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La pandémie a le dos (trop) large

La pandémie a le dos (trop) large
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Plus la pandémie s’étire, plus elle fait éclater au grand jour les multiples dysfonctionnements qui, depuis des années, minent notre réseau de santé et de services sociaux, troué de partout comme un gruyère. D’où l’inévitable question. 

La pandémie serait-elle aussi en train de servir de « permission » pour réduire encore plus le panier de services en santé ? À voir le nouveau « guide de priorisation des hospitalisations », présenté par le ministre de la Santé, Christian Dubé, et la Dre Lucie Opatrny, sous-ministre adjointe, elle se pose. 

Pendant que la vague Omicron déferle sur nos mégahôpitaux bâtis à coups de milliards, difficile de voir autrement l’annonce d’un « guide » visant à réduire le seuil « minimal » des soins qui y sont offerts.

Non pas que le premier ministre ne désespère pas comme nous de devoir attendre la proverbiale « lumière au bout du tunnel ». Non pas que Christian Dubé ne cherche pas ardemment des solutions. 

Reste néanmoins à savoir si, étant donnée l’extrême fragilité du réseau, elles ne risquent pas d’être pires que le remède proposé.

Selon la Dre Opatrny, ce plan de « contingence » – bienvenue au festival des euphémismes – viserait à offrir des soins de qualité « B » au lieu de « A+ ». À croire que le « A+ » était déjà la norme... Soyons sérieux.

Le plan propose aussi de délester les soignants – épuisés, on en convient – en faisant appel aux familles et proches aidants. Pour ceux qui le pourront, va toujours. La réalité est toutefois qu’après 22 mois de pandémie, de nombreux proches aidants sont rendus eux aussi au bout de leur rouleau.

Flexibilité, vous dites ?

Gare d’ailleurs à ceux qui y voient un gage de « flexibilité » propulsé par la pandémie. Sauf pour quelques bonnes idées, dans plusieurs cas, cela pourrait finir en réductions permanentes de soins. 

Surtout, ce plan trahit à nouveau le vieux réflexe hospitalo-centriste du réseau. Pendant qu’on tente de sauver le soldat hospitalier, la fameuse première ligne, dont l’accès aux soins à domicile et à des médecins de famille ou spécialistes, souffre toujours d’importantes carences.

À ce compte-là, on se demande bien vers qui les patients moins bien traités ou virés de l’hôpital pourront alors se tourner. Le tout, malgré les 52 milliards $ de dépenses en santé cette année – soit 43 % du budget de l’État québécois.  

Considérant l’ensemble de l’œuvre, l’inquiétude de voir ce nouveau nivellement vers le bas s’installer peu à peu à demeure n’est donc pas tout à fait farfelue. Pis encore, dans une société vieillissante. Car n’est-il pas question ici de nouvelles ruptures de services, jusqu’en oncologie, orthopédie, etc. ? Comme l’écrit si bien Stéphane Laporte, quand on parle de « délestage » : « en réalité, on arrête de soigner des gens qui ont besoin d’être soignés. On suspend les traitements. Ces patients ne sont pas des délestés, ce sont des délaissés. Des maltraités. »

Il est en effet rare de voir des services publics nivelés vers le bas remonter la pente par la suite comme par magie. Demandez-le aux écoles publiques... Et le ver dans la pomme, il est précisément là. 

Un plan temporaire ou permanent ?

En entrevue chez Paul Arcand, la Dre Opatrny ne s’en est pas cachée : « Il faut absolument utiliser cette crise-là pour questionner ce qu’on fait et comment on fait, pour faire une réforme à long terme ». Voilà qui est clair. Pendant ce temps, face à l’urgence sanitaire, la 3e dose de vaccin traîne de la patte. Les non-vaccinés engorgent les hôpitaux, mais le gouvernement refuse de leur imposer la même vaccination qui, justement, aide à réduire les risques d’hospitalisation et de mort. 

La Loi sur la santé publique lui donne pourtant le pouvoir de le faire en toute légitimité et légalité. 

Contrairement à d’autres États, notre santé publique refuse aussi de recommander le port de masques de type N95. Même s’ils sont prouvés plus efficaces que les masques médicaux. Des écoles publiques attendent d’être ventilées mécaniquement pour les aider à combattre la contagion par aérosols ? On leur répond d’ouvrir les fenêtres comme s’il s’agissait d’Émilie Bordeleau dans son école de rang. 

C’est sûr qu’il est facile de jouer aux « gérants d’estrade ». Or, cela ne veut pas dire que ces inquiétudes montantes, exprimées entre autres par des experts renommés et indépendants du gouvernement, ne méritent pas son attention pour autant.

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