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Ces courageuses femmes de Hull

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Intéressée par le parcours courageux des femmes qui ont donné leur temps, leur énergie, leur santé et parfois leur vie dans les usines de fabrication d’allumettes du début du 20e siècle, la romancière à succès Marjolaine Bouchard leur rend hommage dans un roman d’époque enlevant, Les allumettières. Elle rappelle du coup le grand feu de Hull, qui a ravagé la ville en 1900, et les luttes menées par ces femmes qui rêvaient d’un monde meilleur, plus juste et équitable pour tous.

En 1910, une famille modeste, les Lépine, tire le diable par la queue, comme un grand nombre de ses concitoyens dans le quartier ouvrier de Hull (aujourd’hui Gatineau).

Pour sortir sa famille de la misère, Anna pousse sa fille Georgina à travailler dans l’usine locale de fabrication d’allumettes. Rose accompagne secrètement son aînée au lieu d’aller à l’école.

Dans la salle d’empaquetage, les nombreuses ouvrières travaillent comme des machines, des heures de temps, dans une chaleur suffocante et des conditions désastreuses. La routine est dangereuse et la moindre erreur pourrait déclencher un incendie. Comme si ce n’était pas assez, une maladie terrible, la matchmaker disease – la nécrose maxillaire –, défigure plusieurs d’entre elles.

Les commandes explosent lorsque la guerre éclate. Les sœurs Lépine sont témoins des mauvais traitements et des injustices. N’en pouvant plus, Rose en appelle à la mobilisation et se lance dans un combat inégal.

Des recherches

Marjolaine Bouchard a été profondément touchée par l’histoire de ces femmes qui manipulaient des substances toxiques à cœur de journée pour fabriquer des millions d’allumettes. 

« Je trouve que c’est un roman qui prend son importance pour faire connaître toute cette situation que ces jeunes femmes ont vécue, à cette époque », commente la romancière.

Elle a fait de nombreuses recherches, lisant entre autres la thèse de Kathleen Durocher au sujet des allumettières pour sa maîtrise en histoire à l’Université d’Ottawa. 

« Ça me faisait une bonne base et j’ai élargi ma recherche à d’autres documents et articles dans les journaux de l’époque et je me suis lancée dans cette histoire très surprenante. »

Marjolaine Bouchard en a fait un roman d’époque, créant des personnages qui humanisent ce pan méconnu de l’histoire. 

« C’est un véritable défi que de toujours présenter des personnages qui soient réels ou fictifs, dans un cadre d’époque, très réaliste, en passant l’information sans que ce soit documentaire. »

Elle s’est fiée aux faits, dans la recherche, mais a télescopé les deux grèves que les allumettières ont menées, l’une en 1919, l’autre en 1924, pour les besoins du roman. 

« J’ai préféré mettre les événements dans une même grève pour ne pas allonger indûment le récit. »

Une chose l’a frappée dans le parcours de ces travailleuses d’usine : la misère, « en grosses lettres majuscules ». 

« Hull était une ville ouvrière et les femmes mariées ne travaillaient pas. Soit c’étaient des jeunes filles qui travaillaient avant le mariage pour apporter un revenu supplémentaire dans leur famille, soit c’étaient des veuves. Les femmes qui emballaient les allumettes gagnaient 80 $ par année en 1900. »

Ces femmes travaillaient dans des conditions extrêmement dangereuses pour leur santé. « Il y avait beaucoup d’incendies – je le relate dans le roman – et il y avait des produits chimiques : on travaillait avec le phosphore blanc, qui est un produit létal. Elles en absorbaient en respirant ou en portant les mains à leur bouche. Ça s’infiltrait dans leur dentition et ça causait la nécrose maxillaire. C’était extrêmement souffrant et ça défigurait les femmes. »

  • Marjolaine Bouchard a signé plusieurs romans à succès comme Les portes du couvent, Les belles fermières et Les jolis deuils.
  • Elle habite à Québec.

EXTRAIT

Quebec
Photo courtoisie

« Là-bas, à deux coins de rue, sur Chaudière, orange autant que l’oiseau et plus agitée, une flamme puissante fuse subitement d’une cheminée. Un bouquet d’étincelles jaillit, que le vent éparpille sur les bardeaux du toit. Les étincelles rebondissent, déboulent sur la pente ; un feu d’artifice qui n’a rien de festif. Anna contracte ses mains. Un bardeau s’embrase, puis un autre, bientôt un coin de la toiture de bois prend feu. 

Enfer et damnation ! »

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