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Un survivant de la mosquée de Québec n’arrive pas à voir un psychologue

Un survivant n’a rien oublié de la tragédie à la grande mosquée de Québec

Saïd Akjour a reçu une balle dans l’épaule lors de la fusillade du 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec. Il s’y est rendu jeudi lors d’une conférence de presse dans le cadre de la commémoration des cinq ans de l’événement.
Photo Stevens Leblanc Saïd Akjour a reçu une balle dans l’épaule lors de la fusillade du 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec. Il s’y est rendu jeudi lors d’une conférence de presse dans le cadre de la commémoration des cinq ans de l’événement.

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Cinq ans après avoir échappé à la mort, « les choses s’améliorent » pour un survivant de l’attentat à la grande mosquée de Québec, même si les souvenirs de l’horreur sont toujours vifs et qu’il se heurte à des difficultés pour voir un psychologue.

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Avec émotion, Saïd Akjour a remis les pieds dans la mosquée pour la première fois depuis plusieurs mois, jeudi, où il était invité lors d’une conférence de presse pour donner les détails de la commémoration.

« Je rentre et c’est comme jeudi exactement », laisse tomber ce père de 49 ans, qui a des souvenirs précis du moment où un tueur a fait irruption dans la salle de prière le 29 janvier 2017.

Saïd Akjour a reçu une balle dans l’épaule lors de la fusillade du 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec. Il s’y est rendu jeudi lors d’une conférence de presse dans le cadre de la commémoration des cinq ans de l’événement.
Photo Stevens Leblanc

En plus de rendre hommage aux six hommes décédés, il aura samedi une pensée pour les blessés et les autres rescapés, dont la vie a été marquée à jamais.

« Environ 40 personnes étaient là, ont vu la terreur et ont été témoins de ce qui s’est passé ce soir glacial », rappelle-t-il.

Saïd Akjour a reçu une balle dans l’épaule lors de la fusillade du 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec. Il s’y est rendu jeudi lors d’une conférence de presse dans le cadre de la commémoration des cinq ans de l’événement.
Photo Stevens Leblanc

Incapable de voir un psy

Cinq ans plus tard, M. Akjour raconte qu’il va mieux, alors que l’état d’hypervigilance dont il souffrait s’est estompé. « Les choses s’améliorent », résume-t-il.

Toutefois, il se dit insatisfait du suivi effectué par l’IVAC. En plus d’avoir perdu son médecin de famille, il raconte avoir été incapable de voir un psychologue.

« J’avais un besoin vraiment de voir un psychologue. J’ai fait plusieurs appels. Les listes sont très longues, et lorsqu’ils savent que tu es référé de l’IVAC, il n’y a pas beaucoup de monde qui accepte le dossier, alors j’ai abandonné vraiment la recherche d’un psychologue », a-t-il déploré, sans préciser à quel moment il a fait ses démarches.

Contactée par Le Journal, la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec s’est dite empathique à la situation vécue par M. Akjour.

« C’est sûr que dans les deux dernières années, avec la pandémie, les demandes de consultation en cabinet privé ont explosé. Je n’ai jamais vu ça », a commenté la Dre Christine Grou, parlant d’une « certaine saturation ».

Dans le réseau public, le délai d’attente varie généralement de six mois à deux ans, dit-elle.

Saïd Akjour a reçu une balle dans l’épaule lors de la fusillade du 29 janvier 2017 au Centre culturel islamique de Québec. Il s’y est rendu jeudi lors d’une conférence de presse dans le cadre de la commémoration des cinq ans de l’événement.
Photo Stevens Leblanc

« Du positif »

Malgré la tristesse, Saïd Akjour estime que « du positif » a émergé de tout ce drame.

Rénovée, la mosquée est plus grande et plus sécuritaire, et les citoyens de confession musulmane disposent aujourd’hui d’un cimetière dans leur ville, souligne-t-il.

À ses côtés, le cofondateur de la mosquée, Boufeldja Benabdallah, constate également que le sentiment de sécurité des musulmans s’est amélioré. 

  • Écoutez l’entrevue de Philippe-Vincent Foisy avec Bruno Marchand, maire de Québec, sur QUB radio:


Vivre-ensemble

Il voit aussi des progrès en matière d’inclusion et de vivre-ensemble, avec une « sympathie » palpable de la population.

Mais le combat contre l’islamophobie n’est pas terminé, particulièrement sur les réseaux sociaux où « les insultes continuent » venant d’une « minorité », regrette-t-il.

Au plan politique, M. Benabdallah presse le gouvernement canadien de « prendre ses responsabilités » pour restreindre dans tout le pays l’accès aux armes de poing comme celle utilisée par l’auteur de l’attentat. 

Une vigile samedi soir  

  • Une cérémonie fermée au public en raison de la situation sanitaire se tiendra à 18 h, à l’extérieur du Centre culturel islamique de Québec 
  • L’activité sera diffusée en direct sur le web 
  • Des survivants et des proches des victimes prendront la parole 
  • Le maire Bruno Marchand et le premier ministre François Legault seront présents 
  • En isolement après avoir été exposé à la COVID-19, le premier ministre Justin Trudeau a dû annuler sa participation 
  • Un hommage sera rendu aux victimes de l’attaque à la voiture-bélier du 6 juin 2021 à London en Ontario, qui a décimé une famille musulmane 
  • Pour la deuxième fois, on soulignera samedi la Journée nationale de commémoration de l’attentat à la mosquée du Québec et d’action contre l’islamophobie  

Source : Comité citoyen de la commémoration du 29 janvier