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La pandémie nous a arraché nos amis

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Photo d'archives, Agence QMI Nos vies chambardées.

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Il m’arrive de plus en plus d’être soudainement habitée par un sentiment violent d’ennui en pensant à mes amis.

Comment aurais-je pu imaginer il y a deux ans que ces amis si chers, ceux dont je ne peux me passer, ceux qui rythment la vie dans le bonheur comme dans la peine seraient un jour inatteignables ?

Nous étions nombreux à nous être emballés par des rencontres virtuelles, mais elles ont fini par devenir tellement frustrantes qu’on les a peu à peu espacées puis abandonnées. Par ses contraintes sanitaires, la pandémie a confirmé que le proverbe populaire, « loin des yeux, loin du cœur » est plus véridique qu’on ne le souhaite.

C’est d’ailleurs Léo Ferré qui, en puisant dans les poèmes du poète français du XIIIe siècle, Rutebeuf, a composé une chanson sublime qu’on ne peut écouter aujourd’hui sans s’étrangler d’émotion. « Que sont mes amis devenus/Que j’avais de si près tenus/Et tant aimés/Ils ont été trop clairsemés/Je crois le vent les a ôtés/L’amour est morte. »

Arrachement

Oui, cette pandémie maudite nous a arrachés à ce premier cercle amical que nous avons construit à travers toute une vie.

De quoi se plaignent les petits enfants quand les garderies ferment pendant des semaines, sinon d’être éloignés de leurs amis à qui ils sont si attachés ? Ma Rose, quatre ans et demi, parle de ses amis avec la fougue et la possessivité des vieux qui ont traversé les décennies ensemble.

Même les Québécois qui respectent les règles sanitaires ont parfois péché en se réunissant en petits comités avec leurs plus chers amis sans qui ils risquaient de décompenser, comme on dit en psychiatrie.

Les adolescents quant à eux ont perdu durant ces années de COVID des repères essentiels qui les préparent à entrer dans la vie d’adulte. Les ados des années 2020 seront marqués pour la vie. À la manière des adolescents qui ont traversé les guerres, si on me permet cette comparaison.

Ravages

La pandémie a fait des ravages dans les cercles amicaux. Certains ont perdu pied ou n’ont pas su résister aux contraintes de la peur et de l’angoisse et ont rompu par conséquent des liens précieux. D’autres ont volontairement disparu, créant ainsi une distance à la fois inattendue et définitive en s’exilant au propre comme au figuré.

Les confinements successifs ont fini par nous conditionner à vivre dans un état permanent qui a effiloché des amitiés moins enracinées. Car il existe des amitiés circonstancielles. Dans le travail, par exemple. Celles-ci ne survivent pas souvent. Car l’intensité amicale n’est pas nécessairement un gage de durabilité. Il faut avancer en âge pour s’en convaincre.

Cette pandémie n’en finit plus, mais il faut, malgré tout, cultiver l’espérance. Inutile de chercher des boucs émissaires, des politicailleries à gauche comme à droite, entretenant des rancœurs dont on aura oublié dans quelques mois jusqu’à leur raison d’être. La société québécoise a révélé ses failles durant les dernières années.

Plusieurs avaient sous-estimé les contre-courants qui nous menacent et qui révèlent à quel point le Québec est exposé à des pressions extrémistes. Il faut donc non pas se replier, mais reprendre contact avec les amis qu’on a « de si près tenus et tant aimés » pour retrouver le goût de la vie heureuse. Avec des fêtes qui nous transfigureront.

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