSTICE ?

Julien Lacroix a tout à fait raison quand il déclare que la sexualité est quelque chose de complexe : « On peut vivre la même relation sexuelle et avoir deux versions différentes et que les deux aient raison ». 

Malheureusement, il n’y a que dans une cour de justice qu’on aurait pu avoir, réellement, les deux versions. 

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