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L’art de jouer avec les lettres pour réduire les écarts entre les élèves

Dès la maternelle, des enseignants font écrire régulièrement leurs élèves pour qu'ils se pratiquent à utiliser des lettres à partir des sons qu'elles produisent

Écriture maternelle
Photo Daphnée Dion-Viens Faire écrire les enfants régulièrement, dès la maternelle, permet de réduire les écarts entre les élèves.

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Les élèves apprennent à écrire en première année. Pourtant, dès la maternelle, ils devraient avoir l’occasion de manier les lettres le plus souvent possible.

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Initier les élèves à l'écriture dès la maternelle

Il s’agit d’une façon de réduire considérablement les écarts entre les élèves, affirme Marie-France Morin, professeure à l’Université de Sherbrooke.

«Les élèves n’arrivent pas avec le même bagage à la maternelle. Par exemple, il y a des enfants à qui on a lu beaucoup d’histoires, d’autres pas du tout. Ces différences doivent être prises en compte par l’école», affirme cette experte de l’apprentissage­­­ de la lecture et de l’écriture à l’école.

«Dans le plaisir»

Dans la classe de maternelle de Mme Natacha, à l’école du Val-Joli, à Québec­­­, les élèves jouent régulièrement avec les lettres. Chaque matin, l’enseignante rédige un message du jour au tableau où il manque parfois un mot. Les élèves doivent alors, en équipe, tenter d’écrire le mot manquant. 

Le lundi, après avoir dessiné une activité qui représente leur fin de semaine, les élèves choisissent un mot qui y est lié et tentent de l’écrire, avec les sons qu’ils connaissent. Ceux qui sont allés à la patinoire peuvent écrire «a-i», s’ils reconnaissent le son des voyelles. Certains tentent même parfois d’écrire leur première phrase.

«Je les rassure vraiment beaucoup, je leur dis qu’ils le font à leur façon, comme un ami de cinq ans, et que je suis fière d’eux, peu importe le nombre de lettres qu’ils trouvent. L’important, c’est d’y aller dans le plaisir, pour leur donner le goût d’écrire. Il ne faut pas que ce soit épeurant», affirme l’enseignante Natacha Gros-Louis Lessard.       

Selon une étude réalisée par Marie-France Morin auprès d’élèves de la maternelle, faire écrire les élèves régulièrement dès le préscolaire permet de réduire de moitié le nombre d’élèves à risque à la fin de la première année. «Je ne suis pas en train de dire qu’il faut que tous les élèves apprennent à lire et écrire dès la maternelle», précise toutefois Mme Morin. 

L’important est plutôt que les élèves aient des occasions de «faire des tentatives» en écriture, en fonction de leur développement, par différentes activités qui doivent être «fréquentes, nombreuses et riches», dit-elle, pour que les élèves «s’entraînent à jouer avec les lettres, les sons et les mots».

Avoir droit à l’erreur

Marie-France Morin Courtoisie

Cette pratique implique aussi d’être plus tolérant envers les erreurs des enfants, qui n’ont pas encore appris comment bien orthographier les mots. Les fautes font partie du processus d’apprentissage, comme les chutes lorsqu’un enfant apprend à faire du patin, illustre Mme Morin.

Un enfant qui écrit «bato», plutôt que «bateau», aura d’ailleurs identifié correctement le son que font toutes ces lettres, ajoute-t-elle. 

À l’Association des orthopédagogues du Québec, sa présidente sortante, Isabelle Gadbois­­­, insiste aussi sur l’importance de faire du dépistage dès la maternelle. «Si on sent qu’il y a quelque chose qui accroche, il faut intervenir rapidement. Il y a plein d’activités de développement qui peuvent être faites», dit-elle.