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Français écrit: tristement prévisible

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Avez-vous lu notre dossier sur la piètre qualité du français écrit de nos jeunes ?

Ils sont 42 % à ne pas avoir la note de passage à la fin du 5e secondaire.

Une épreuve difficile ? Allons donc. On leur demande de faire moins de 15 fautes dans un texte de 500 mots, soit la longueur de cette chronique.

Les résultats ne montrent aucun progrès depuis plus de 10 ans. Je ne suis pas étonné.

Évidences

S’il n’y a pas de solutions miraculeuses, si plusieurs pistes proposées ne font pas consensus, permettez au vieux prof d’université que je suis d’émettre quelques évidences.

Deviendrez-vous un bon joueur de golf sans vous exercer ? Rigoureusement impossible.

Pour apprendre à écrire, il faut donc écrire, écrire, écrire, et que toutes les fautes soient relevées par tous les profs dans toutes les matières.

Comme le souligne Suzanne-G. Chartrand, pourquoi un enfant considérerait important le français si ses profs de mathématiques, de chimie, de géographie laissent tout passer ?

Il en conclura que le français est la marotte... du prof de français.

Mais cette question en soulève une autre.

Je revois ma femme outrée par les fautes d’orthographe contenues dans les messages que les enseignants nous envoyaient à propos de nos enfants.

Tout a été dit sur la faiblesse de beaucoup d’étudiants qui choisissent de devenir enseignants aux niveaux primaire et secondaire... et qui doivent s’y prendre à de nombreuses reprises pour réussir leurs propres épreuves de français. 

Par ailleurs, chez mes étudiants, chez tous les jeunes dans mon entourage, ceux qui écrivent le mieux sont invariablement ceux qui lisent le plus.

C’est une corrélation en béton armé.

Les manuscrits qui deviendront des livres ont été révisés par des professionnels avant la publication.

En lisant un livre sans fautes, on apprend à ne pas en commettre.

Le rôle de la famille est aussi crucial.

Pendant mon enfance, la grande majorité de mes cadeaux d’anniversaire furent des livres. Il y avait une bibliothèque familiale.

On simplifie exagérément en soutenant que les familles aisées sont avantagées. 

Il faut distinguer la richesse économique et la richesse culturelle. 

Combien de fois ai-je vu des maisons opulentes, avec des autos de luxe stationnées devant, remplies de « bébelles » coûteuses, et pas un livre en vue dans ces pièces grandes comme des gares de train ?

Si un enfant grandit dans un milieu où la culture n’est pas valorisée, il ne faudra pas s’étonner qu’il écrive aussi mal qu’il parle.

Souvent, cet enfant aura des parents qui valoriseront les « vraies affaires », donc les biens matériels, et seront du genre « j’ai-réussi-sans-savoir-écrire-donc-c’est-pas-important-en-autant-qu’on-me-comprend ».

Lapins

C’est toute notre époque, tout l’air de temps, c’est aussi toute l’idéologie dominante du milieu éducatif qui compliquent la tâche.

On trouve surtout important que les enfants expriment leur « ressenti ». 

On trouve que l’effort est du « bourrage de crâne ».

On trouve que leur dire qu’ils sont mauvais pourrait « stigmatiser » ces petits lapins fragiles et abîmer leur « estime de soi ».

Faut-il s’étonner des conséquences ?