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Sarah Palin ne change pas

Sarah Palin ne change pas
AFP

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Bien avant que l’ouragan Trump ne frappe le milieu politique américain, il y a eu la tornade Sarah. Lors de la campagne 2008, dépassé dans les sondages par Barack Obama, soucieux de rajeunir sa campagne et de récupérer le vote des femmes déçues par la défaite de Hillary Clinton, John McCain avait arrêté son choix de colistière sur la politicienne de l’Alaska.

Vous vous souvenez probablement de la suite. Dès ses premières apparitions en compagnie de McCain, le choix du sénateur de l’Arizona semble porter ses fruits. Le tandem républicain remonte dans les sondages et le charme opère. 

L’embellie sera de courte durée puisqu’on ne pouvait soustraire trop longtemps la candidate à des obligations médiatiques. Dès ses premières entrevues, elle démontre toute l’étendue de son inexpérience et de son manque de préparation. Si Sarah Palin est alors la première responsable de ses malheurs, l’équipe de conseillers de McCain doit assumer sa part de responsabilités. 

Espérer d’une politicienne locale qu’elle sache se projeter sur la scène nationale et internationale aussi rapidement était un pari particulièrement risqué et bien des candidats plus habiles que Palin s’y seraient cassé les dents.

  • Écoutez la chronique du spécialiste de la politique américaine Luc Laliberté sur QUB radio:

Si la campagne 2008 fut un échec sur le plan politique pour Palin, elle a malgré tout rapporté des dividendes intéressants pour la muse de nombreux humoristes. Populaire auprès des républicains de la droite religieuse ainsi que de la mouvance Tea Party, celle qui fut gouverneure de l’Alaska a su par la suite monnayer sa notoriété.

Si on mentionnait de moins en moins son nom depuis cinq ou six ans, Sarah Palin défraie maintenant la chronique sur une base quotidienne. Elle est de passage à New York en raison du procès en diffamation qu’elle a intenté contre le New York Times.

Depuis son arrivée dans la Big Apple, les médias s’intéressent au moins autant à ses déplacements qu’au procès. Pourquoi? Parce que Palin est arrivée en ville sans être vaccinée contre la COVID.

Il s’agit bien sûr d’un choix personnel avec lequel on peut être en accord ou pas, mais il y a plus. Elle a été déclarée positive dimanche dernier, ce qui a entraîné le report du procès. La situation devient encore plus problématique parce que, malgré ce résultat positif, Sarah Palin refuse de respecter le confinement et multiplie les déplacements dans des endroits publics, dont des restaurants.

Êtes-vous étonnés par cette situation? Moi pas. Bien avant Trump, Palin n’avait aucun respect pour la science. Bien avant Trump, elle se plaisait à mentir ou à nourrir les théoriciens du complot ou les sites de désinformation. On ne doit donc pas se surprendre qu’elle refuse le vaccin, les mesures sanitaires ou même le passeport vaccinal qu’on exige à New York.

Pour répréhensible qu’il soit, le comportement de l’ancienne colistière fait également de l’ombre à un procès qui pourrait s’avérer fort intéressant. Si je ne peux prédire l’issue de cette histoire, la démarche de Sarah Palin repose sur une réelle erreur du New York Times

Dans un éditorial de 2017, le journal avait maladroitement associé un graphique diffusé par le PAC (comité d’action politique) de Palin et une tuerie survenue en Arizona quelques années plus tôt. Parmi les victimes de cette fusillade, on retrouvait la représentante démocrate Gabby Giffords.

Le Times avait par la suite retiré les propos controversés de son texte et reconnu son erreur. Palin soutient malgré cela que sa réputation fut durablement entachée. S’il y a bien eu atteinte à la réputation et erreur, Sarah Palin est-elle assurée de gagner son procès?

Les choses sont un peu plus complexes. Non seulement doit-on prouver l’atteinte à la réputation, ce qui semble acquis, mais on doit en plus démontrer que le journal avait des intentions malveillantes, qu’il cherchait délibérément à nuire, peut-être même pour des raisons politiques. 

Vous devinez probablement que le New York Times prétend qu’il s’agissait d’une erreur de bonne foi qu’on s’est empressé de corriger. Il faudra cependant que le journal explique également le rôle joué dans cette histoire par un ancien éditeur, frère d’un démocrate influent.

Le jugement dans cette affaire sera d’une grande importance, puisqu’il s’agit d’un nouveau test pour le premier amendement à la Constitution. Si, pendant longtemps, il était exceptionnel qu’on favorise la poursuite dans un tel dossier, de nombreux juristes considèrent que les choses évoluent.

Il n’est donc pas impossible que Sarah Palin parvienne à ébranler ceux qu’elle dénonçait comme étant les «médias de l’élite». Qu’on prenne ou pas au sérieux l’influence politique de l’ancienne gouverneure, elle pourrait bien avoir une influence durable sur la façon dont les médias mèneront leur barque dans le futur.

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