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Se libérer de l’addiction: une maladie et non une faiblesse morale

Dr Patrick Bordeaux
Photo courtoisie, Roger Côté Dr Patrick Bordeaux

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Prenant appui sur les données scientifiques, cliniques et épidémiologiques les plus récentes, les docteurs Patrick Bordeaux et George F. Koob effectuent un survol du cycle de l’addiction, expliquant les racines profondes de cette maladie chronique du cerveau dans leur nouveau livre, Se libérer de l’addiction. Pour ces experts, quand on est accro, on ne consomme pas pour se sentir bien, mais pour ne plus se sentir mal.

L’ouvrage grand public, dynamique, agrémenté d’illustrations simples et ludiques signées Mélanie Baillargé, explique le cycle de l’addiction, les substances et les comportements addictifs (tabac, alcool, cannabis, opioïdes, psychostimulants, jeux d’argent, jeux vidéo en ligne, internet), puis présente les traitements et les moyens de prévention possibles.

En entrevue téléphonique, le Dr Patrick Bordeaux explique qu’il connaît le Dr George F. Koob, une sommité mondiale sur l’addiction, depuis longtemps. 

« J’avais constaté, au cours de ma carrière, que quand on expliquait aux patients et à leur famille ce qu’était une addiction, comment ça fonctionnait, et que c’était vraiment une maladie et non pas une faiblesse morale, ils guérissaient beaucoup mieux. Ils répondaient beaucoup mieux. Ils s’en déculpabi-lisaient. » Ainsi ont-ils décidé de faire un livre destiné au grand public.

Les dégâts du fentanyl 

Dans le livre Se libérer de l’addiction, les experts en toxicomanie expliquent comment l’addiction, contrairement à la dépendance, entraîne chez la victime une perte de contrôle et sème le chaos dans toutes les sphères de sa vie, en plus de provoquer des dégâts majeurs dans son entourage.

Dans sa pratique, le Dr Bordeaux, pédopsychiatre, rencontre des patients de moins de 18 ans. « La plupart de mes patients, dans l’expérience clinique que je peux avoir, grâce à Dieu, au Québec, on est surtout dans le tabac, la cigarette électronique, le cannabis. Je n’ai pas eu dans ma clientèle, heureusement, beaucoup de patients qui ont eu des problèmes avec le fentanyl ou la métamphétamine. J’en ai, mais j’en ai peu, Dieu merci, pour l’instant. »

« Le fentanyl, c’est une peste. Vous savez, c’est cent fois plus puissant que de la morphine et les accidents – les overdoses – sont très fréquents. C’est terrible. »

Il donne à titre d’exemple une histoire qui donne froid dans le dos et qui s’est déroulée à Washington, aux États-Unis. « Souvent, ce que les utilisateurs prennent est coupé avec du fentanyl et ils ne le savent pas. Une jeune ado a fumé du pot dans un party avec des amis pour la première fois. Elle s’est retrouvée à l’urgence à quelques minutes de devoir être intubée parce qu’elle ne pouvait plus respirer, et ne comprenant pas parce que le pot, oui, des grosses concentrations de THC peuvent avoir des effets imprévus, mais pas d’envoyer quelqu’un en insuffisance respiratoire. On s’est aperçu qu’il y avait du fentanyl. Et alors, plusieurs jours après, le dealer a été arrêté près d’une école et on s’est aperçu qu’il coupait son pot avec du fentanyl. »

Le côté sombre de l’addiction 

Le Dr Bordeaux explique que lorsqu’une personne commence à prendre une substance pour se sentir bien, l’effet ne dure pas longtemps. « Très vite, vous la prenez pour ne pas vous sentir mal. C’est ce que George appelle “le côté sombre de l’addiction”. Les patients qui ont une problématique d’utilisation ne sont jamais bien. »

Le pédopsychiatre ajoute qu’il existe des traitements, mais qu’ils sont, à son avis, sous-utilisés. « Vous avez à peine 25 % des gens aux États-Unis – et c’est la même chose au Canada – qui ont un problème d’utilisation d’opiacés et qui sont traités pour. Il existe trois médications pour l’alcool et il n’y a à peu près que 8 % de la population qui pourrait en bénéficier qui les utilise. C’est très, très, sous-traité. » 


♦ Le Dr Patrick Bordeaux est pédo-psychiatre.

♦ Il est professeur agrégé de clinique au Département de psychiatrie et de neuroscience de l’Université Laval.

♦ C’est un conférencier actif au Québec et sur la scène internationale.

♦ Il est diplômé par l’American Board of Addiction Medicine (ABAM).

♦ Jean-Marie Lapointe et Patrick J. Kennedy signent la préface.

EXTRAIT 

Dr Patrick Bordeaux
Photo courtoisie

« L’addiction puise ses origines dans la quête d’un moyen d’échapper à l’âpre et monotone réalité de nos vies quotidiennes, pour éprouver un sentiment de réussite instantané. Cela nous amène souvent à trouver refuge dans un mode virtuel ou artificiel. Nous essayons inlassablement de trouver des façons d’échapper à la douleur, à la souffrance, à la faim et à la privation. »