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«Qu’ils essayent d’annuler mes vacances»: les infirmières sont à bout

Les incitatifs annoncés jeudi ne compensent pas l’arrêté ministériel, clament-elles

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Photo Agence QMI, Joêl Lemay Mélanie Perreault, infirmière à l’hôpital de Joliette, est en arrêt de travail en raison d’un trouble d’anxiété lié à la pandémie. Elle dénonce le gouvernement qui ne se préoccupe pas plus de l’état mental et physique de ses soignants.

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Sous la pression des hospitalisations qui montent en flèche et les appels du gouvernement pour « un autre effort », des employés du réseau de la santé somment Québec de cesser sa gouvernance par décret permettant l’annulation de vacances ou l’obligation de travail à temps complet.

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« Qu’ils essayent d’annuler mes vacances pour le fun. Je vous garantis que je m’en vais », lance, une pointe de dégoût dans la voix, une infirmière auxiliaire du CISSS de Chaudière-Appalaches.

Si le retour de l’arrêté ministériel 2020-007 avait fait grand bruit le 3 janvier, la hausse rapide des hospitalisations partout en rajoute une couche depuis.

« Je viens de faire 13 soirs en ligne, j’en ai un petit de congé et je repars pour sept autres. Ma part, je la fais », ajoute cette employée de CHSLD qui a demandé l’anonymat par crainte de représailles à la suite de sa sortie.

Et ce témoignage n’en est qu’un parmi tant d’autres. Sur les réseaux sociaux, les messages de soignants à bout sont de plus en plus nombreux. Mélanie Perreault est l’une de celles qui ont partagé leurs états d’âme.

« Quand un médecin ou une infirmière fera la une des quotidiens [parce qu’il ou elle] aura laissé comme message que la pression de la COVID l’aura mené(e) au suicide, il sera trop tard », écrit-elle dans une publication largement partagée depuis quelques jours.

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Photo Agence QMI, Joël Lemay

L’infirmière de l’hôpital de Joliette est elle-même en arrêt de maladie depuis plusieurs semaines en raison d’anxiété liée à la pandémie. Et elle n’est pas seule, assure-t-elle.

« J’ai une collègue qui a démissionné dernièrement parce qu’elle venait de se faire annuler ses vacances pour une deuxième année de suite. [...] On va capoter tantôt en voyant le nombre de personnes avec des problèmes de santé mentale », prévient l’infirmière qui est en attente d’un poste en soutien à domicile pour reprendre le collier. « L’hôpital, je ne veux plus rien savoir. »

  • Écoutez l'entrevue de Benoît Dutrizazc avec Joseph Dahine, Intensiviste à l'Hôpital de la Cité-de-la-Santé à Laval, sur QUB radio:

« Comme du bétail »

C’est pour stopper cette hémorragie que l’Association québécoise des infirmières et des infirmiers (AQII) appelle le gouvernement à se préoccuper « des soignants qui sont encore là ». Et les incitatifs annoncés jeudi ne sont pas suffisants, d’après l’association.

« [C’est] mettre un Band-Aid sur une hémorragie. [...] Ces primes semblent plus gagner des points politiques à la CAQ que d’avoir un réel impact sur le réseau », estime Natalie Stake-Doucet qui ajoute que c’est aux menaces de vacances annulées, à l’obligation de temps plein, aux déplacements de personnel et aux heures supplémentaires obligatoires qu’on doit s’attaquer.

« Le Québec n’a jamais eu autant d’infirmières, mais les infirmières ne veulent plus travailler dans le réseau parce qu’on les traite comme du bétail. [...] On n’est plus au temps des bonnes sœurs où on jurait devant Dieu qu’on serait prêtes à se sacrifier pour l’hôpital », martèle Natalie Stake-Doucet, insistant sur la triste réalité des travailleurs.

« On parle souvent du fait que c’est une vocation, mais il faut arrêter. C’est une job. Aucun autre secteur n’accepterait de se faire traiter comme ça. »

Vacances « méritées » pour Arruda

En pleine cinquième vague qui frappe encore plus fort dans les hôpitaux que les quatre premières, les travailleurs demandent qu’on se préoccupe un peu plus de leur état. Et qu’on les respecte.

« Quand le ministre Dubé a dit que le Dr Arruda allait prendre quelques semaines de repos bien méritées après sa démission parce qu’il ne l’avait pas eu facile, je peux vous garantir que ça a mal passé », lance Mélanie Perreault. « L’infirmière qui se fait annuler ses vacances à la dernière minute, elle ne les méritait pas ? » 

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