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Un deuxième tour mémorable

Un deuxième tour mémorable
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Les Chiefs ont triomphé des Bills 42-36 en prolongation dans l’un des meilleurs matchs de football qui soit, méritant ainsi pour une quatrième année de suite leur place en finale de la conférence américaine. Les Rams ont pour leur part survécu à une furieuse tentative de remontée des Buccaneers. Le deuxième tour des séries dans la NFL a définitivement répondu aux attentes élevées.

Les quatre matchs du week-end, incluant la victoire de samedi des Bengals aux dépens des Titans ainsi que celle des 49ers contre les Packers, ont tenu les amateurs en haleine. Pour la première fois dans l’histoire du deuxième tour éliminatoire, les quatre duels à l’affiche se sont terminés sur le tout dernier jeu. Les quatre affrontements ont été décidés par un écart moyen de 3,8 points, la plus faible marge de victoire dans l’histoire en deuxième ronde. 

Le spectacle offert par les Bills et les Chiefs, du moins sur le plan offensif, a été grandiose. Ce fut un duel de tous les instants, offrant tellement de jeux spectaculaires qu’on perdait aisément le compte. C’était la conclusion idéale d’un deuxième tour des séries complètement ridicule. Du bonbon! 

Bref, ça devrait être tout ce que la NFL souhaite. Pourtant, c’est un autre match dramatique qui se termine en prolongation après une seule possession. Les Chiefs ont remporté le pile ou face, ont pris le ballon et ont traversé le terrain. Merci, bonsoir, fin des émissions! 

Les Bills? Ils n’ont pas pu toucher au ballon! Parce que les règles sont les règles, diront certains, trop confortables dans leurs bonnes vieilles traditions. D’autres affirment que le format actuel est bien ainsi, puisqu’il force l’unité défensive sur le terrain à jouer son meilleur football. Dans ce cas, pourquoi l’autre défense n’en ferait-elle pas autant?

Comment diable peut-on accepter, en tant que ligue professionnelle sérieuse, qu’un duel si épique, si monumental, si accrocheur soit ultimement décidé par un vulgaire tirage au sort? Oui, chaque année cette controverse revient et on finit par s’y habituer. Ce qui ne signifie pas qu’il faut arrêter d’en parler. Ce n’est pas une question de qui a gagné ou qui a perdu. Le règlement était aussi mauvais quand c'était les Chiefs qui avaient perdu de la même manière lors de la finale de conférence en 2018. Et quand les Falcons n’ont pu toucher au ballon en prolongation au Super Bowl deux ans plus tôt. 

Les Bills auraient pu aussi bien avoir leur tour avec le ballon en prolongation et ne rien faire avec. Sauf qu’au moins, tout le monde en aurait le cœur net. Une impression de match inachevé flotte dans l’air, pas parce que les Chiefs l’ont volé (au contraire!), mais parce que la NFL accepte encore qu’un pile ou face prenne autant d’importance. C’est regrettable. 

13 secondes étranges

Évidemment, tout ne s’est pas décidé là et c’est important de le préciser. Dans les derniers instants du temps réglementaire, quand les Chiefs ne bénéficiaient que de 13 secondes avec un retard de 3 points à combler, il y a quelques questions à se poser. Pourquoi les Bills n’ont pas tenté un botté en jeu, un fameux squib kick, pour écouler quelques secondes critiques? 

En défense, ils ont ensuite offert une couverture incroyablement molle. Le coordonnateur défensif Leslie Frazier n’a pas vécu son heure de gloire. Tout au long de la rencontre, d’ailleurs, les Bills n’ont jamais trouvé de solution pour contrer la vitesse de Tyreek Hill et Mecole Hardman, lesquels ont couru dans des boulevards sans être frappés. Les Chiefs ont fait exactement ce qu’il fallait pour aller chercher la victoire et ont maintenant rendez-vous avec les Bengals.  

Ils n’ont jamais levé le pied de l’accélérateur et l’attaque a connu un match sublime avec 30 premiers jeux et 552 verges. Quand Hill et Travis Kelce fonctionnent tous les deux à plein régime, Mahomes ne peut que s’amuser. Il compte maintenant 25 passes de touchés en 10 matchs de séries, du jamais-vu.  

Ce fut un duel mémorable, avec quatre changements de meneurs et 25 points inscrits de part et d’autre dans les deux dernières minutes. Mahomes et Allen ont livré un spectacle qui fait déjà rêver au prochain. Pour donner une idée, selon ESPN Stats & Info, il s’agissait d’un premier duel éliminatoire entre deux quarts-arrière qui ont accumulé plus de 300 verges et lancé trois passes de touchés, sans interception. C’était aussi la première fois que les deux quarts-arrière complétaient plus de 70% de leurs passes et la deuxième fois seulement que les deux pivots d’un match éliminatoire étaient les meneurs de leur équipe au sol. 

Allen a terminé avec 329 verges et quatre touchés. Mahomes a fini avec 378 verges et trois touchés. C’était comme un feu d’artifice qui, à chaque nouveau pétard qui semble être la finale, propose un nouveau bouquet encore plus saisissant. On en redemande! 

Pas de magie pour Brady

L’autre duel du jour, qui s’est terminé par une victoire des Rams aux dépens des Buccaneers par 30-27, s’est aussi avéré cardiaque.

À 38 reprises durant son illustre carrière, dont six fois en séries éliminatoires, Tom Brady a comblé des déficits d’au moins 10 points pour l’emporter. Pas cette fois, même si les Rams ont tout fait pour lui faciliter la vie. 

Les Rams s’en sont finalement tirés et passent en finale de la conférence nationale face aux 49ers. Sauf que l’avance de 27-3 qu’ils détenaient au troisième quart a fondu de façon impossible. 

Dès lors, le narratif devenait trop facile. Tom Brady va encore compléter une magistrale remontée. La vérité, c’est toutefois que si les Buccaneers sont revenus dans le coup pour que le suspense s’étire jusqu’à la fin, ça n’avait rien à voir avec Brady.  

Malgré tout le respect qui lui revient, Brady a somme toute joué un match ordinaire, complétant seulement 55% de ses 54 passes, et les siens ont survécu parce que les Rams ont multiplié les bourdes. 

À la fin de la première demie, ces derniers avaient l’occasion de porter un dur coup aux Bucs, mais le porteur Cam Akers a échappé le ballon à la porte des buts. À la fin du troisième quart, c’est un autre échappé, cette fois de Cooper Kupp, qui a permis aux Bucs de réduire l’écart à deux touchés. Il y a aussi eu une séquence offensive avortée par une mauvaise remise du centre Brian Allen. 

Avec moins de 7 min à jouer, c’est un botté trop court de Matt Gay, sur 47 verges, qui a permis à Brady et sa bande de continuer de respirer. Puis, c’est la deuxième échappée de Akers, à la ligne de 26 des Rams, qui a mené au touché égalisateur sur un plateau d’argent. 

Bref, Brady a connu tellement de moments héroïques depuis plus de 20 ans qu’il est facile de perdre le fil. Cette fois-ci, les Rams n’auraient eu qu’eux-mêmes à blâmer s’ils s’étaient effondrés. 

Chapeau toutefois à la défense, laquelle a connu un très fort match avant que l’attaque se mette à distribuer les cadeaux.  

Et chapeau à Matthew Stafford, qui a su réussir les plus grosses passes de sa carrière sur la séquence finale, avec 42 s à jouer, quand tout s’écroulait autour de lui. Coup sur coup, il a rejoint Kupp sur des gains de 20 et 44 verges qui ont conduit au botté de la victoire. Par contre, sur cette dernière bombe, on comprend mal pourquoi le coordonnateur défensif Todd Bowles a opté pour un all out blitz. Kupp s’est retrouvé seul à seul avec le maraudeur Antoine Winfield, qu’il a vite semé.  

À quel point il est rare qu’une équipe qui a commis quatre revirements l’emporte en séries? Selon ESPN, ça remontait aux Steelers de 1975! Quant à Brady, en carrière, il présentait une fiche de 95-2 quand l’équipe adverse avait commis au moins trois revirements. Mais non, cette fois-ci, la magie n’a pas opéré, même avec tous les cadeaux du monde. 

Il faut dire, à sa défense, que le vétéran besognait derrière une ligne offensive privée des services de Tristan Wirfs. Ça n’a rien d’un hasard s’il a été victime de sept sacs du quart en deux matchs de séries.

Avenir nébuleux

Dans les derniers jours, des rumeurs ont commencé à faire surface, voulant que Brady ne se soit pas engagé à jouer la saison prochaine comme prévu. 

Ce sera un dossier à suivre, puisque c’est contraire à tout ce qu’il affirmait jusqu’ici, à savoir qu’il jouerait au moins la prochaine saison à Tampa, l’année de ses 45 ans. Après la défaite, Brady n’a pas voulu se prononcer. 

Comme Aaron Rodgers à Green Bay, peut-être qu’il voudra voir avant de décider quoi que ce soit, voir de quoi aura l’air la formation en vue de la prochaine saison. Pas moins de 24 joueurs deviendront joueurs autonomes sans restriction, dont plusieurs morceaux importants comme Rob Gronkowski, Leonard Fournette, Ryan Jensen, Chris Godwin, Jason Pierre-Paul, Ndamukong Suh, Carlton Davis et Jordan Whitehead. Le visage des Buccaneers pourrait énormément changer. 

Les étoiles du jour      

RAMS-BUCCANEERS

AARON DONALD

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Ceux qui regardent le sommaire voient cinq plaqués et un sac du quart. Ceux qui regardent le match ont vu sept pressions sur Tom Brady et plusieurs jeux complètement détruits par ses visites impromptues dans le champ-arrière. Donald a dominé. 


MATTHEW STAFFORD

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Le quart-arrière des Rams n’a été responsable d’aucune des bourdes de l’attaque et il a gagné 366 verges avec deux passes de touchés et un autre au sol. Surtout, il a réussi les passes critiques sur la séquence finale, dont la bombe fatale à Cooper Kupp. 


MIKE EVANS

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Même si le receveur des Bucs se retrouvait isolé face au demi de coin étoile Jalen Ramsey, il a souvent eu le dessus dans la bataille avec huit réceptions pour 119 verges et un touché. Les Bucs étaient privés de Chris Godwin, et Evans a dû mettre les bouchées doubles. 


BILLS-CHIEFS

PATRICK MAHOMES

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Le pivot des Chiefs a non seulement accumulé 378 verges et quatre passes de touchés, mais il a été intouchable ou presque dans sa pochette protectrice. Le front défensif des Bills l’a souvent approché, sans toutefois lui mettre assez la main au collet. Sa mobilité a tranché.


JOSH ALLEN

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Le quart-arrière des Bills a été magistral avec quatre passes de touchés sur 329 verges par les airs, en plus de 68 verges au sol. C’est une véritable honte que sa défense ait saboté une performance aussi épique sur la route. Les Bills auraient dû utiliser son bras canon plus tôt. 


GABRIEL DAVIS

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Quelle performance du receveur des Bills avec 201 verges et quatre touchés! Pendant que Stefon Diggs s’est fait discret, il a répondu à l’appel en devenant le premier receveur de l’histoire à inscrire quatre touchés en séries. Son vis-à-vis des Chiefs, le missile Tyreek Hill, doit aussi être salué, alors qu'il a réussi 11 réceptions pour 150 verges et un touché.   

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