/opinion/columnists
Navigation

Où est passé l'amour du français ?

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc

Coup d'oeil sur cet article

Depuis des décennies, le français n’a de cesse d’être malmené. Lorsqu’il y a progrès dans les moyennes officielles de réussite, c’est que le ministre de l’Éducation veille au grain et gonfle les résultats.

La meilleure preuve en est sans doute que l’examen ministériel en français à la fin de la 5e secondaire permet aux élèves d’utiliser non seulement un dictionnaire et une grammaire, mais aussi un recueil de conjugaison et une feuille de notes personnelles. Eh bien, malgré cet attirail, l’élève doit faire moins de 15 fautes dans un texte de 500 mots, ce qui correspond à cette chronique.

Malgré cela, 41,9 % des élèves échouent en « orthographe d’usage et orthographe grammaticale ».

Bon, cessons de nous enfoncer nous-mêmes dans la langue pédagogico-technique des spécialistes. En clair, la langue écrite continue de se détériorer au Québec. So what ? diront les cyniques pour qui ce combat est d’arrière-garde.

Statut du français

Dans le dossier présenté aujourd’hui dans Le Journal, où des experts ont été consultés, on peut déplorer une chose : qu’il ne soit pas question de l’amour de la langue. Pas question non plus de voir dans l’échec actuel pour améliorer la qualité du français écrit un lien avec le recul du statut du français au Québec.

Au départ, comment peut-on enseigner avec efficacité le français écrit à des enfants dont la langue parlée est déficiente ? Dès le début, l’enfant parle la langue qu’il entend autour de lui. En ce sens, la discrimination sociale s’inscrit dès le plus jeune âge. Or le fossé entre la langue parlée et la langue écrite est profond. Pour bien écrire, il faut connaître la grammaire et l’orthographe. Et cela ne s’intuitionne pas. 

J’ai énormément de respect pour les professeurs de français du Québec. Ils sont les mal-aimés du système d’éducation. Leurs cours sont toujours susceptibles d’être réduits pour faire place à d’autres matières plus à la mode, comme l’éducation à la diversité, l’histoire révisée à la lumière de l’anticolonialisme blanc, et même aux activités physiques.

Élitiste

L’enseignement du français, jadis une priorité, se transmet dans le contexte de la désaffection québécoise à son endroit. Un exemple. Au Québec, la qualité du langage et la connaissance syntaxique sont associées à des élites considérées comme des snobs, et dans le meilleur des cas, des imitateurs des Français de France. Car on a oublié que des générations de Québécois de milieu modeste ont été éduquées dans le respect, l’amour et la fierté de la langue, une des assises de notre identité.

L’apprentissage du français parlé et écrit est devenu secondaire alors que le français demeure la langue officielle. Mais pour combien de temps si on en juge par l’indifférence dans la population ?

Le français n’est plus encensé que par des originaux et l’on se méfie de ceux qui le manient avec élégance, puissance et précision.

Je plains les enseignants qui peinent à convaincre leurs élèves du bonheur d’écrire sans fautes, de la joie de maîtriser cette langue et du sentiment de fierté de parler cette langue riche, complexe, lumineuse qui nous transfigurent. Une langue qui est en train d’être boudée ou ignorée par nos enfants devenus orphelins de leur passé.

Comment remettre le français dans le cœur des Québécois, dites-moi ?