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Des employés en santé forcés de démontrer où ils ont attrapé la COVID-19

Même si les hôpitaux débordent de cas, les employés doivent faire la preuve que c’est là qu’ils ont contracté le virus

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Des soignants déplorent devoir se battre pour démontrer la provenance de leur infection à la COVID-19 dans un contexte où plus de patients que jamais se retrouvent hospitalisés dans leur milieu de travail.

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Actuellement, si une infirmière québécoise contracte la COVID-19 dans son milieu de travail, elle est évidemment couverte par la CNESST et la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles (LATMP) durant son isolement. Or, si la même soignante ne peut démontrer la provenance de son infection, elle risque fort bien de devoir puiser dans sa banque personnelle de congés de maladie pour éviter de se retrouver sans salaire.

Et dans un contexte où la transmission est multipliée un peu partout, l’exercice devient ardu.

«Quand il y a un doute, le bureau de santé du CHU fait passer un questionnaire au personnel pour enquêter le moment d’infection. Et aucun collègue autour de moi n’a réussi à démontrer que l’infection provenait du travail», confie au Journal un infirmier d’une urgence du CHU de Québec qui déplore que ce «fardeau de la preuve» soit sur leurs épaules.

Comment savoir?

«Comment je peux savoir si c’est pas une collègue asymptomatique qui me l’a donné? Si ce n’est pas moi qui l’ai donné à mon fils plutôt que l’inverse», questionne une infirmière de l’Hôtel-Dieu qui a dû prendre cinq journées dans sa banque de congés de maladie, qui en compte annuellement neuf, pour ne pas se retrouver sans salaire durant le délai de carence avant la couverture de l’assurance-maladie.

«Après 30 ans de service sans presque jamais prendre de congés de maladie et deux ans à supporter le réseau, c’est comme ça qu’on me remercie», s’insurge-t-elle.

Une autre qui travaille à l’urgence raconte être quotidiennement en contact avec des cas positifs qui arrivent en ambulance ou sur leurs deux pieds. «Malgré ça, le service santé considère tout de même qu’il est possible qu’on ait été infecté dans la communauté et refuse de considérer notre isolement comme CNESST. [...] On nous rit dans la face.»

Risque d’augmenter la transmission

L’autre point non négligeable est la prime de 15 000$ promise sous diverses conditions, notamment celle de ne pas cumuler d’absences «non motivées». Si une infirmière qui épuise sa banque de congé de maladie en raison d’un test positif, pourrait-elle voir sa prime amputée en cas d’absences futures dans les 11 autres mois de l’année? La question en inquiète plusieurs.

Et au-delà de cette frustration, la crainte est aussi de voir des collègues préférer ne pas passer de tests de dépistage et venir travailler avec des symptômes plutôt que de risquer ne pas parvenir à démontrer la provenance exacte de leur infection.

«C’est la chronique d’une catastrophe annoncée», insiste un infirmier. «Un parent monoparental qui a besoin de ses congés maladie pour ses enfants ou un temps partiel qui n’en a à peu près pas, s’il a des légers symptômes, jamais il ne va se faire dépister s’il risque de perdre 5 jours.»

Cette réalité inquiète aussi le syndicat local de la FIQ, qui fait actuellement des représentations avec certains des employés concernés.

«En quoi on est capable de déterminer la provenance quand il n’y a presque plus de tests et qu’on n’a pas de traçage? Pourquoi quand il y a des cas positifs dans un centre d’activité, ça ne devient pas automatique, qu’on ne tient pas pour acquis que les employés positifs l’ont contracté au travail», questionne la présidente Nancy Hogan.

«Parce que c’est bien possible après que certains essaient de déjouer la procédure en ne se faisant pas tester pour éviter de perdre du salaire ou des congés maladie».

«Mettre l’énergie ailleurs»

Questionné à cet effet, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) confirme que les bureaux de santé des établissements sont chargés d’enquêter «la source de contamination». Ensuite, si un employé n’est pas satisfait de la décision, il peut toujours se tourner vers la CNESST nous indique-t-on. Avec tout ce que cela implique.

«Ainsi, la CNESST se réserve le droit d’accepter ou de refuser l’admissibilité en fonction de l’information reçue de l’employé et de l’employeur», précise Marie-Claude Lacasse, porte-parole du MSSS, ajoutant que des recours existent ensuite pour contester une décision.

Or, en pleine cinquième vague, les employés qui se sont confiés au Journal estiment que tout le monde, autant le personnel que les directions et le gouvernement, auraient intérêt à mettre leurs énergies ailleurs.

«Encore une fois, ça démontre le peu de considération et de reconnaissance qu’on a de notre employeur et du ministère», tonnent ces soignants.

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