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Une belle histoire à Noël

Happy family by a fireplace on Christmas
Photo d’archives

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Le 22 novembre dernier, ma Rose, quatre ans et demi, a voulu me raconter une histoire. Nous étions étendues toutes les deux sur mon lit pour une sieste, mais ma petite-fille en avait décidé autrement. 

Rose a vécu en mars l’horrible mort de Ronron, ce chaton que nous lui avions offert son grandad et moi, il y a exactement un an. Il lui arrive rarement d’en parler maintenant. Elle dit simplement, « Ronron est au paradis des chats et il mange beaucoup de souris ». 

Cet après-midi de novembre dernier, elle a insisté pour me raconter une histoire, inspirée sans doute par celles que ses parents lui racontent. Permettez-moi de vous l’offrir. Je l’ai retranscrite mot pour mot.

Le dragon

« Il était une fois un dragon à trois têtes. Il était seul et unique dans sa forêt. 

Il y avait un petit garçon qui s’appelait Jacques. Il est entré dans la forêt du dragon à trois têtes. Ce dernier avait une tête qui crachait le feu, une autre croquait les arbres et la troisième donnait des bisous. 

Le petit garçon Jacques a décidé de s’accrocher à la tête qui donnait des bisous. En ce moment, le dragon se dirigeait vers le village où habitait le petit Jacques. Tous les habitants ont eu peur sauf Jacques qui leur a dit, “N’ayez pas peur car sa tête donne des bisous.” Tous les habitants n’ont plus eu peur et se sont rangés derrière Jacques. Tous sont allés couper du bois pour faire un bon feu afin de se réchauffer. » 

Rose m’a alors regardée. « Tu vois, grand-maman, moi aussi, je raconte des histoires. » Et elle m’a donné un bisou.

L’ayant très peu vue au cours de cette année où j’ai vécu, comme nous tous d’ailleurs, des déchirements de cœur entrecoupés de moments inattendus de bonheur comme avant la pandémie, je veux traverser cette journée qui fête la naissance d’un enfant dans la nostalgie de l’histoire de Rose, qui, l’a-t-elle deviné, m’a émerveillée.

Une église

Plusieurs mois auparavant, son grandad et moi l’avions emmenée dans la grande église de pierre située en face de sa maison. Habitée par le silence et la solennité des lieux, Rose était à l’évidence impressionnée. « C’est qui le monsieur attaché sur la croix ? » a-t-elle murmuré. J’ai regardé mon Anglais catholique. Il a répondu que c’était Jésus. Remarquant la statue de la Vierge Marie au-dessus d’un autel latéral, j’ai ajouté, « Tu vois la dame, c’est la sainte Vierge, la maman de Jésus ». « Mais pourquoi elle n’est pas avec son enfant ? » m’a-t-elle demandé.

Rose croit au père Noël, mais elle n’ignore pas la crèche où dort le bébé de Marie et de Joseph. Elle admire particulièrement le bœuf et l’âne qui réchauffent le petit, car Rose, elle, n’a jamais froid.

Il faut croire que les enfants ressentent l’amour à la fois incandescent et protecteur que leur portent leurs parents et grands-parents. 

En cette période si perturbante, c’est à travers les tout petits enfants, ceux qui attendent encore le père Noël avec émotion, candeur et palpitations que l’on arrivera à s’extirper des angoisses quotidiennes. 

J’ai gardé intactes dans ma mémoire les paroles de tous les chants sacrés de Noël. Demain, je vais raconter à Rose l’histoire d’une maman, sa grand-maman, qui a mis au monde un petit Guillaume, son papa, en décembre, quelques jours avant Noël. Le dernier soir à l’hôpital, j’ai pris mon petit Jésus à moi et l’ai gardé au chaud collé à mon flanc toute la nuit, en lui chantant doucement Sainte nuit, Les anges dans nos campagnes, Entre le bœuf et l’âne gris et tant d’autres chants, appris dans mon enfance. 

J’espère qu’un jour Rose reprendra à son tour avec son bébé ces textes sacrés qui ont bercé son papa. Ainsi la transmission culturelle perdurera-t-elle. 

À vous tous, chers lecteurs, courage, patience et nostalgie rassurante en ces temps si rudes.