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Santé: l'éléphant fédéral dans le salon

Hôpital - urgences
Photo d'archives

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En temps normal, notre système de santé fonctionne déjà presque au maximum de ses capacités.

Une grippe saisonnière le met sous tension. Alors quand il est frappé par une crise massive, il craque de partout.

Et le Québec vieillit vite, ce qui alourdira la demande pour des soins.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal au micro de Richard Martineau sur QUB radio :

Privé ?

Si le système – en plus de ses problèmes de gestion, de ses rigidités corporatistes et des luttes de pouvoir – manque de lits et de personnel, l’argent pour les payer ne peut venir que des impôts... ou des poches de ceux qui sont prêts à payer plus.

Une hausse des impôts, ça vous tente ?

Sinon, permettre à des gens de puiser dans leurs propres poches, c’est, en langage clair, faire une plus grande place au secteur privé.

Inutile de s’imaginer qu’il y a d’autres voies. Inutile de croire qu’une gestion plus serrée (on a essayé) ferait des miracles.

François Legault dit que son gouvernement travaillera à une véritable « refondation ».

Si le mot a un sens, « refondation » veut dire qu’on remet en question des principes fondamentaux.

On ne fait pas que décentraliser plus ou moins et changer des acronymes.

Peu de gens savent que le Canada – je parle du Canada, car les provinces sont obligées de gérer leurs systèmes dans le respect de principes inscrits dans une loi fédérale – est une exception parmi les nations développées en Occident.

Il n’y a pas un autre pays riche où le secteur public est aussi central.

Un plus grand recours au privé soulève indiscutablement des questions nombreuses et complexes.

Si on permettait aux gens de prendre des assurances privées pour couvrir des soins de base, quels seraient les montants exigés par les assureurs ?

À quel prix des assureurs privés couvriraient-ils les gens à haut risque ?

Comment éviter le déplacement du personnel vers le privé si les salaires y sont meilleurs ?

Si plutôt que deux réseaux parallèles, on veut des services privés encadrés à l’intérieur d’un réseau public, comment organiser cela ?

Pour trouver des réponses, on pourrait certes prendre exemple sur les pays européens qui font déjà cela. Mais le débat deviendrait rapidement émotif et idéologique.

Et il resterait encore un immense obstacle.

Ottawa

Les provinces, disais-je, sont soumises à une loi fédérale qui peut leur couper le financement d’Ottawa si elles dérogent à cinq principes fondamentaux : gestion publique, intégralité, universalité, accessibilité et transférabilité.

Par exemple, permettre à un hôpital privé d’offrir des soins jugés « médicalement nécessaires » – et non simplement une clinique privée qui vous rafistole un ligament du genou – irait à l’encontre du principe fédéral du caractère public des soins « nécessaires ».

Déjà, les provinces finassent avec la loi fédérale pour la contourner. Diverses causes ont abouti devant les tribunaux (Chaoulli, Cambie Surgeries, etc.).

Bref, les provinces devraient convaincre Ottawa de changer une loi au cœur de l’identité canadienne moderne, aussi sacro-sainte que le multiculturalisme.

Ouais...

En santé comme ailleurs, être une province entraîne des conséquences.

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