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L’Ukraine et les vérités de Biden

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Photo AFP Joe Biden

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On peut reprocher bien des choses au président Biden : qu’il manque de charisme, qu’il a passé trop d’années à concocter des ententes mi-figue mi-raisin dans les corridors du Sénat américain, et même qu’il est trop vieux pour assumer la charge politique la plus lourde sur la planète.

On ne peut toutefois pas l’accuser d’être un novice ou un naïf en politique étrangère. Ses adversaires républicains le font, mais ils n’ont pas le quart de son expérience et n’auraient pas le courage, j’en suis persuadé, d’aller au bout de leurs opinions s’ils en venaient à occuper le même poste.

Pas que Biden ait fait preuve de sagesse exceptionnelle au fil des ans ; membre de longue date de la commission des relations étrangères du Sénat, il a voté contre la guerre du Golfe en 1991 – alors que Saddam Hussein était clairement l’agresseur du Koweït – et pour l’invasion de l’Irak en octobre 2002, alors que Saddam Hussein, cette fois, n’avait rien à voir avec les attentats du 11 septembre 2001.

UNE GAFFE ? VOYONS DONC !

Tout le monde s’interroge sur ce qui lui a pris en conférence de presse, mercredi, lorsqu’il a semblé rendre tolérable une « incursion mineure » de la Russie en Ukraine. Certains s’horrifient de la Gaffe avec un G majuscule ; d’autres se désespèrent d’un « moment de sénilité » de plus.

J’ai re-regardé ce face-à-face de Joe Biden avec les journalistes, et en particulier ce passage sur la Russie. Le président américain n’a pas été pris au dépourvu ; il ne s’abandonnait pas non plus, contrairement à son prédécesseur à la Maison-Blanche, à un épanchement incohérent de pensées décousues.

Un sursaut de franchise, voilà plutôt ce à quoi Biden s’est livré. Suivez-moi bien ! Il y avait deux grandes vérités dans ses propos. La première, c’est qu’après avoir battu aussi fort les tambours de la guerre, Vladimir Poutine devra faire quelque chose, au risque de perdre la face.

UN MODÈLE QUI SE RÉPÈTE

Une quelconque opération militaire dans les régions russophones d’Ukraine, aussi choquante puisse-t-elle nous paraître, s’inscrirait parfaitement dans les manigances de Moscou depuis l’éclatement de l’URSS.

Parlez-en aux Géorgiens qui vivent encore avec les plaies ouvertes de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, des régions séparatistes soutenues par le Kremlin. Ou encore aux Moldaves qui ont le même problème en Transnistrie. La Russie a arraché la Crimée, peuplée de russophones, à l’Ukraine en 2014. Moscou y voit son droit et son intérêt.

L’autre vérité des remarques du président américain, celle-là davantage passée sous silence, c’est que les alliés des États-Unis se font tirer l’oreille. « S’il s’agit d’une incursion mineure », a admis Biden, « nous finirons par nous disputer sur ce qu’il faut faire et ne pas faire. »

Soyons réalistes, non seulement personne ne veut mourir pour Kiev, mais les Européens ne veulent même pas souffrir des conséquences des sanctions qui s’abattraient sur la Russie. Alors, on prêtera de l’argent, comme les 120 millions de dollars du Canada ; on leur fournira de l’aide militaire, mais les Ukrainiens devront se débrouiller. 

Bonne chance !

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