/lifestyle/books
Navigation

Un livre dont vous êtes le jury

Le mensonge du siècle
Photo courtoisie

Coup d'oeil sur cet article

Nos annales judiciaires fourmillent d’erreurs où justice n’a pas été rendue et où nos tribunaux ont montré leur côté sordide. Surtout s’il y a eu condamnation à mort.

Le cas d’Aurore l’enfant martyre est encore bien présent dans notre mémoire collective, même si ce drame s’est déroulé il y a plus de 100 ans. Le chroniqueur judiciaire Daniel Proulx a entrepris de dépoussiérer cette histoire. Plus, il entend se faire l’avocat de la défense de Marie-Anne Houde, accusée du meurtre prémédité d’Aurore Gagnon et condamnée à mort en avril 1920. Il nous convie donc à être le jury qui décidera de sa culpabi-lité ou de son innocence.

« Nous soumettons à votre jugement, écrit-il, les observations recueillies au cours de notre quête de la vérité. Il vous appartiendra de valider ou pas notre démarche. » 

Parce que, paraphrasant l’écrivain Émile Zola dans son célèbre plaidoyer en faveur d’Alfred Dreyfus, Proulx, lui aussi, accuse les accusateurs de ladite belle-mère d’avoir monté intentionnellement « un spectacle social à l’effet purificateur », qui n’est rien d’autre qu’« une bavure judiciaire et médiatique ». 

Il faut d’abord se rappeler ce qu’était ce Québec de l’époque. En 1920, la religion catholique en mène large. Depuis 1918, les femmes ont le droit de voter aux élections fédérales, mais pas aux élections provinciales. Le clergé s’y oppose, craignant une « émancipation trop rapide de la femme ». 

Dans le petit village de Sainte-Philomène, la mort de la petite Aurore « par empoisonnement général » déchaînera les passions. Il faut dire que l’histoire des Gagnon n’est pas banale. La première épouse de Télesphore Gagnon, Marie-Anne Caron, meurt alors qu’elle est internée dans un asile d’aliénés. Entre-temps, Télesphore avait retenu les services de Marie-Anne Houde pour s’occuper de la maison et des enfants. Or, une semaine après la mort de son épouse, Télesphore convole discrètement en justes noces avec l’autre Marie-Anne, laquelle accouche, quelques semaines plus tard, d’un bébé qui ne vivra que quelques heures. La société québécoise n’était pas prête à digérer tant de transgressions aux bonnes mœurs de l’époque, et, la presse à sensation aidant, elle fera de la belle-mère d’Aurore Gagnon une « marâtre » sans pitié, une tortionnaire d’enfant, faisant fi de la présomption d’innocence.

Maladie de la moelle épinière ?

L’auteur rappelle le contre-interrogatoire du médecin à charge par le défenseur de l’accusée. Les 54 plaies sur le corps d’Aurore auraient pu être causées par autre chose que des coups, par exemple une maladie de la moelle épinière. Il scrute chaque témoignage, car il ne croit pas à la véracité des faits mis devant la cour. 

Au terme d’un procès de sept jours, le juge ne cache pas son parti pris de culpabilité dans ses directives au jury. Celui-ci ne délibérera que 15 minutes et rendra un verdict unanime de culpabi-lité. Le juge la condamnera aussitôt à être pendue.

Cent ans plus tard, Me Jacques Dupuis, à qui l’auteur a fait lire le compte-rendu de ce procès, conclut lui aussi à « un déni de justice total. [...] Le juge Pelletier et le procureur Fitzpatrick ne m’apparaissent pas avoir été à la hauteur de leur fonction. Ils ont carrément failli à leur devoir. » 

Et vous, quel sera votre verdict ? 

Tout à fait passionnant.

À LIRE AUSSI

Les erreurs dans les cartes

Le mensonge du siècle
Photo courtoisie

Les cartes dont il est question dans cet ouvrage insolite et intrigant, ce sont les cartes géographiques qui contiennent toutes, selon l’auteur, des erreurs volontaires ou accidentelles d’ordre historique, politique ou géographique. « Toute carte est fausse, imparfaite, incomplète ou simplificatrice », qu’il s’agisse de cartes antiques ou celles de Google Maps, d’espaces terrestres ou d’espaces cosmiques. Mais qu’il s’agisse d’une erreur humaine ou d’un leurre stratégique, nous en avons tous besoin pour découvrir chaque jour le monde dans lequel nous vivons. Car ces lieux qui nous entourent, terrestres, marins et cosmiques, n’ont pas encore livré tous leurs secrets. Un magnifique voyage en couleurs dans le temps et l’espace.

La crise et le filet social

Le mensonge du siècle
Photo courtoisie

En 2020 au Canada, au plus fort de la crise provoquée par la pandémie, « près de 9 millions de citoyens ont perdu leur emploi sur une population active comptant environ 20 millions de personnes ». C’est grâce à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) que ces milliers de travailleurs ont pu s’en sortir. « Ce genre de programme de soutien n’a aucun équivalent dans l’histoire canadienne. » En même temps, les grandes entreprises réclamaient leur part de cette aide d’urgence, dénigrant la PCU et les « paresseux » qui en profitaient. À la tête du Comité chômage de Montréal, Pierre Céré rétablit les faits et plaide en faveur du maintien d’un nécessaire filet social, garantissant la dignité à tous les citoyens.