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Cri d’alarme des urgentologues de l’Hôpital de Lachine

Cri d’alarme des urgentologues de l’Hôpital de Lachine
MAXIME DELAND/AGENCE QMI

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L’Hôpital de Lachine dessert une population majoritairement francophone et vulnérable à différents égards. Elle aide aussi à soulager les urgences environnantes de l’ouest de l’île, de la Montérégie et même de la couronne nord. Et ceci, dans la municipalité enclavée de Lachine, qui «se voyage» mal en transport en commun vers les hôpitaux voisins. 

Nos soins intensifs sont pratiquement inexistants depuis maintenant un an et notre urgence est fermée depuis le 8 novembre dernier. La première justification fournie pour la fermeture de notre urgence était un manque de personnel, surtout des inhalothérapeutes, pour assurer des soins sécuritaires.

Suite à notre sortie dans les médias, à l’implication des représentants de la population de Lachine et aux efforts de notre personnel soignant, une date de réouverture, le 10 janvier, a été annoncée. Il semblait que nous avions recruté assez de personnel et d’inhalothérapeutes pour que les soins soient rétablis de façon sécuritaire.

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Éclosions COVID

Malheureusement, le 7 janvier, nous apprenions, par voie de communication écrite du CUSM, que, comme partout ailleurs, plusieurs de nos unités de soins étaient maintenant en éclosion COVID. Mais contrairement à ailleurs, l’Hôpital de Lachine resterait fermé pour cette raison jusqu’à une date indéterminée. La date du 24 janvier a été avancée, mais sans certitude. Toutes les équipes en place, pleines d’espoir, se préparaient à enfin pouvoir apporter leur contribution au combat actuel contre le tsunami COVID en soignant cette population à laquelle elles sont dévouées et attachées depuis de nombreuses années.

La surprise est donc grande, ce soir, d’apprendre, au cours d’une réunion, qu’une fois de plus les urgences resteront fermées, et cette fois par manque de lits à l’étage. Ces lits sont réquisitionnés pour soigner les patients du CHSLD adjacent à l’hôpital, qui est lui aussi victime d’une éclosion. Et par conséquent, notre personnel infirmier de l’urgence est mandaté pour fournir des soins à ces patients.

Pourtant, presque partout ailleurs, les clients des CHSLD atteints de la COVID sont isolés sur leur unité de vie. Les seules exceptions sont ceux qui sont atteints de troubles d’errance et qui ne peuvent pas respecter les consignes d’isolement. De plus, on nous mentionne les patients de l’unité spéciale des assistés ventilatoires chroniques, qu’il faut «protéger à tout prix». Pourtant, il nous semble que cette protection se fait aux dépens de la population générale de Lachine et de ses environs, des gens tout aussi vulnérables, et qui ne peuvent ou même ne veulent aller ailleurs pour leurs soins critiques de santé.

Des questions

Plusieurs questions se posent aujourd’hui:   

  • Combien de temps encore avant que l’urgence et les soins intensifs de l’Hôpital de Lachine puissent enfin rouvrir? Combien de justifications supplémentaires nous servira-t-on?   
  • Comment les gestionnaires en sont-ils venus à prioriser les vulnérabilités des uns par rapport à celles des autres? Est-ce que cette décision est la bonne dans le contexte actuel? N’ont-ils pas de crainte qu’une catastrophe à l’image de celle de Senneterre ou pire se produise ici, à Lachine? Combien de patients, non comptabilisés, n’ont pas consulté parce que l’urgence était fermée? Combien de patients ont quitté l’urgence à sa fermeture alors qu’ils auraient bénéficié de rester encore un peu sous nos soins, mais refusaient de se voir transférer ailleurs?   
  • Comment comptent-ils maintenir le moral des troupes alors qu’il leur est demandé de rester assis sur le banc de touche, surtout en soirée et de nuit, alors que le feu brûle partout ailleurs au Québec? Comment éviter de perdre encore plus de gens qui refusent de rester en spectateurs?   
  • Comment l’hospitalisation de patients atteints de la COVID du CHSLD Camille-Lefebvre peut-elle justifier de fermer plus longtemps les urgences d’un hôpital communautaire essentiel, fournissant des soins de proximité à une population elle-même très vulnérable? Ce serait inacceptable partout ailleurs, pourquoi est-ce l’option que le CUSM retient ici?      

En conclusion, nous demandons à tous ceux auxquels cette lettre est adressée de mettre fin à cette profonde anomalie où des soignants veulent apporter leur contribution à l’effort actuel, mais ne peuvent le faire parce que les conditions ne seraient pas optimales pour rouvrir l’Hôpital de Lachine. Il n’y a pas de conditions optimales dans notre système de santé actuel.

Au nom de notre éthique professionnelle, de la justice et de la solidarité sociale, nous réclamons la réouverture de notre urgence de proximité 24h/24, ainsi que de nos soins intensifs 24/7 au bénéfice de l’ensemble de la population vulnérable de Lachine et de ses environs, que nous connaissons et que nous soignons bien.

Les urgentologues de l’Hôpital de Lachine

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