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Un des acteurs clés de Baseball Montréal se dissocie du projet

Au moment où Revenu Québec pose des questions

CHRONIQUE - Rodger Brulotte
Photo d’archives, Judith Gauthier Sur cette photo de 2019 prise lors d’une soirée en hommage à cinq personnalités des Expos, Stéphan Crétier (deuxième à partir de la gauche) prend la pose avec Stephen Bronfman (à gauche), Alain Bouchard et Eric Boyko (à droite).

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Un des six hommes d’affaires vedettes présentés comme membres du Groupe Baseball Montréal se dissocie officiellement du groupe et affirme n’avoir aucun lien financier avec le projet.

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Stéphan Crétier, président de la firme de sécurité internationale GardaWorld, « n’a aucun lien financier avec le projet du retour du baseball à Montréal ni avec le Groupe Baseball Montréal plus spécifiquement », a déclaré la porte-parole de l’entreprise au moment où notre Bureau d’enquête l’interrogeait au sujet de la situation fiscale de l’homme d’affaires.  

Et bien que son lien avec le Groupe Baseball Montréal paraissait pourtant bien clair depuis le début du projet mené par le milliardaire montréalais Stephen Bronfman, M. Crétier n’a pas non plus « d’engagement formel avec le projet du retour du baseball ni avec le Groupe », a ajouté la porte-parole Isabelle Panelli.  

Des questions de notre Bureau d’enquête concernaient de nombreux documents récemment demandés à GardaWord par Revenu Québec au sujet de son président. Selon toute vraisemblance, le fisc québécois cherche à vérifier où se situe la résidence fiscale de M. Crétier. Celui-ci s’affichait comme étant résident de Dubaï, aux Émirats arabes unis, l’année dernière. 

Dubai, capitale des Émirats arabes unis.
Photo Adobe Stock
Dubai, capitale des Émirats arabes unis.

Cette question revêt aussi de l’importance au plan politique étant donné que le Groupe Baseball Montréal demande de l’aide financière gouvernementale pour réaliser son projet, donc de l’argent payé par les impôts des Québécois. En effet, La Presse révélait au début de décembre que le groupe de Stephen Bronfman demandait au gouvernement du Québec une contribution pouvant aller jusqu’à quelques centaines de millions de dollars pour son projet de stade de baseball à Montréal.  

Baseball ou non ?  

Alors pourquoi Stéphan Crétier se dissocie-t-il maintenant du Groupe Baseball Montréal ? Plusieurs médias ont pourtant affirmé, sans devoir se corriger, que M. Crétier faisait partie de ce groupe depuis plusieurs mois.  

Le nom de Stéphan Crétier apparaissait aussi dans un communiqué du cabinet d’avocats BCF de décembre 2018. M. Crétier était présenté comme un « acteur clé » du « Groupe de chefs d’entreprise qui travaille avec diligence pour ramener une équipe de la Ligue majeure de baseball (LMB) à Montréal ».  

La copropriété des Rays entre Tampa Bay et Montréal est au cœur du dossier du Groupe Baseball Montréal.
Photo AFP
La copropriété des Rays entre Tampa Bay et Montréal est au cœur du dossier du Groupe Baseball Montréal.

« Les efforts soutenus des acteurs clés du Groupe méritent d’être salués : félicitations au leader [...] Stephen Bronfman et à ses partenaires, Pierre Boivin [...], Alain Bouchard [...], Mitch Garber [...], Eric Boyko [...] et Stéphan Crétier [...] », soulignait le communiqué.  

Dans des articles de 2015 et 2018 parus dans La Presse, Stéphan Crétier avait affirmé haut et fort son intérêt de devenir actionnaire des Expos.  

Des articles publiés dans les derniers jours continuent d’associer M. Crétier au projet. Dans une photo datée de 2019, on voit en outre Stéphan Crétier prendre la pose avec Stephen Bronfman, Alain Bouchard et Eric Boyko devant un fond avec un logo des Expos.  

« M. Crétier a toujours eu un intérêt marqué pour le baseball, ayant été arbitre pendant de nombreuses années. Son implication avec Groupe Baseball Montréal a toujours été limitée et est à titre de supporteur partisan », a nuancé récemment Isabelle Panelli par courriel.   

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Des millions en fonds publics  

Notre Bureau d’enquête avait rapporté l’an dernier que M. Crétier, bien qu’il dirige une entreprise de 16 000 employés établie à Montréal, s’affichait comme un résident de Dubaï, aux Émirats arabes unis, depuis plusieurs années. Des experts consultés par notre Bureau d’enquête avaient émis le doute qu’il paie encore ses impôts au Québec.  

Selon des informations reçues par notre Bureau d’enquête, Revenu Québec aurait d’ailleurs entrepris des vérifications sur le statut de résidence fiscale de M. Crétier.  

Une lettre datée du 8 septembre à l’en-tête de Revenu Québec obtenue par notre Bureau d’enquête donnait 45 jours à Garda pour fournir une liste très exhaustive de documents pour la période s’échelonnant de 2012 à aujourd’hui, incluant détails sur la rémunération de M. Crétier, agendas de M. Crétier, comptes de téléphones cellulaires, billets d’avion et véhicules utilisés par le PDG.  

Isabelle Panelli n’a pas voulu commenter ces renseignements.  

« Nous ne pouvons en dire davantage sur le sujet. Conformément à notre politique d’entreprise s’appliquant à tout notre personnel, nous ne pouvons obtenir de détails reliés au dossier d’un employé, et ce, peu importe son niveau. Conséquemment, nous ne pouvons infirmer ou confirmer l’information que vous avez en mains », nous a écrit Mme Panelli.  

Des fiscalistes mal à l’aise avec le statut de Crétier  

Le statut de résidence de Stéphan Crétier suscite un malaise chez des spécialistes de la fiscalité. 

Jean-Pierre Vidal, professeur titulaire au département de sciences comptables de HEC Montréal, avait critiqué l’an dernier le fait que le PDG de Garda ne serait plus résident du Québec. Il n’en revient pas que le Groupe Baseball Montréal, dont faisait partie M. Crétier, ait, selon ses mots, « le courage de demander de l’argent pour faire un stade de baseball ». 

« Je peux seulement vous parler à titre de citoyen. Je suis scandalisé. [...] Actuellement, on est au plafond [de la capacité économique]. Alors c’est quoi la relance qu’ils veulent faire ? » demande-t-il.  

Discutable 

André Lareau, professeur de droit fiscal à l’Université Laval, estime de son côté qu’il n’est pas « inhabituel de voir des non-résidents québécois bénéficier de subventions » ici.  

Le problème qu’il voit dans ce cas-ci, c’est que Stéphan Crétier est un Canadien qui dirige une entreprise établie à Montréal. 

« Pour devenir non-résident [canadien], il faut poser des gestes. Or, les gestes sont tels qu’il faut vraiment avoir coupé les ponts. Or, si lui il a coupé les ponts parce qu’il vit là-bas, mais que dans le fond il revient ici de temps en temps, régulièrement, plus ou moins [...], j’aime moins ça. [...] C’est ce comportement un peu [que] j’aime moins », a-t-il dit.  

« Dans un contexte comme ça, je suis pas sûr du tout qu’on devrait favoriser des subventions et donner raison à ce comportement », a-t-il poursuivi.  

Miguel Ouellette, de l’Institut économique de Montréal, ne voit pas de problème pour sa part avec le statut de résidence de M. Crétier. Il croit toutefois que la fortune estimée à plusieurs milliards de dollars des membres du Groupe Baseball Montréal devrait les dispenser de demander des fonds publics pour leur projet. 

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