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Mike Ward: un geste qui me rend sceptique

Mike Ward
Photo d’archives

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La bienveillance, mot très à la mode en cette période désolante, signifie une disposition d’esprit inclinant à l’indulgence envers autrui.

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Or, Mike Ward, on le sait, a raillé durant des années le jeune Jérémy Gabriel, atteint du syndrome de Tricher-Collins, une maladie entraînant des malformations à la tête et une surdité sévère.

Mike Ward s’est rendu jusqu’à la Cour suprême du Canada, qui lui a donné raison en droit de s’être moqué systématiquement du garçon. Cette décision cependant fut très partagée, cinq juges ont tranché que les railleries de l’humoriste n’avaient pas porté atteinte au droit, à la dignité et à l’égalité de Jérémy Gabriel, alors que quatre autres juges ont affiché leur dissidence.

Notons que les décisions des cours de justice s’appuient non pas sur la morale, mais sur la réalité juridique.

Opinion publique

L’humoriste s’est fait ainsi une réputation de défenseur de la liberté d’expression. Or, compte tenu du fait que la décision de la Cour suprême fut prise avec une dissidence aussi serrée et qu’une partie très importante de l’opinion publique penchait en faveur du jeune Gabriel, on aurait pu croire que Mike Ward ferait profil bas durant quelques années.

Or voici qu’il vient d’afficher une générosité publique à l’endroit des sans-abri, qui en cette période frigorifique souffrent mille morts dans la rue. Deux d’entre eux sont d’ailleurs décédés.

Que l’on me permette d’éprouver un malaise vis-à-vis de ce geste public. Certains pourront croire à un procès d’intention, mais l’humoriste, qui a réussi à devenir la référence de nombre de comiques et qui ne recule devant aucune grossièreté ni vulgarité pour faire rire ses fans qui se défoulent à travers lui, me rend sceptique.

Mike Ward doit connaître le proverbe « Charité bien ordonnée commence par soi-même ». Ne cherche-t-il pas avant tout à se refaire une réputation, disons, plus consensuelle, plus acceptable socialement que celle de rire d’un jeune que la maladie a défiguré ? Et ce, à répétition.

Ostentation

S’acheter une vertu en offrant de façon ostentatoire et, on l’imagine, avec la collaboration des médias qui le transforment en saint laïc, qu’ils le veuillent ou non, ne peut pas convaincre tout le monde. Des âmes généreuses qui, dans l’anonymat, s’occupent avec constance des pauvres, des itinérants et autres éclopés devront-elles désormais citer « l’exploit » de monsieur Ward ?

« Un simple oui de votre part et personne d’autre va mourir de froid cet hiver, » a-t-il écrit sur les réseaux sociaux à la mairesse Valérie Plante, qui a remercié Ward sans acquiescer à sa demande.

Madame Plante, élue en bonne et due forme, est désormais placée sous pression par l’humoriste, comme le rapporte La Presse. Ne reculant devant aucune arrogance, l’humoriste a qualifié le manque de réponse de la mairesse de « réponse de politicienne », et a déclaré que lui voulait aider les gens qui glissent dans les craques du système.

Mike Ward avec ses abris pour itinérants se prend donc pour l’abbé Pierre. Il ne lui reste plus qu’à recruter des disciples. Il aurait pu, par contre, choisir l’anonymat pour offrir son argent et ses abris aux itinérants. Mais qui l’aurait su ? Alors, quelle a été son intention réelle ?

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