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Le Canada devra choisir entre deux modèles d’avion très différents

Gripen
Courtoisie Saab AB

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Deux choix vraiment différents l’un de l’autre 

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Dépenses
en défense
2. Avions de chasse

Après une dizaine d’années de tergiversations, le gouvernement canadien se prépare à choisir un remplaçant pour nos CF-18 vieillissants à un coût pouvant approcher 20 millards $.

Deux avions sont sur les rangs, un américain et un suédois, avec des caractéristiques bien différentes. Nous vous les présentons ici.

Un troisième appareil, le Super Hornet de Boeing, était aussi dans la course jusqu’à la fin de l’année dernière. Ottawa a décidé de l’éliminer dans un geste-surprise.

Quoi qu’il en soit, l’idée de faire un choix ne fait pas l’unanimité. Certains proposent plutôt d’attendre, puisqu’ils jugent que le favori de la course, le F-35, est un canard boiteux.

C’est le cas de Normand Lester, chroniqueur du Journal, qui croit que le F-35 présente beaucoup trop de problèmes de fiabilité pour être considéré comme une possibilité valable.

Une dinde 

À son avis, le F-35 mérite même le sobriquet de « dinde volante », écrit-il dans une de ses chroniques.

M. Lester suggère de viser la prochaine génération de chasseurs, celle qui n’aura plus besoin de pilotes pour voler.

Le favori : F-35

Le F-35, de la compagnie américaine Lockheed Martin, est l’appareil le plus avancé technologiquement des deux avions en lice pour le futur avion de chasse canadien. Mais c’est aussi le plus cher et le plus controversé. Lancé à la fin des années 1990, son développement, auquel 13 pays ont participé, dont le Canada, s’est étiré pendant plus de deux décennies. Les États-Unis en ont commandé un nombre massif, soit près de 2500 exemplaires, déclinés en trois versions, qui équiperont l’armée de l’air, la marine et le corps des marines. Une quinzaine d’autres pays en ont aussi acheté.

F35
Caractéristiques
Le F-35 est un chasseur de 5e génération et il est donc doté d’un dessin aux angles prononcés qui lui permet d’échapper aux radars. Les missiles et les bombes qu’il transporte peuvent être cachés dans des compartiments pour réduire la détection des radars. Il est offert en deux autres versions: une à décollage vertical et l’autre adaptée aux porte-avions.
Défauts
En raison de sa technologie complexe, le F-35 coûte cher. Aux États-Unis, le programme a connu des problèmes d’approvisionnement de moteurs et plusieurs défaillances techniques. L’appareil est propulsé par un seul réacteur. Antérieurement, le Canada avait souvent préféré les appareils à deux réacteurs en cas de panne de moteur lors des patrouilles dans l’Arctique.
Coûts d’achat
Divers chiffres ont été évoqués, mais le prix payé par le dernier pays qui en a acheté offre une indication réaliste. En décembre, la Finlande a ainsi déboursé 190 millions $ par appareil pour une commande de 64 avions au prix total de 12,1 milliards $.
Retombées canadiennes
Dans des déclarations récentes, Lockheed Martin a indiqué que le programme des F-35 entraînerait des retombées pour les entreprises canadiennes de 16,9 milliards $ jusqu’en 2058, soit pendant la durée de vie de l’avion. Certaines entreprises, comme Héroux-Devtek, de Longueuil, fournissent déjà des pièces pour les F-35 américains.
Casque futuriste
Photo LOCKHEED MARTIN
Casque futuriste
Le casque du F-35 aux capacités futuristes a été conçu expressément pour l’avion. Pourvu de vision artificielle, il permet de voir littéralement à travers l’avion lorsqu’on regarde vers l’extérieur. Le pilote peut aussi diriger des missiles juste avec son regard. Il vaut 500 000 $ l’exemplaire.
Tableau de bord
Photo AFP
Comme un jeu vidéo
Le poste de pilotage du F-35 a des allures de console de jeu vidéo. Il est doté d’un grand écran rectangulaire tactile à haute définition et de deux joysticks situés de chaque côté du pilote. Il répond également aux commandes vocales.
Photo AdobeStock
Le F-35 de la compagnie américaine Lockheed Martin.

L'alternative: GRIPEN E

Le Gripen E, de la compagnie suédoise Saab, est une version améliorée d’un modèle original plus ancien, qui a effectué son tout premier vol en 1988. Ses performances sont plus modestes que celles du F-35. Jusqu’à maintenant, seuls le Brésil et la Suède s’en sont procurés, en nombre relativement limité.

F35
Caractéristiques
Le Gripen E est de conception robuste et il est simple et peu coûteux d’entretien. En Suède, on utilise même des routes publiques comme pistes d’atterrissage pour l’avion. Il est polyvalent et peut donc s’adapter à plusieurs types de missions différentes.
Défauts
C’est un petit appareil. Il pèse 40% de moins que le F-35. Ses possibilités d’intégration avec les chasseurs américains, surtout dans le cadre de la défense du continent nord-américain, pourraient être limitées, selon l’opinion de plusieurs observateurs évoquée dans les médias.
Coûts d’achat
Plusieurs chiffres différents circulent. Cependant, on sait que le Brésil a déboursé 150 millions $ US (190 M$) l’unité pour le Gripen E. Mais il faut préciser que cette somme comprend aussi l’entretien de l’appareil jusqu’en 2050.
Retombées canadiennes
Saab promet des retombées importantes. Environ 6000 emplois seraient créés, dont 3000 au Québec. L’avion serait construit à Halifax et un centre d’excellence majeur en technologie aéronautique serait établi à Montréal, et deux autres ailleurs au pays.
Photo SAAB
Le Gripen E de la compagnie suédoise Saab.

Non retenu: SUPER HORNET 

Le Super Hornet de la compagnie américaine Boeing.
Courtoisie Boeing
Le Super Hornet de la compagnie américaine Boeing.

Malgré des promesses de retombées importantes, le Super Hornet de la compagnie américaine Boeing a été retiré de la course en décembre dernier par le gouvernement Trudeau.

L’annonce-surprise n’a fait l’objet d’aucune explication détaillée de la part d’Ottawa. On s’est contenté d’indiquer que l’appareil ne répondait pas aux exigences pour le nouvel avion de chasse canadien.

Boeing promettait pourtant des retombées de 61 milliards $ au Canada, dont 14,8 milliards $ au Québec.

Le Super Hornet, dont le premier vol date de 1995, est une version largement améliorée des chasseurs CF-18 qui équipent déjà l’Aviation royale canadienne.