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De l’argent pour chercher des enfants autochtones disparus

Des recherches par géoradar pourraient avoir lieu sur la Côte-Nord

pensionnats autochtones
Photo courtoisie, Raoul Vollant Des chaussures d’enfant ont été accrochées à la clôture de l’ancien site du pensionnat de Maliotenam en juin dernier pour commémorer les tombes anonymes localisées à Kamloops.

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Une communauté innue a obtenu des fonds du fédéral pour notamment financer des recherches par géoradar aux alentours du pensionnat de Maliotenam, près de Sept-Îles, comme celles qui ont permis de localiser 215 tombes anonymes à Kamloops l’an dernier.

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Uashat mak Mani-Utenam, sur la Côte-Nord, est l’une des 34 communautés autochtones au Canada qui se partageront 46,2 millions $ en vertu d’un programme fédéral conçu pour faciliter la recherche des enfants disparus dans les pensionnats. 

Les fonds serviront entre autres à financer des consultations auprès d’ex-pensionnaires et des recherches avec un géoradar sur le site du pensionnat de Maliotenam, affirme Jean-Claude Therrien-Pinette, responsable du cabinet politique de Uashat mak Mani-Utenam. 

«En premier, on va cartographier et cibler des endroits avec les survivants. Par la suite, on mènera les recherches selon leurs indications», explique-t-il. 

C’est en procédant ainsi que 215 tombes anonymes ont été repérées sur le terrain d’un pensionnat en Colombie-Britannique en mai dernier, provoquant une onde de choc à travers le pays. 

Services aux Autochtones Canada ajoute que le financement inclut aussi «des services professionnels de recherche archéologique» pour délimiter les lieux de sépulture et l’organisation d’activités visant à commémorer et à ramener à la maison la dépouille des enfants disparus.

Souvenirs encore vifs

Plusieurs anciens élèves du pensionnat catholique en activité de 1952 à 1971 sont toujours vivants, ce qui pourrait faciliter les fouilles. 

Des enfants et des religieuses devant le pensionnat.
Photo Bibliothèque et Archives Canada/Fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien/ e011311462
Des enfants et des religieuses devant le pensionnat.

Une partie de l’argent servira d’ailleurs à embaucher des kupaniesh, des «accompagnateurs». 

Ces ex-pensionnaires habitués à travailler en relation d’aide mèneront les entretiens avec leurs anciens camarades de classe pour circonscrire les recherches.

«Le territoire autour du pensionnat est grand, il y a de la forêt autour, un cimetière à côté...Est-ce qu’il y a des témoins qui ont entendu quelque chose, qui pensent que quelqu’un a disparu?», se demande M. Therrien-Pinette. 

Vu les traumatismes profonds de plusieurs ex-pensionnaires, il assure que les entrevues seront faites dans «la plus grande bienveillance et l’accompagnement». 

«On sait que l’exercice de mémoire qu’on demande des survivants est douloureux... Il y a des gens qui ont passé leur vie à tenter d’oublier cette période de leur vie», laisse-t-il tomber. 

Les ex-pensionnaires consultés seront issus de deux nations (innue et abénakie) et de 11 communautés. 

On leur demandera aussi de quelle façon ils aimeraient maintenir la mémoire sur le site du pensionnat, dont la majorité des bâtiments ont été détruits depuis sa fermeture.

Combien?

Par ailleurs, le nombre de disparitions à Maliotenam est difficile à évaluer puisque la communauté n’a pas accès à la liste de tous les enfants — entre 200 et 300 par année — qui ont fréquenté le pensionnat. 

Au moins une petite fille du nom de Merilda Napess y a perdu la vie en 1956, selon le Centre national pour la vérité et la réconciliation.  

Dans tous les cas, «si on veut tourner la page collectivement et individuellement, on va devoir mettre en lumière ce qui s’est réellement passé», croit M. Therrien-Pinette.

Le fédéral examine la demande de subvention de deux autres communautés ou organisations autochtones basées au Québec mais n’a pas voulu spécifier lesquelles.

Des survivants hésitent

À Chisasibi, comme dans plusieurs autres communautés, l’idée de procéder aux recherches par géoradar est loin de faire l’unanimité parmi les survivants.

Depuis novembre, la communauté a organisé plusieurs consultations déchirantes avec d'ex-pensionnaires, qui proviennent d'aussi loin que de l'Ontario.

«C'est un long processus, on ne voudrait pas rien précipiter», témoigne Paula Napash, vice-cheffe de Chisasibi, dans le Nord-du-Québec.

«Ceux qui sont contre [l’idée] disent « c’est le passé, laissons-le tranquille», tandis que ceux qui sont pour pensent que ça les aidera à faire leur deuil», constate-t-elle.

Si les survivants décidaient d’aller de l’avant avec les recherches par géoradar, elles seraient néanmoins complexes. 

Chisasibi (anciennement Fort George) a compté deux pensionnats dans cinq endroits différents, dont certains sont aujourd’hui recouverts de débris ou sur des terrains accidentés.

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