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Les donneurs de leçons

Les donneurs de leçons
Photo Agence QMI, Joël Lemay

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Le 15 janvier dernier, le ministre de l’Éducation se voulait rassurant en nous informant que son gouvernement n’avait négligé aucun détail pour nous offrir une rentrée en toute sécurité pour le bien de nos enfants.

Pour le bien de nos enfants? Sûrement. En toute sécurité? Un mirage.

À l’aube du jour J, empreint de quelques doutes, j’avais alors cru bon de m’avancer sur le déroulement prévisible de ce fameux retour en écrivant le billet La rentrée à l’école des licornes. Et j’avais raison (tout comme mes collègues d’ailleurs). Après une première semaine de classe, une chose saute aux yeux: il n’y a aucune différence entre les mesures sanitaires d'avant et d'après le temps des Fêtes. 

L’excellent texte intitulé Pourquoi j’ai décroché des mesures sanitaires reflète bien ma position à propos de la situation actuelle. Situation qui m’amène, à mon tour, à faire partie de l’équipe des décrocheurs.

Une longue semaine

Lors du retour à l’école, le sujet préféré de la nation (la météo!) aura volé la vedette. Après la tempête du lundi, il fut question de la vague de froid et de l’ouverture ou non des fenêtres.

Un délire.

Ce qui a forcé le ministre de l’Éducation à faire une sortie publique afin de demander aux enseignants de faire preuve de discernement.

Sérieux?

Quand je circule dans mon école, je constate qu’il y a environ 15 classes sans fenêtres. Mon bureau, partagé avec une cinquantaine de collègues, n'a pas de fenêtres lui non plus. Sur l’heure du dîner, j’ai vu plus de 700 élèves manger à la cafétéria.

Merci du conseil, monsieur Roberge, mais je n'encourage pas les niaiseries. Ouvrir ou non mes fenêtres? Ça me semble assez secondaire comme détail.

Devant le ridicule de la situation, on devrait plutôt se demander pourquoi le sport et le parascolaire sont toujours sur pause (et bientôt au ralenti). Un non-sens.

Lecteurs de CO2

Cette semaine, un ouvrier est venu installer un bidule électronique dans ma classe, pendant l’un de mes cours. Ce qui a généré un échange avec mes élèves:

- Monsieur, à quoi ça sert ce truc?

- C’est un lecteur de paramètres de confort. Ça mesure certaines variables.

- Une chance que ça ne mesure pas le confort des chaises!

- Il y a déjà un détecteur fiable pour ça. C’est tes fesses. Mais pour cet appareil, ce qui nous intéresse surtout en ce moment, c’est le niveau de CO2 dans la classe. Idéalement, il ne faut pas que ça dépasse environ 1500 ppm.

- Mais monsieur, si ça dépasse 1500, on va faire quoi?

- Y’a pas grand-chose à faire, mais au moins, on va savoir que ce n’est pas de ma faute si vous dormez en classe.

Bris de services

Pour ce qui est du nombre de cas de COVID à l’école, il y a déjà une différence significative cette semaine. On peut donc s’attendre - ô surprise! - à une hausse marquée dès la semaine prochaine.

Pour le moment, le ministre de l’Éducation tente de nous convaincre que tout va bien. Selon lui, à l’exception de quelques cas «à la marge», «très peu ou pas» de bris de services ont été enregistrés dans le réseau scolaire.

Si on entend par «services» le fait que les jeunes peuvent s’asseoir dans une classe, c’est vrai. La grande garderie scolaire accueille ses clients.

Si on entend par «services» l'idée que les élèves puissent recevoir un soutien approprié selon leurs défis, il y a bel et bien un bris. Des élèves doivent payer les pots cassés.

Et j’entends ici le cri du cœur de plusieurs collègues.

Celui des professionnels, comme les orthopédagogues, qui ne peuvent pas faire leurs suivis. Celui des employés de soutien, comme les techniciens en éducation spécialisée, qui ne peuvent pas faire une différence au quotidien en apportant de l’aide et du soutien à un élève en crise. Celui des enseignants et des enseignants ressources, qui doivent faire du dépannage. Celui des directions, à qui le gouvernement pellette la gestion de tous les problèmes. 

Je lisais une lettre de deux pédiatres la semaine passée. Ce passage m’a particulièrement touché: «Les pédiatres ont certes un rôle privilégié à jouer pour défendre les enfants. Cependant, ça ne veut pas forcément dire qu’on doit être leur porte-parole. Nous devons plutôt les inviter à prendre la parole et à amplifier leurs voix.»

Comme enseignants, c’est aussi notre cas.

Par contre, depuis le début de la pandémie, je dirais que les pédiatres ont surtout été les porte-parole des enseignants.

C’est bien de nous dire quand rouvrir les écoles. Mais ça serait encore mieux de nous appuyer 180 jours par année, afin de dénoncer tous les bris de services dans notre système d’éducation.

D’arrêter de nous contenter du minimum. D’exiger plus. D’espérer mieux.

Au nom des jeunes.

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