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La base de Mad Max en route vers Ottawa

Quebec
Photo d’archives, Stevens Leblanc

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Ce week-end à Ottawa, on va avoir droit à une Grande Jacquerie, avec beaucoup de gros mots, beaucoup de gros bras et une foule de gens fâchés qui clament leur « Liberté » !

Les vaccins seront à nouveau au cœur du débat, et la gang habituelle d’antivax va pleinement en profiter. Les acteurs ne seront pas exclusivement des individus qui en ont contre le vaccin. Ce sont des gens qui en ont contre tout, surtout contre tout ce qui s’appelle gouvernement. Un raz-de-marée de ras-le-bol.

À la base, la protestation vise la décision du gouvernement du Canada (et des États-Unis) d’exiger que les camionneurs soient vaccinés pour traverser la frontière. Simple gros bon sens en pleine pandémie, après tout.

Mais, comme on l’a appris depuis deux ans, il y a une frange dans notre société qui conteste toute règle vouée à protéger le public.

LES CLOWNS DU RODÉO

Le « convoi » de camionneurs qui débarque à Ottawa cette fin de semaine n’augure rien de bon. La police en aura plein les bras. Les politiciens, surtout les conservateurs, qui choisiront de jouer aux clowns de rodéo, pour attirer l’attention de la bête furieuse, risquent de réaliser leur objectif à court terme.

À long terme, par contre, les clowns de rodéo ne font pas partie du spectacle principal. Ce qui est bon pour Maxime Bernier risque de marginaliser les conservateurs aux yeux d’un public canadien moins enclin à supporter l’indiscipline égoïste.

  • Écoutez Jean-François Lisée et Thomas Mulcair au micro de Richard Martineau sur QUB radio :

En fait, la vaste majorité des camionneurs s’opposent à ce convoi. Quatre-vingt-dix pour cent des camionneurs sont (comme tout le reste de la population) vaccinés. Ils demandent aux protestataires de ne pas donner une mauvaise image à l’ensemble de leur industrie et, surtout, de ne pas nuire à leur capacité de travailler, en bloquant les routes.

Outre les camionneurs et autres mécontents, il y aura de tout là-dedans, côté politique. Un Parti conservateur en quête d’identité et de leadership. Trudeau qui sera la piñata, Maxime Bernier qui aura sa base devant le parlement. Ça sera fascinant de voir quels sont les politiciens qui auront un micro.

UN PRÉCÉDENT TROUBLANT

En février 2019, à quelques mois d’une élection générale fédérale, le chef conservateur d’alors, Andrew Scheer, avait pris la parole devant un convoi similaire appelé « United We Roll » qui, à l’origine, avait été organisé pour supporter les secteurs pétrolier et gazier. 

Scheer s’est retrouvé dans l’eau chaude, car il a partagé la scène avec des énergumènes d’extrême droite, xénophobes et suprémacistes blancs. Une des intervenantes, Faith Goldy, avait déjà participé à un balado néonazi. Ça n’a pas aidé les chances de Scheer auprès de l’électorat ordinaire à travers le Canada et a contribué à sa défaite.

FLÈCHE DE TOUT BOIS

Dans ma carrière politique, j’ai passé plus de temps dans l’opposition qu’au pouvoir et je comprends le réflexe.

Mais en faisant flèche de tout bois, les conservateurs risquent de faire plus de mal à eux-mêmes qu’à leurs adversaires.