/misc
Navigation

Courrier d’un «gérant d’estrade»

Business email concept
Photo Adobe Stock

Coup d'oeil sur cet article

En soulevant des questions sur la gestion de la pandémie du gouvernement Legault, hier, dans ma chronique, je me suis désigné comme un « gérant d’estrade » en ces matières.

J’ai reçu un important courrier.

Solidarité

Quelques-uns se sont reconnus dans mes doutes et interrogations critiques.

Dominique, par exemple, m’a écrit : « Moi je le voyais clairement [venir] ! Le problème est que si on le dit trop haut, trop fort, on se fait répondre qu’on est pessimiste ».

Sur Twitter, un lecteur anonyme estime que je ne suis pas gérant d’estrade, car « les scientifiques nous avaient avertis ! »

Indignés

Plusieurs n’aiment pas que l’on critique le gouvernement aux prises avec une situation difficile.

Linda, « infirmière clinicienne retraitée et québécoise engagée », me fait savoir que mon article a suscité en elle « beaucoup de colère et de la déception. Auriez-vous fait mieux à leur place ? »

Elle poursuit : « Plutôt que de discréditer les décideurs [...], auriez-vous pu éclairer davantage l’angle du gros bon sens et de la résilience dont les gens devront faire preuve. Il me semble que ça fait partie de votre rôle. Critique-t-on les pompiers en plein travail ? »

Plusieurs me renvoient mon interrogation au visage. Jacques écrit : « Mais plutôt que de poser la question... pourquoi n’avez vous pas vous-même vu venir cette situation ? »

Selon plusieurs, mes questions révéleraient une partisanerie dissimulée. Michel ironise : « C’est dommage que QS ne soit pas le gouvernement, car on en aurait déjà fini avec cette pandémie. Tout cela est la faute de la CAQ, vite QS ! » Selon Jean-Marie, « Legault n’est pas insouciant, mais un homme écœuré des c... de journalistes qui jouent le jeu de l’opposition ».

Mauvaises images

En lisant ces réactions, je comprends que l’image du « gérant d’estrade » a quelque chose de trompeur.

Elle provient du contexte sportif et désigne ceux qui, bien assis dans l’assistance, crient des conseils à l’équipe. Les mêmes, après le match, prétendent toujours savoir ce que l’entraîneur aurait dû faire pour l’emporter.

Or, le gérant d’estrade, dans le sport, n’est que spectateur. Faire du journalisme, commenter la politique, c’est un peu différent. On est « spectateur », certes, mais on se trouve « engagé » (Raymond Aron) comme citoyen sur le terrain (ou la patinoire) qu’est la démocratie. On est une sorte de joueur. Celui du quatrième pouvoir. (Qui doit faire son travail de la manière la plus honnête et respectueuse possible, bien sûr.)

Dans le contexte de la pandémie, il semble peut-être plus difficile de l’accepter. La situation actuelle a un aspect guerrier qui imposerait de se serrer les coudes, au sein d’une sorte d’armée faisant face à un ennemi commun, la COVID. Les critiques ? Serge me dit qu’« il faudra que cela arrête un jour ».

Il y a aussi l’impression que les solutions à cette situation ne sont que techniques et scientifiques : « Alors laissons la science gouverner ! » Or, les scientifiques affirment bien des choses, parfois contradictoires, même s’il y a d’importants consensus. Au reste, la science de la santé publique doit composer avec un électron libre, imprévisible : l’être humain !

Nous demeurons une démocratie, « un gouvernement d’experts dirigé par des amateurs » (encore Aron), qui fait le pari que les décisions collectives sont meilleures lorsque les informations, les idées, les opinions s’entrechoquent. Et c’est le boulot du quatrième pouvoir.

Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.