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Détective privé: ça existe vraiment?

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Est-ce que vous vous êtes déjà senti suivi, à pied ou en auto? Est-ce que vous avez déjà eu l’impression que quelqu’un vous surveillait? Est-ce qu’une personne dans un groupe ou lors d’une activité vous a semblé être un peu trop curieuse à votre sujet? Est-ce que vous vous êtes fait prendre en photo sans raison? Eh bien...vous avez peut-être été pris en filature par un détective privé.

J’ai rencontré le détective privé Michel Corneau et ce qu’il avait à me conter me faisait penser à un bon film policier avec des anecdotes de filatures et d’adultère très croustillantes. Vous pouvez écouter l’entrevue de Michel Corneau ci-dessous:

Il s’agit d’un métier peu connu du domaine judiciaire, qui frappe l’imaginaire et nous fait penser à un film, mais ça existe vraiment. Ceux de mes clients à qui il est arrivé d'être pris en filature n’ont pas trop apprécié l'expérience. Lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ont été suivis et pris en photo dans leur intimité, ils se sentent un peu violés. Mais sachez que c’est parfaitement légal à certaines conditions.

On voit ça beaucoup dans le domaine des assurances et des gens qui ont des indemnités de remplacement de revenu de la SAAQ ou de la CNESST. L’exemple classique c’est l'individu qui déclare à ses assurances qu’il a de la difficulté à se déplacer et qu'on surprend ensuite en train d'aider son beau-frère à déménager. Ou encore la personne qui reçoit une indemnité de remplacement de revenu de travail par la CNESST parce qu’elle ne peut plus lever les bras, mais qu'on surprend en train d’aller chercher un livre dans l’étagère du haut de sa bibliothèque. 

On voit également beaucoup de détectives privés dans le domaine des dettes. Un créancier qui veut retrouver son débiteur qui a disparu. Une personne qui veut entamer une poursuite mais veut savoir si le défendeur qu’elle va poursuivre est solvable. Pas pratique de poursuivre quelqu’un lorsque la seule chose à faire avec le jugement est de l’encadrer, parce que la personne condamnée n’a pas d’argent et fait faillite.

Les filatures ou les enquêtes sur des personnes visées sont légales, mais il y a quand même des règles à respecter, selon Michel Corneau: «Le détective privé ne peut pas commencer une filature seulement pour aller voir, pour aller à la pêche. De toute façon, notre dossier serait rejeté devant la cour. Il faut qu’il y ait un motif raisonnable ou il faut qu’il y ait une dénonciation, ou encore une contre-expertise médicale, et, à ce moment-là, on peut partir et faire une filature ou enquêter sur une personne.»

Il y a également des règles concernant la vie privée, en vertu des chartes des droits et libertés. On ne peut pas prendre des photos quand la personne filée est dans une position d’intimité. Par exemple, on ne peut pas photographier la personne à moitié nue. Le détective ne peut pas non plus s'introduire chez la personne filée. Il doit photographier ou filmer la personne à partir d’un lieu public, souvent de la rue.

Il s’agit évidemment d’un métier qui donne lieu à des situations cocasses, comme le fait de devoir faire «pipi» dans une bouteille de lave-glace vide pour ne pas manquer la personne que l'on doit filer. J’ai donc demandé à M. Corneau de parler de deux événements qui l’ont marqué dans sa carrière, et ce n’est pas rien! Les voici:

«Il y a un type qui faisait un travail bien rémunéré dans un hôpital. Il vient me voir et dit: “M. Corneau, moi, ça fait trois ans que je paie une pension alimentaire à mes jumeaux que je n’ai jamais vus.” J’ai dit: “Comment vous avez versé de pension alimentaire en trois ans?” Il a dit: “Tout près de 50 000$.” Mon flair d’enquêteur me disait: ça n’existe pas, ces jumeaux-là... Donc on a investigué la mère et puis, au moment où elle devait être enceinte, elle était en prison. Donc j’ai rencontré le client pour lui annoncer la mauvaise nouvelle, qu’il avait été berné, fraudé pendant trois ans... Et ce qui lui faisait le plus de peine, ce n’était pas d’avoir perdu 50 000$, mais bien de ne pas avoir de jumeaux.»

«Dossier d’adultère... La cliente vient me rencontrer dans mon bureau et me dit: “Je veux que vous surveilliez monsieur John X [nom pour désigner une personne inconnue], il part en voyage et il m’a vraiment assurée qu’il partait seul... Moi, je veux être sûre qu’il part seul.” Ça n’a pas été très compliqué, on l’a suivi à l’aéroport. On a pris une photo de la personne... puisqu’il ne partait pas seul. Finalement, le monsieur partait avec sa femme... normal, hein! La cliente que j’avais dans mon bureau, c’était... la maîtresse.»