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Impôt vaccinal : une fausse bonne idée

Extracorporeal membrane oxygenation
Photo d’archives

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D’un bout à l’autre du pays, la proposition surprise de François Legault d’imposer aux non-vaccinés une contribution santé spéciale d’un « montant significatif » brasse la cage. Même Justin Trudeau s’est fait bombarder hier de questions sur le sujet.

Faire payer aux non-vaccinés une partie des soins qu’ils auraient pu éviter en se faisant vacciner paraît en effet séduisant. Notre système de santé étant au bord de l’implosion, l’idée prend des airs de justice immanente, mais ces airs sont trompeurs.

Voici pourquoi

1. Le désir de vengeance, même si la colère des vaccinés est légitime, ne peut servir de moteur aux politiques publiques, même en pandémie.

2. Ce qui n’est pas interdit étant permis, du moment que le gouvernement Legault n’impose pas la vaccination aux 11 % de récalcitrants, comment peut-il justifier de les taxer pour un choix qu’il les laisse lui-même libres de faire ?

3. Seul le non-respect d’une obligation légale, comme celle de porter une ceinture de sécurité dans un véhicule, doit encourir des pénalités. Financières ou autres.

4. L’urgence sanitaire étant réelle et coûteuse sur plusieurs plans, c’est d’ailleurs pourquoi, et sans remous, le gouvernement fédéral impose déjà la vaccination à plusieurs catégories d’emplois et d’activités. Pas de taxe antivax dans sa besace.

C’est aussi pourquoi, sans prendre position sur l’idée de M. Legault, Justin Trudeau a néanmoins pris plaisir hier à le rappeler devant les caméras. Or, même si la loi québécoise sur la santé publique l’autorise à le faire en situation d’urgence sanitaire, le gouvernement Legault se refuse à le suivre dans cette voie.

Pour protéger les non-vaccinés d’eux-mêmes et le reste de la société, son choix est plutôt de tenter de les inciter à se faire vacciner ou à rester chez eux en leur imposant le passeport vaccinal dans certains lieux limités. Mais que fera-t-il s’il en reste encore trop ?

S’il obligeait la vaccination, il n’y aurait pourtant pas de Guantanamo ici pour les antivax.

5. Les non-vaccinés ont droit à l’accès aux soins. Et ce, sans qu’on leur impose ce qui, dans les faits, serait un ticket modérateur rétroactif.

6. Le risque de créer un dangereux précédent, imposant des coûts supplémentaires à certaines catégories de citoyens aux comportements jugés délétères, en serait d’autant plus concret.

7. Partant du fait que les non-vaccinés ne sont pas tous des conspirationnistes enragés, comment songer à taxer ceux qui ne sont pas vaccinés parce qu’ils sont trop isolés, pauvres, souffrent de maladie mentale sans suivi, sont handicapés sans soutien ni famille, ont des croyances irrationnelles, etc.

8. Les non-vaccinés mieux nantis auront les moyens de s’en balancer.

Bref, seules l’obligation vaccinale ou même une application nettement plus étendue du passeport vaccinal, y compris sur les lieux de travail, quels qu’ils soient, auraient de meilleures chances d’être plus équitables et plus efficaces.

Du moins, si l’objectif réel est d’« apprendre à vivre » avec la COVID-19 de manière plus libre tout en sauvant les lambeaux restants de notre pauvre système de santé.

D’ici là, il reste aussi au gouvernement d’autres travaux urgents : notamment mieux ventiler les écoles ; accélérer la 3e dose ; distribuer beaucoup plus de tests rapides ; reconnaître l’efficacité supérieure des masques de type N95 et en fournir largement.

Le premier ministre le sait. Ça, c’est certain.